Budget économique 2027: Une croissance de 3,1% pour un baril à 80 dollars
Le taux de croissance de la Tunisie devrait s’établir à 3,1% en 2027 avec un baril de pétrole à 80 dollars et une inflation maintenue à 5,2%. Ce sont les principaux indicateurs du projet de budget économique révélés par le ministre de l’Economie et de la Planification, Samir Abdelhafidh, hier, lors d’une commission mixte à l’Assemblée des représentants du peuple (ARP) regroupant des députés et des élus du Conseil national des régions et des districts (Cnrd).
La Presse — Ces projections pourraient être révisées selon l’évolution de la conjoncture nationale et internationale, le ministre rappelant l’ouverture de l’économie tunisienne sur l’extérieur et qu’il est tout à fait naturel que son économie soit influencée par ce qui se passe dans le monde, entre autres, sur le marché européen, principal partenaire de la Tunisie et sur le marché pétrolier et des matières premières, en général.
Les contraintes, insiste le ministre, expliquent en partie la révision à la baisse du taux de croissance de l’année en cours, réduit à 2,4% jusqu’au deuxième trimestre alors que les prévisions initiales tablaient sur 3,3%.
Pour 2026, le ministre a admis la possibilité d’atteindre un taux de 2,7% sur l’ensemble de l’année, en fonction de l’évolution de la situation d’ici la fin de l’année, sachant que le troisième trimestre était particulièrement difficile, notamment au niveau du climat.
Les revenus générés par le tourisme, par les exportations de l’huile d’olive et par les transferts des Tunisiens résidant à l’étranger ont été absorbés à hauteur de 61% par la flambée du pétrole, a regretté Abdelhafidh, illustrant l’ampleur de l’impact de la hausse des cours de l’énergie sur l’économie tunisienne. « Le déficit énergétique représente 50% du déficit courant », a-t-il fait savoir.
Rappelant la révision à la hausse du taux de croissance pour 2025, 2,8% contre des prévisions initiales de 2,6%, le représentant de l’Exécutif a affirmé que la révision devient aujourd’hui régulière et répétitive, car le contexte international est particulièrement instable et on devrait y prêter l’attention qu’il faut et agir en fonction, tout en gardant le cap de l’intérêt national et des objectifs de développement et d’emploi, tout en admettant que les taux réalisés demeurent en deçà des ambitions. Il nous faut des taux supérieurs à 4% a indiqué Maher Ketari, chef de la Commission des finances et du budget de l’ARP, commentant la faiblesse du taux de croissance.
La résilience fait débat
Mais « l’économie nationale a fait preuve de résilience », s’est félicité le ministre, « au regard des chocs extérieurs, des incertitudes et des cours du pétrole ».
Sur ce point précis, les députés ayant réagi à son exposé de plus de deux heures ont nuancé l’existence d’une quelconque performance. Plus d’un intervenant a fait part de déconnexion totale entre les indicateurs et la réalité du terrain et même par rapport aux objectifs du Plan de développement 2026-2030. Certains représentants du peuple ont même considéré que la crise énergétique et celle de l’eau, enregistrées l’été dernier, ont failli provoquer « l’effondrement de l’Etat, n’eût été l’intervention des patriotes et des fidèles de Kaïs Saïed pour sauver la situation… »
« Comment peut-on parler de résilience, alors que les citoyens souffrent au quotidien ? », s’est interrogée une députée lors des débats. « Les citoyens continuent à faire face à la hausse des prix et à la dégradation de leur pouvoir d’achat », a répliqué un autre intervenant. « Quelles sont les solutions proposées par le gouvernement pour surmonter les contraintes ? », « Quelles sont les solutions pour éviter l’impact d’autres chocs exogènes ? », « Quels sont les mécanismes prévus pour améliorer le climat des affaires et stimuler l’investissement ?», étaient également parmi les questions les plus posées. Des députés exigent la « levée de la bureaucratie », « la simplification des procédures » et « la révision de la réglementation sur les chèques bancaires ». L’Economie parallèle, la performance des entreprises publiques, la modernisation des législations et l’encouragement du potentiel porté par les jeunes, étaient également des problèmes évoqués par les députés.
Les débats étaient parfois houleux, nécessitant la levée momentanée des travaux de la séance.
Le ministre a énuméré pour autant des points forts, des points faibles et des opportunités à saisir, appelant à la conjugaison des efforts pour faire face au contexte difficile.
Parmi les point forts, le ministre a évoqué l’excédent commercial dans la balance alimentaire, la performance des industries mécaniques et électriques, l’amélioration relative des investissements étrangers, la consolidation des transferts des Tunisiens résidant à l’étranger, le recul du taux de chômage et la stabilité des notes souveraines. Les points faibles enregistrés étaient relatifs à la création en nombre suffisant de postes d’emploi, notamment pour les diplômés, la pression sur les ressources énergétiques et hydriques, la persistance de difficultés structurelles dans le secteur du textile, la baisse de la production des hydrocarbures et des phosphates, la faiblesse de l’investissement privé et la fragilité financière des entreprises publiques.
Malgré ces difficultés, il existe des opportunités, selon Samir Abdelhafidh, en l’occurrence au niveau de la diversification des marchés à l’export, le développement du tourisme alternatif, l’accélération de l’investissement dans les énergies renouvelables et l’amélioration du climat des affaires à travers la digitalisation, et la simplification des procédures.
De nombreuses données chiffrées ont été exposées par le ministre sur l’investissement privé et étranger, sur la recherche scientifique et la valorisation du capital humain, sur le commerce extérieur, sur les mécanismes encourageant le lancement de projets et dont les détails sont disponibles sur le site de son département.



