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3e édition des Journées de l’investissement de Médenine : Devenir une plateforme logistique ouverte sur la Libye, la Méditerranée et l’Afrique

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  • 30 octobre 2026
  • 13 min de lecture
3e édition des Journées de l’investissement de Médenine : Devenir une plateforme logistique ouverte sur la Libye, la Méditerranée et l’Afrique

Les 27 et 28 octobre, Zarzis a accueilli la troisième édition des Journées de l’investissement du gouvernorat de Médenine, placée sous le thème « Médenine, plateforme logistique et levier du développement économique ». Après Médenine puis Djerba, cette édition a réuni responsables publics, investisseurs, universitaires et experts autour d’un objectif : transformer les atouts de la région en projets créateurs de richesse et d’emplois.

La Presse — Organisée par le gouvernorat de Médenine, en partenariat avec le Parc des activités économiques de Zarzis (Paez) et l’Office de la marine marchande et des ports (Ommp), la manifestation vise à explorer les potentialités d’investissement dans la logistique, l’industrie, l’innovation et les technologies modernes. Elle ambitionne aussi de développer les activités d’exportation, de soutenir les échanges commerciaux et de diversifier le tissu économique régional.

Si ce thème a été retenu, c’est d’abord en raison des atouts du gouvernorat : le port commercial de Zarzis, l’aéroport international Djerba-Zarzis, le poste frontalier de Ras Jedir, les zones économiques, le réseau de transport et la zone logistique de Ben Guerdane. Sa proximité avec le marché libyen et son ouverture sur la Méditerranée et l’Afrique ouvrent, en outre, des perspectives pour les services logistiques, les activités industrielles et les exportations.

Pour concrétiser cette ambition, le programme a réuni des interventions scientifiques, des rencontres directes entre investisseurs et structures d’accompagnement, des rendez-vous d’affaires bilatéraux, une exposition et un hackathon consacré à l’innovation.

Journée d’ouverture : mémoire, ambition et engagement

Cette ambition s’est affichée dès la journée d’ouverture, tenue au Palais des expositions et des congrès de Zarzis, en présence du gouverneur de Médenine, du président du Conseil national des régions et des districts (Cnrd), de cadres centraux et régionaux, des autorités locales et de représentants des conseils élus.

Le gouverneur, Walid Taboubi, a ouvert la séquence des interventions en présentant Médenine comme une destination d’investissement d’exception. Il a affirmé vouloir dépasser la logique de la vitrine et du spectacle, la réussite étant, selon lui, non pas une destination, mais un processus de construction continue.

Parrain de cette édition, le président du Cnrd, Imed Derbali, a ensuite rappelé que l’événement dépassait la dimension économique : Médenine fait partie intégrante de la mémoire nationale, de la bataille de Sidi Makhlouf à celle de Ben Guerdane, et a offert de nombreux martyrs pour défendre la souveraineté et la stabilité du pays. Après avoir marqué la lutte contre le colonialisme puis contre le terrorisme, la région est désormais appelée à bâtir l’avenir économique de la Tunisie.

Cet héritage s’accompagne, a-t-il poursuivi, d’atouts bien réels. Ses portes terrestres, maritimes et aériennes, ses richesses naturelles et humaines et ses infrastructures culturelles, touristiques, éducatives, universitaires et de recherche la prédisposent à devenir la porte de la Tunisie vers l’Afrique, l’Orient arabe et le monde, alors que la carte géopolitique se recompose et que les routes du commerce international gagnent en importance.

Dans cette perspective, Derbali a décrit ces journées comme un moment d’écoute, de dialogue et d’évaluation, destiné à concrétiser les priorités de développement et à lever les obstacles, pour un développement juste et équilibré fondé sur l’égalité des chances. Il a réaffirmé l’engagement du Conseil envers le plan de développement 2026-2030 : les habitants de Médenine étant les mieux placés pour connaître leurs besoins, le Conseil suivra la réalisation des projets jusqu’au bout et coordonnera l’action des structures de l’État pour garantir un environnement d’investissement efficace. Il a enfin promis que la chambre parlementaire continuerait à défendre les intérêts de Médenine et de ses habitants.

Utica : l’industrie et la logistique, deux leviers indissociables

Place ensuite à la voix des entreprises avec l’allocution de Samir Majoul, président de l’Utica, lue par Fathi Bkalti, président de l’Union régionale de l’industrie, du commerce et de l’artisanat de Djerba. Son message est clair : pour que Médenine s’impose comme pôle économique et logistique, industrie et logistique doivent avancer ensemble. Une usine a besoin de recevoir ses matières premières à temps, de transporter et de distribuer ses produits sans accroc, de maîtriser ses coûts de production et de tenir ses délais de livraison. C’est à ce prix qu’elle peut gagner en compétitivité, aussi bien sur le marché local qu’à l’export.

