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Nationalité française – Durcissement des conditions : Les Maghrébins toujours nombreux parmi les nouveaux Français

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  • 29 octobre 2026
  • 8 min de lecture
Nationalité française – Durcissement des conditions : Les Maghrébins toujours nombreux parmi les nouveaux Français

La politique d’accès à la nationalité française s’est durcie en 2025, avec un recul marqué des acquisitions par décret. Depuis le 1er janvier 2026, les candidats à la naturalisation doivent notamment justifier d’un niveau de français B2 et réussir un examen civique. Les ressortissants du Maghreb restent nombreux parmi les nouveaux Français, dont 6 978 Tunisiens en 2025, tous modes d’acquisition confondus.

La Presse — L’accès à la nationalité française devient plus exigeant. Le durcissement engagé en 2025, notamment à travers la circulaire du 2 mai relative aux conditions d’accès à la nationalité par décret, s’est accompagné d’un recul des acquisitions. Les nouvelles exigences linguistiques et civiques entrées en vigueur le 1er janvier 2026 renforcent cette orientation, en mettant davantage l’accent sur la maîtrise du français, l’adhésion aux principes républicains et l’insertion dans la société française. Les chiffres officiels permettent de mesurer cette évolution. Selon la Direction générale des étrangers en France (Dgef), 98 139 personnes ont acquis la nationalité française en 2025, contre 103 661 en 2024, soit une baisse de 5,3 %. Mais cette évolution globale masque des tendances différentes selon les procédures : les acquisitions par décret reculent nettement, tandis que certaines acquisitions par déclaration progressent.

Des décisions favorables en recul

En 2025, 42 246 acquisitions de la nationalité française ont été enregistrées par décret, contre 48 829 en 2024, soit une baisse de 13,5 %. Ce total comprend 42 063 naturalisations et 183 réintégrations. Cette diminution s’inscrit dans un contexte de renforcement des critères appliqués aux demandes de naturalisation par décret. Le recul apparaît également dans l’évolution des propositions favorables. Selon le rapport au Parlement publié le 14 octobre 2026, la proportion de propositions favorables, supérieure à 70 % durant les premiers mois de 2025, est tombée à 57 % en juin. Après une remontée à 61 % en juillet, elle a reculé à 54 % en août, avant de s’établir à 50 % en moyenne au quatrième trimestre. Cette évolution traduit un examen plus sélectif des demandes. Il convient toutefois de distinguer la proportion de propositions favorables des acquisitions effectivement prononcées : une proposition favorable au niveau de l’instruction ne signifie pas nécessairement que la nationalité française a déjà été accordée. Dans le même temps, les acquisitions par déclaration relevant du ministère de l’Intérieur — notamment à raison du mariage, ainsi que pour les ascendants et les frères ou sœurs de Français — ont progressé de 11,6 %, passant de 17 916 en 2024 à 19 989 en 2025. Il importe donc de distinguer les différentes procédures. Le terme « naturalisation » désigne, au sens strict, une acquisition par décision de l’administration, généralement par décret. Les statistiques relatives à l’ensemble des acquisitions de nationalité couvrent également les déclarations et d’autres mécanismes prévus par la loi. Les chiffres ne sont donc pas interchangeables. Au total, les acquisitions par décret et par déclaration relevant du ministère de l’Intérieur ont concerné 62 235 personnes en 2025, contre 66 745 en 2024, soit une baisse de 6,8 %. En intégrant les acquisitions par déclaration traitées par le ministère de la Justice, notamment celles de mineurs, le total des acquisitions prononcées atteint 96 158 personnes, hors acquisitions sans formalité.

Français B2 et examen civique : de nouvelles exigences

Depuis le 1er janvier 2026, les candidats à la naturalisation doivent justifier d’un niveau de français B2, à l’oral comme à l’écrit, conformément au Cadre européen commun de référence pour les langues. Cette exigence s’applique également aux personnes sollicitant une réintégration dans la nationalité française par décret et aux candidats à l’acquisition par déclaration à raison du mariage. Un examen civique est également devenu obligatoire pour les demandes de naturalisation et de réintégration par décret. Il vise à vérifier la connaissance des principes et valeurs de la République, des institutions françaises, des droits et devoirs des citoyens, ainsi que de l’histoire, de la géographie, de la culture et de la vie en société. L’épreuve comporte 40 questions à choix multiples, posées en français. Les candidats disposent de 45 minutes au maximum et doivent obtenir au moins 32 bonnes réponses, soit 80 % de réussite. Ces nouvelles conditions s’ajoutent à l’examen du parcours individuel. La maîtrise de la langue, la connaissance du cadre républicain et la capacité à s’insérer dans la société française occupent ainsi une place centrale dans l’évaluation des dossiers.

