Des spécialistes en médecine de travail ont exclu, jeudi, la possibilité d’inscrire les maladies psychologiques sur la liste nationale des maladies professionnelles dont la révision est prévue dans trois ans.
Ces experts s’exprimaient, dans une déclaration à l’agence TAP, en marge de la première rencontre internationale en santé et sécurité au Travail et du 12ᵉ Congrès National de Médecine du Travail, organisés, à Tunis, à l’initiative de la Société tunisienne de médecine du travail, en collaboration avec l’Organisation internationale du Travail (OIT).
« Il demeure particulièrement complexe, sur les plans médical et législatif, de déterminer l’impact direct de l’environnement et des conditions de travail sur la santé mentale des travailleurs, malgré la hausse des indicateurs diagnostiques de stress intense et d’épuisement professionnel parmi les salariés », ont- il estimé.
Le président de la Société tunisienne de médecine du travail, Zied Laadhari, a souligné, dans ce contexte, que les maladies psychologiques présentent des spécificités qui rendent leur prise en charge complexe, notamment en raison de la difficulté à établir un lien de causalité direct entre ces troubles et l’environnement professionnel.
Il a, dans ce sens, écarté la possibilité d’inscrire ces pathologies sur la liste officielle des maladies professionnelles, malgré des appels à les classer en tant que telles.
De son côté, Monia Trabelsi, médecin inspecteur général du travail, à la Direction Générale de l’Inspection Médicale et de la Sécurité au Travail, relevant du ministère des Affaires sociales a fait état d’une hausse remarquable des cas de stress sur les lieux de travail, faisant remarquer que cette hausse ne s’est, toutefois, pas traduite par une augmentation significative du nombre de maladies psychologiques directement causées par le climat professionnel.
Elle a souligné que, si ces troubles psychologiques venaient à se généraliser, leur prise en charge à l’avenir serait conditionnée par la réalisation d’études scientifiques et de recherches approfondies permettant de les analyser et d’établir leur lien direct avec l’environnement professionnel, indépendamment des autres facteurs externes.
Pour elle, toute éventuelle reconnaissance de ces troubles à l’avenir nécessiterait des études scientifiques approfondies permettant d’en analyser les caractéristiques et d’établir leur lien direct avec l’environnement professionnel, en distinguant son influence de celle des autres facteurs externes.
Dans le même contexte, la responsable a indiqué que la liste nationale des maladies professionnelles compte actuellement 86 pathologies, couvrant notamment les maladies articulaires et musculaires, les maladies infectieuses ainsi que les troubles auditifs liés à l’exposition au bruit en milieu professionnel.
Elle a ajouté que les troubles musculosquelettiques, qui touchent les articulations, les muscles et les veines des mains, constituent les maladies professionnelles les plus répandues en Tunisie, représentant près de 90 % de l’ensemble des maladies professionnelles recensées.
Ces maladies sont principalement liées à la répétition des gestes au travail dans les unités industrielles et touchent notamment les salariés des secteurs du textile et des industries électroniques.
Elle a souligné que les structures de médecine du travail et l’inspection du travail redoublent d’efforts pour lutter contre ces troubles, précisant que leur réduction reste tributaire de la mise en place de mesures de prévention efficaces, notamment la mécanisation de certaines tâches afin de limiter les efforts physiques répétitifs, ainsi que l’aménagement de pauses régulières et planifiées pour les travailleurs.
Pour sa part, le directeur central de la gestion des risques professionnels à la Caisse nationale d’assurance maladie (CNAM) Nourredine Khalfaoui, a indiqué que les maladies professionnelles continuent d’augmenter, malgré la baisse des accidents du travail enregistrée grâce aux efforts de la Caisse. Il a souligné, à cet égard, la nécessité de renforcer le contrôle des entreprises en matière de santé et de sécurité au travail, notamment à travers la mise en place de mécanismes financiers et fiscaux incitatifs.
Il a précisé que la CNAM joue un rôle légal en matière de prévention, de protection et de contrôle visant à promouvoir la santé et la sécurité au travail, en collaboration avec les structures et les institutions concernées. Il a ajouté que cette manifestation scientifique constitue une occasion d’échanger les expériences et les connaissances, de formuler des propositions concernant les risques professionnels et de renforcer la santé et la sécurité dans le milieu professionnel.
Dans ce contexte, Majda Bali, présidente de la première rencontre internationale en santé et sécurité au Travail et du 12ᵉ Congrès National de Médecine du Travail a présenté, dans une déclaration aux médias, les thématiques de cette conférence qui portent notamment sur les stratégies de santé et de sécurité au travail en Afrique, en tenant compte des spécificités de chaque pays, ainsi que sur la santé mentale en milieu professionnel, en particulier l’épuisement professionnel, le stress et la pression psychologique.
Les débats abordent également les enjeux liés au développement de l’intelligence artificielle, notamment ses répercussions sur l’évolution des métiers, la transformation des systèmes professionnels et l’émergence de nouvelles formes et relations de travail.
Professeure agrégée en médecine du travail et secrétaire générale adjointe de la Société tunisienne de médecine du travail, Bali a indiqué que les ateliers préparatoires de cette manifestation scientifique ont porté sur l’intelligence artificielle, le concept « One Health » (Une seule santé), les troubles musculosquelettiques et les maladies psychologiques en milieu professionnel.



