Société

Addictions : Pourquoi les jeunes restent-ils vulnérables ?

  • 30 octobre 2026
  • 5 min de lecture
Addictions : Pourquoi les jeunes restent-ils vulnérables ?

Les forums régionaux consacrés récemment à la prévention des drogues en Tunisie, notamment à Sfax, ont remis la famille, l’école et la société civile au cœur de la lutte contre les addictions. Au-delà de la sensibilisation, l’enjeu est de repérer les situations à risque, d’accompagner les jeunes et de faciliter l’accès aux soins sans stigmatisation.

La Presse — La lutte contre la consommation de drogues chez les jeunes ne peut se limiter aux campagnes de sensibilisation ou aux appels à la vigilance. Elle exige une mobilisation durable, capable d’intervenir avant que les comportements à risque ne se transforment en dépendance. C’est dans cette perspective que s’inscrit le symposium régional organisé récemment à Sfax autour de la prévention de la toxicomanie et de la protection du tissu familial.

Cette rencontre a réuni les acteurs concernés par la prévention dans les milieux scolaires et les structures de jeunesse, ainsi que des représentants de la société civile. L’objectif est de dépasser le simple diagnostic pour élaborer des actions concrètes, adaptées aux réalités de chaque région et gouvernorat. 

La famille, première ligne de défense

Parmi les principales recommandations formulées à Sfax figure le renforcement du rôle de la famille. Walid Laamouri, délégué régional des affaires de la femme et de la famille à Sfax, a souligné son importance dans la prévention des addictions, tout en insistant sur la nécessité de soutenir les parents dans leur mission éducative. Car rappeler aux familles leurs responsabilités ne suffit pas. Encore faut-il leur donner les moyens de reconnaître les signes d’un éventuel mal-être et de maintenir le dialogue avec leurs enfants. L’écoute, la disponibilité et la confiance constituent des leviers essentiels pour prévenir certaines conduites à risque.

Le slogan du ministère « Veillez sur votre enfant » prend ainsi tout son sens. Il ne s’agit pas seulement de surveiller les fréquentations, mais de créer un climat dans lequel les jeunes peuvent exprimer leurs difficultés sans craindre systématiquement le jugement.

Cette responsabilité ne saurait toutefois reposer sur les seuls parents. Établissements scolaires, structures éducatives, associations et professionnels de santé doivent unir leurs efforts pour assurer une prévention cohérente et faciliter l’orientation des jeunes en difficulté.

Repérer tôt et accompagner sans juger

Le repérage précoce constitue un autre enjeu majeur. L’isolement, le décrochage scolaire ou les changements de comportement peuvent révéler un mal-être, mais ne prouvent pas, à eux seuls, une consommation de drogues. Ils doivent plutôt inciter à privilégier le dialogue et, si nécessaire, à solliciter des professionnels compétents.

Une approche exclusivement punitive risque de pousser les jeunes à dissimuler leurs difficultés et à retarder leur recours à l’aide. La stigmatisation peut également compromettre leur réintégration sociale. La prévention doit donc associer protection, écoute et accompagnement, sans banaliser les dangers liés aux substances psychoactives.

L’accès aux soins demeure déterminant. Les familles doivent savoir vers quels services se tourner et les jeunes concernés pouvoir demander de l’aide sans redouter d’être systématiquement étiquetés ou rejetés.

Le sport et la culture comme alternatives

La prévention consiste aussi à proposer aux jeunes des perspectives positives. Les recommandations du symposium insistent sur la nécessité de dynamiser les activités culturelles et sportives dans les établissements scolaires et les structures de jeunesse.

Clubs, ateliers artistiques, compétitions sportives et initiatives associatives peuvent renforcer le sentiment d’appartenance, valoriser les talents et favoriser les relations sociales. «Encore faut-il que ces activités soient accessibles à tous, y compris aux jeunes issus d’un milieu modeste ou vivant dans des zones moins bien équipées», a estimé Hniya Nciri, déléguée régionale à Sidi Bouzid.

Des recommandations aux actes

Un plan national existe déjà, mais sa mise en œuvre doit tenir compte des particularités locales. Les forums régionaux doivent ainsi favoriser une coordination durable entre institutions publiques, familles et société civile, avec des actions concrètes et un suivi régulier des résultats.

La vulnérabilité des jeunes ne s’explique pas par une cause unique. Les difficultés familiales, l’isolement, la pression du groupe ou le manque de perspectives peuvent se combiner différemment selon les parcours. Aucune réponse isolée ne saurait donc suffire.

La portée de ces rencontres se mesurera finalement à leur capacité à transformer les recommandations en dispositifs accessibles et durables. Prévenir avant de réparer suppose de protéger sans culpabiliser, d’écouter sans juger et d’accompagner sans abandonner.

Au-delà de la lutte contre les drogues, c’est la santé des jeunes, la solidité des liens familiaux et leur avenir qui sont en jeu.

Auteur

Mohamed Salem Kechiche

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