Travail, ressources et intégration au cœur de l’examen des dossiers

Au-delà des compétences linguistiques et civiques, l’administration examine le parcours professionnel, les ressources et les conditions d’intégration des candidats. La stabilité de la situation professionnelle et financière constitue un élément important de l’appréciation du dossier, même si les situations individuelles doivent être examinées au regard des règles applicables. L’objectif est de vérifier que la demande s’inscrit dans un parcours d’installation durable en France. La situation familiale, le respect des obligations légales et le comportement du demandeur font également partie des éléments susceptibles d’être pris en compte. La procédure demeure individualisée. Les services préfectoraux peuvent demander des pièces complémentaires, ajourner une demande, la déclarer irrecevable ou la rejeter. Une proposition favorable ne vaut pas automatiquement décision définitive : dans le cadre d’une naturalisation par décret, le dossier suit encore le circuit administratif prévu et l’autorité compétente conserve son pouvoir de décision.

Les ressortissants du Maghreb toujours nombreux parmi les nouveaux Français

Malgré le recul global des acquisitions, les ressortissants des pays du Maghreb francophone occupent toujours une place importante parmi les personnes devenues françaises. En 2025, les ressortissants africains représentaient 59 % des acquisitions par décret et par déclaration. Les trois premières nationalités d’origine étaient marocaine, algérienne et tunisienne. Selon les données de la Dgef, 13 643 ressortissants marocains, 11 551 ressortissants algériens et 6 978 ressortissants tunisiens ont acquis la nationalité française en 2025. Ces chiffres représentent respectivement 14,2 %, 12 % et 7,3 % des 96 158 acquisitions par décret ou par déclaration enregistrées sur l’année, hors acquisitions sans formalité.

Ces totaux englobent plusieurs voies d’accès à la nationalité, dont les déclarations anticipées concernant des mineurs. Ils ne correspondent donc pas au seul nombre de naturalisations par décret. Pour les ressortissants tunisiens, les données détaillées du ministère de l’Intérieur font état de 4 917 acquisitions dans le périmètre des procédures relevant de ce ministère : 3 357 par décret et 1 560 par déclaration, notamment à raison du mariage ou en tant qu’ascendant ou frère ou sœur de Français. Ce chiffre est inférieur aux 6 978 acquisitions comptabilisées, tous modes confondus, car il ne comprend pas les autres déclarations traitées par le ministère de la Justice. Les chiffres de 2025 montrent également un recul par rapport à l’année précédente. Toutes procédures confondues, les acquisitions concernant des ressortissants tunisiens sont passées de 7 250 en 2024 à 6 978 en 2025, soit une baisse de 3,8 %. Pour les ressortissants marocains, le recul atteint 5,6 %, tandis que les acquisitions concernant les Algériens diminuent de 3,8.

Une politique d’accès à la nationalité plus sélective

La baisse des acquisitions par décret, le recul de la proportion de propositions favorables et le renforcement des exigences linguistiques et civiques traduisent une évolution de la politique française d’accès à la nationalité. Les candidats doivent désormais démontrer plus explicitement leur maîtrise de la langue et leur connaissance des institutions et des valeurs républicaines, en plus de satisfaire aux critères applicables à leur situation personnelle. Ces évolutions ne concernent pas de manière uniforme toutes les procédures : les conditions diffèrent selon que l’acquisition intervient par décret, par mariage, au titre de la filiation ou par une déclaration anticipée. C’est pourquoi les statistiques doivent être lues avec précision, en distinguant les naturalisations au sens strict de l’ensemble des acquisitions de nationalité. Pour les ressortissants tunisiens, comme pour les autres communautés étrangères établies en France, les données de 2025 témoignent à la fois du maintien d’un nombre important d’acquisitions et d’un contexte administratif devenu plus exigeant. Les résultats des prochaines années permettront de mesurer plus précisément les effets des nouvelles conditions entrées en vigueur en 2026.

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Auteur

Brahim OUESLATI

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