Espace Jeunes de Bizerte : Quand l’engagement humain ne suffit plus
ll fut un temps où les jeunes franchissaient nombreux les portes de l’Espace Jeunes de Bizerte pour y trouver information, écoute et accompagnement. Aujourd’hui, les lieux semblent vidés de leur animation d’autrefois. Entre départs à la retraite non remplacés, manque de moyens et projet de relocalisation, cette structure de proximité apparaît à la croisée des chemins. Pourtant, grâce à l’engagement d’une professionnelle restée seule à bord, elle continue de faire vivre une mission sociale dont l’utilité ne fait aucun doute.
Un outil précieux pour la jeunesse bizertine
Une curiosité bienveillante m’a conduit à pousser la porte de cet espace afin de mieux comprendre son fonctionnement et la diversité des actions qui y sont menées au profit des jeunes. Lors de cette visite, il m’a toutefois été indiqué que certaines informations relatives à la structure ne pouvaient être communiquées qu’après l’obtention d’une autorisation préalable émanant du département de tutelle. Le souci de valoriser cette institution et l’action de ses acteurs m’a convaincu de poursuivre cette démarche malgré cette contrainte administrative.
Installé dans un coquet appartement sur le quai Tarek Ibn Ziyed, avec vue plongeante sur le canal, l’Espace Jeunes de Bizerte est rattaché à l’office national de la famille et de la population (ONFP). Sa mission est multiple : promouvoir la santé reproductive, sensibiliser aux comportements à risque, offrir des formations pratiques et créer un cadre d’expression culturelle et sportive.
Des actions nombreuses malgré des moyens limités
Selon les informations recueillies par nos soins mais nullement communiquées par les services de tutelle, chaque année, l’espace réalise 1 200 dépistages de cancers féminins, organise près de 1 500 séances de sensibilisation aux IST, et accompagne environ 800 bilans prénuptiaux. Sur le plan de la formation, plus de 1 000 jeunes participent à des ateliers techniques, 400 suivent des formations métiers, et 350 bénéficient de stages de premiers secours. La dimension culturelle et sportive attire également : 200 jeunes rejoignent les clubs de radio, robotique et gaming, tandis que 600 participent aux activités sportives. Enfin, une quinzaine de camps et échanges sont organisés chaque année.
Le silence après l’effervescence
L’activité exposée ci-dessus est cependant à inscrire dans un contexte révolu. Car la réalité observée sur place contraste douloureusement avec les chiffres et les ambitions affichés. En franchissant les portes de l’Espace Jeunes de Bizerte, le visiteur découvre aujourd’hui un lieu silencieux, presque désert, bien loin de l’effervescence qui le caractérisait autrefois lorsque de nombreux jeunes venaient y chercher écoute, conseils et accompagnement.
Des ressources humaines réduites à l’extrême
Selon les informations recueillies, il ne resterait désormais qu’une seule professionnelle en activité, la psychologue et animatrice Mme Najet Ben Rhouma, chargée d’assurer à elle seule l’accueil et le suivi des jeunes fréquentant encore la structure. Au fil des départs à la retraite, assistants et animatrices n’auraient pas été remplacés. Plus symbolique encore, le médecin-directeur de l’espace quitte lui aussi ses fonctions aujourd’hui même pour faire valoir ses droits à la retraite.
Un déménagement qui interroge
À cette fragilisation des ressources humaines s’ajoute une autre source d’inquiétude : le projet de transférer cet espace de proximité vers les locaux de la délégation régionale de la santé publique. Un éloignement qui risque de réduire davantage encore sa fréquentation, tant l’accessibilité et la familiarité des lieux constituent des facteurs essentiels dans la relation de confiance avec les jeunes.
Dès lors, plusieurs interrogations méritent d’être posées : comment préserver une structure qui a longtemps joué un rôle social, éducatif et préventif majeur ? Qui assurera demain la relève des personnels partant à la retraite ? Et surtout, quelle place notre société entend-elle réserver à ces espaces d’écoute et d’accompagnement dont la jeunesse a plus que jamais besoin ?
L’engagement d’une seule et unique personne
Ces contraintes freinent l’élargissement des activités et la modernisation des services. Pourtant, l’espace continue de fonctionner grâce à un effort humain remarquable.
Au cœur de ce dispositif, Mme Najet Ben Rhouma, psychologue, incarne la persévérance et la foi dans la mission sociale. À elle seule, elle compense le manque de moyens matériels par une énergie et une conviction inépuisables. Son action dépasse la fonction : elle accueille, écoute, forme et soutient les jeunes avec une passion qui fait de l’Espace Jeunes de Bizerte un symbole de résilience. Son engagement est un hommage à la vocation sociale : une seule personne qui, par conviction, maintient vivant un espace essentiel pour la jeunesse bizertine.