Il a également appelé à développer l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement, de la matière première à la commercialisation, ainsi qu’à renforcer la coopération entre entreprises industrielles et logistiques par la mutualisation des moyens et des services et la création de projets communs. L’enjeu, a-t-il souligné, est de bâtir un système interconnecté réunissant zones industrielles, infrastructures logistiques, réseaux de transport et services aux entreprises, afin d’attirer des projets à forte valeur ajoutée et d’intégrer les entreprises tunisiennes aux chaînes de valeur régionales et internationales.

Zone franche et vision de développement

Ces orientations ont trouvé un prolongement concret avec la projection de deux films lors de l’ouverture. Le premier présentait la zone franche des activités commerciales et logistiques de Ben Guerdane, espace aménagé pour accueillir entrepôts et installations commerciales, avec des procédures douanières et de change allégées. Située au centre de la bande littorale qui va de Misrata à Sfax et proche du poste frontalier de Ras Jedir, elle se veut une porte de partenariat entre la Tunisie et la Libye, puis vers les marchés européens et africains. L’État a pris en charge les infrastructures externes et la gestion est confiée à une société dans le cadre d’un partenariat public-privé. Le projet offre une forte capacité d’emploi et doit stimuler le développement du Sud-Est.

Le second film élargissait la perspective à l’ensemble de la région en exposant la vision de développement de Médenine, fondée sur les zones industrielles, les pépinières d’entreprise et les centres de télétravail, ainsi que sur l’enseignement supérieur, la transformation numérique, l’intelligence artificielle et les services logistiques intelligents, avec le Centre intelligent de Zarzis et le pôle technologique dédié à la valorisation des richesses du désert. Il a insisté sur le rôle des enfants de la région, d’ici et de l’étranger, dans la construction de son avenir.

Des ateliers de discussion ont ensuite pris le relais. Le premier a porté sur l’infrastructure logistique (port commercial et zone franche de Zarzis, zone franche logistique de Ben Guerdane, Compagnie tunisienne de navigation), le second sur « Médenine, porte de la Méditerranée et de l’Afrique », avec des interventions sur le rôle de la douane dans la facilitation des échanges et sur la liaison maritime internationale.

La journée s’est achevée par la remise de quatre prix d’honneur à des investisseurs des secteurs industriel, agricole et touristique, par le président du Cnrd et le gouverneur. Les participants ont ensuite visité l’exposition de l’investissement à l’Espace du Sud pour les expositions, puis le port commercial de Zarzis.

La Conect : des retombées durables pour les entreprises locales

En marge de ces travaux, le président de la Conect, Aslan Ben Rejeb, a déclaré à La Presse que le thème de l’édition porte une ambition concrète : mobiliser la position stratégique de Médenine pour développer son tissu économique, renforcer les complémentarités entre les gouvernorats du Sud et ouvrir les entreprises tunisiennes sur la Libye, la Méditerranée et l’Afrique. Il a désigné le port et le parc d’activités économiques de Zarzis comme des atouts majeurs.

Il en a précisé la logique : « Notre ambition est que chaque implantation fasse grandir un écosystème local ». Autour d’un industriel, d’un exportateur ou d’un opérateur logistique, des PME et des TPE tunisiennes (fournisseurs, sous-traitants, entreprises de maintenance, de transformation ou de services numériques) doivent pouvoir se développer, pour générer des commandes locales, un transfert de savoir-faire et des emplois qualifiés.

Pour y parvenir, il a cité plusieurs conditions : un foncier adapté, des procédures lisibles, un financement accessible, y compris pour la trésorerie, et un accompagnement vers les marchés. Les projets présentés entre la deuxième et la troisième édition, notamment le stockage et la transformation des céréales et la valorisation énergétique des résidus de l’olive, illustrent, selon lui, les possibilités de transformation locale et d’économie circulaire. « La réussite de cette dynamique se mesurera aux entreprises qui grandissent, aux partenariats qui durent et aux perspectives qu’elle ouvre aux habitants de Médenine et de tout le Sud », a-t-il conclu.

Smart Ports : vers un système portuaire national interconnecté

Le lendemain, consacré à l’industrie et à l’innovation, la modernisation des ports a occupé une place centrale. Lamjed Jedda, directeur adjoint de la Société tunisienne d’acconage et de manutention (Stam), relevant du ministère du Transport, a présenté le programme « Smart Ports Tunisie 2026-2035 », qui vise à passer de systèmes isolés à un système portuaire national interconnecté, performant, sécurisé et progressivement intelligent. La Tunisie dispose d’outils informatiques, a-t-il rappelé, mais sans chaîne unifiée, ce qui entraîne délais d’attente et coûts supplémentaires.

