Al-Khalil : la punition collective comme arme politique
Les mots ne trompent pas, les images et les silences non plus; ils accusent et condamnent. A Al-Khalil, en Cisjordanie occupée, les mots sont ceux de la « sécurité », les images celles de quartiers vidés de leurs habitants, et le silence, celui d’une communauté internationale qui semble s’être habituée à l’inacceptable. Une fois encore, les sionistes brandissent la menace terroriste pour justifier une démonstration de force dont les premières victimes ne sont pas des auteurs d’une attaque, mais des centaines de familles palestiniennes sommées de quitter leurs maisons : la sécurité, décidément, a bon dos.
Vendredi 23 octobre, près d’Al-Khalil, le boucher de Gaza a annoncé une opération militaire majeure en Cisjordanie occupée, promettant une « grosse surprise ». La surprise, pour les habitants, a un visage bien moins spectaculaire : celui de soldats qui investissent les rues, d’immeubles marqués d’une croix après leur évacuation, de portes que l’on referme derrière soi sans savoir si l’on pourra un jour les rouvrir. Ces actes ne sont pas les premiers, elles ne font qu’intensifier, et les portes seront ouvertes par les colons.
Le ministre de la Défense sioniste, Israël Katz, a annoncé l’évacuation de quelque 2 000 personnes et prévenu que les habitants ne seraient pas autorisés à rentrer chez eux avant que l’armée ait terminé de « régler tous les problèmes liés au Hamas ». Autrement dit, vider la ville de ses habitants et les remplacer par les colons. La formule a la froideur administrative des décisions arbitraires. Elle dit surtout l’essentiel : des familles entières deviennent les otages d’une opération militaire dont elles ne maîtrisent ni le calendrier ni l’issue.
Voilà donc la logique à l’œuvre : la violence devient le prétexte d’une sanction collective, la punition s’étend, méthodique, des rues aux maisons, jusqu’à atteindre les existences. Le gouverneur d’Al-Khalil estime qu’un tiers de la ville est concerné par l’opération, le maire évoque 250 familles déplacées de force ; des chiffres derrière lesquels se cachent des enfants déracinés, des personnes âgées arrachées à leur quotidien, des familles contraintes de chercher refuge dans l’urgence. A défaut de pouvoir leur garantir la sécurité, on leur retire leur toit.
Dans le quartier d’Ein Dir Baha, les croix apposées sur les immeubles vidés de leurs habitants expriment la tristesse et la désolation. Elles signalent des maisons désertées comme on marque une cible. Dans les rues, les véhicules militaires ont remplacé la vie ordinaire, sur les hauteurs, un drapeau de l’Etat sioniste flotte désormais au-dessus d’une maison. Le symbole est lourd : derrière le langage militaire se dessine une réalité politique, celle d’un territoire où la présence palestinienne peut être brutalement suspendue, déplacée, fragilisée.
La sécurité (entendez « le prétexte ») ne saurait autoriser l’expulsion, pas plus qu’elle ne transforme une occupation en droit de disposer des maisons et du destin de ceux qui y vivent.
Netanyahu promet une « grosse surprise » ; les Palestiniens, eux, découvrent qu’ils peuvent être chassés de chez eux sans savoir quand, ni même s’ils pourront revenir. Il y a des promesses qui galvanisent un électorat et des décisions qui brisent des vies
Et que fait la communauté internationale ? Elle condamne, s’inquiète, appelle à la retenue. Puis attend la prochaine opération, le prochain quartier évacué, la prochaine ligne rouge franchie. Non sans raison, l’Autorité palestinienne réclame désormais des mesures concrètes et dissuasives, : à force de se limiter aux protestations verbales, les capitales étrangères finissent par transformer leur impuissance affichée en permis d’agir.
Il faut exiger la fin des déplacements forcés, garantir le retour des habitants et imposer le respect du droit international ; sans conséquences politiques et diplomatiques, les condamnations ne sont que des mots déposés sur les ruines.