Pour y remédier, la vision s’articule autour de sept leviers : réduire les délais des navires et des conteneurs, améliorer la productivité, abaisser les coûts logistiques, renforcer la transparence et la sécurité, améliorer l’attractivité et réduire l’impact environnemental. L’architecture cible comprend trois niveaux : un Port Community System national faisant office de guichet unique, une couche d’interopérabilité et des systèmes spécialisés. Une feuille de route par étapes prévoit successivement le diagnostic de la maturité numérique des ports, la digitalisation et l’interconnexion, l’optimisation et l’automatisation de la gestion des terminaux et des flux, l’exploitation des données (intelligence artificielle, maintenance prédictive), puis la consolidation des acquis pour faire des ports tunisiens des références régionales.

Jedda a toutefois insisté sur le fait que cette transformation ne repose pas uniquement sur la technologie : elle exige une vision partagée, une gouvernance efficace, des investissements ciblés, une coopération public-privé et la mobilisation des compétences humaines, afin de convertir les atouts du pays en gains mesurables de productivité, de transparence et de compétitivité.

Le ministre de l’Équipement : visite de chantiers routiers

C’est dans ce même esprit de concrétisation que Salah Zouari, ministre de l’Équipement et de l’Habitat, chargé de la gestion du ministère de l’Industrie, des Mines et de l’Énergie, a effectué mercredi 28 octobre 2026 une visite de travail dans le gouvernorat. Il était accompagné du gouverneur, Walid Taboubi, du directeur général des ponts et chaussées, du directeur général de la coordination entre les directions régionales, du directeur régional de l’équipement de Médenine, de cadres régionaux et centraux, de députés et de représentants des conseils locaux.

Lors de son intervention, il a insisté sur la nécessité de transformer le potentiel économique de la région en projets producteurs de richesse et d’emplois, en s’appuyant sur l’innovation, la transition énergétique et numérique et l’industrie intelligente, afin d’améliorer la compétitivité des entreprises.  

Le ministre a souligné que Médenine, grâce à sa position stratégique, constitue une porte vers l’espace africain, maghrébin et méditerranéen, avec le port commercial de Zarzis, l’aéroport international Djerba-Zarzis et le Parc des activités économiques de Zarzis. Il a mis en avant le potentiel de l’agroalimentaire, des matériaux de construction, des équipements et des services techniques et d’ingénierie. Le développement de l’activité autour du port et des zones industrielles s’inscrit, a-t-il expliqué, dans la vision du gouvernement visant à relier les infrastructures aux sites de production et à encourager la création d’entreprises industrielles et leurs capacités d’exportation.

À fin septembre 2026, la région compte environ 84 entreprises industrielles, qui fournissent près de 4.000 emplois, dont 12 entreprises totalement exportatrices employant quelque 1.200 personnes. Zouari a aussi insisté sur la complémentarité économique entre les gouvernorats de la cinquième région, où se croisent activités industrielles, portuaires et logistiques, ressources énergétiques, naturelles et agricoles, commerce, tourisme et services. Il a présenté la transition énergétique comme l’un des principaux défis et opportunités du secteur industriel, compte tenu du potentiel du Sud en énergies renouvelables, notamment le photovoltaïque.

Il a appelé à poursuivre la coordination entre les structures publiques, les autorités régionales et les organismes de financement et d’appui, afin d’accompagner les investisseurs, de suivre les projets et de lever les obstacles. Il a invité les investisseurs tunisiens et étrangers ainsi que les compétences tunisiennes à l’étranger à saisir les opportunités locales, dans une logique de partenariat et d’intérêts mutuels.

Évoquant les universités, centres de formation et de recherche de la région, dont l’Institut des régions arides, ainsi que les initiatives en matière de services numériques et d’innovation, il a plaidé pour un lien plus étroit entre ces capacités scientifiques et les besoins des entreprises, afin de transformer la recherche en applications concrètes. Il a ensuite remis les prix du hackathon consacré aux solutions intelligentes pour la logistique, y voyant une occasion pour les jeunes de mettre leurs compétences numériques au service du transport, du stockage, de la gestion des flux de marchandises et des chaînes d’approvisionnement, et honoré plusieurs investisseurs distingués.

Il a enfin parcouru l’exposition des structures d’appui, des institutions financières et des banques, organisée en marge de la manifestation, puis visité le Parc des activités économiques de Zarzis,  

À l’issue de cette visite, Zouari a souligné l’importance stratégique de ces projets pour le développement de la région. Il a insisté sur le respect des délais contractuels et la qualité de réalisation, et sur la mobilisation de tous les moyens pour accélérer le rythme des travaux. Il a ensuite présidé la clôture des Journées de l’investissement de Médenine.

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Auteur

Samir DRIDI

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