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Participation tunisienne, sur instruction présidentielle, au Sommet Russie-Afrique: La diversification des partenariats au cœur d’une diplomatie de souveraineté

  • 31 octobre 2026
  • 6 min de lecture
Participation tunisienne, sur instruction présidentielle,  au Sommet Russie-Afrique:  La diversification des partenariats au cœur d’une diplomatie de souveraineté

La participation de la Cheffe du gouvernement, Sarra Zaâfrani Zenzri, au troisième Sommet Russie-Afrique, organisé les 28 et 29 octobre à Moscou, dépasse le cadre d’une simple présence protocolaire. Chargée par le Président de la République, Kaïs Saïed, de représenter la Tunisie à cette rencontre, elle a porté un message articulé autour de la coopération économique, de la souveraineté des États et de la nécessité de réformer les institutions internationales.

La Presse — Il s’agit, en effet, d’une démarche qui s’inscrit dans le droit fil d’une orientation diplomatique plus large, en l’occurrence la diversification des partenariats de la Tunisie, la multiplication des espaces de coopération et la préservation de sa liberté de décision dans un environnement international en pleine recomposition.

Au Kremlin, où elle est intervenue à l’ouverture du sommet présidé par Vladimir Poutine, président de la Fédération de Russie, la Cheffe du gouvernement a notamment appelé à renforcer les relations entre la Russie et les pays africains dans des secteurs stratégiques tels que l’énergie, la santé, l’agriculture et la sécurité alimentaire.

Elle a, également, défendu une réforme profonde du système des Nations unies telle que préconisée par le Président de la République, dénonçant l’application sélective du droit international et l’incapacité de la communauté internationale à mettre un terme aux souffrances du peuple palestinien.

Il convient de mentionner que cette visite intervient alors que la Tunisie et la Russie célèbrent le 70e anniversaire de l’établissement de leurs relations diplomatiques, le 11 juillet 1956. Ces sept décennies de relations ont permis, d’ailleurs, de développer des échanges dans plusieurs domaines, plus particulièrement l’agriculture, l’enseignement supérieur, la recherche scientifique, la santé et le tourisme.

Par ailleurs, les échanges commerciaux, qui ont dépassé 1,8 milliard de dollars selon les indications de l’ambassadeur russe en Tunisie, témoignent du potentiel économique de cette relation, dans la mesure où la Russie représente un fournisseur important de céréales et de produits pétroliers pour la Tunisie.

Et si les produits tunisiens sont en train de se frayer un chemin au sein du marché russe, à l’instar de l’huile d’olive, le tourisme constitue, désormais, un secteur porteur avec un nombre de plus en plus accru de visiteurs russes évalué à des centaines de milliers.

De son côté, le ministre des Affaires étrangères, de la Migration et des Tunisiens à l’étranger, Mohamed Ali Nafti, qui accompagne la Cheffe du gouvernement à Moscou , a participé à la réunion ministérielle du partenariat Afrique-Russie, tenue le 28 octobre, ce qui confère à cette démarche une dimension diplomatique et opérationnelle.

En effet, le chef de la diplomatie tunisienne a soutenu le plan d’action 2027-2029 et plaidé pour la concrétisation de projets dans les infrastructures, l’énergie, les transports, l’agriculture, la santé et l’enseignement supérieur. Il a également insisté sur la nécessité de mobiliser les financements et de mettre en place des mécanismes de suivi. Car, au-delà des déclarations d’intention, l’enjeu demeure celui des réalisations et des retombées tangibles pour l’économie nationale.

Il faut dire que le rapprochement avec Moscou ne saurait être interprété comme une rupture avec les partenaires historiques de la Tunisie dans le sens où il s’inscrit plutôt dans une politique de diversification des relations économiques et financières, déjà illustrée par les démarches engagées avec plusieurs pôles internationaux.

Dans le même ordre d’idées, la visite d’État de Kaïs Saïed en Chine, en mai et juin 2024, constitue une illustration significative. À cette occasion, les deux pays ont élevé leurs relations au rang de partenariat stratégique et signé plusieurs accords couvrant la coopération économique et technique, l’investissement, le développement durable, les médias et la communication.

Cette dynamique a ouvert, certes, la voie à de nouvelles perspectives dans les relations de coopération internationale de notre pays, mais elle n’en délaisse pas moins les liens déjà établis avec d’autres groupements, dont notamment l’Union européenne, premier partenaire économique de la Tunisie.

A ne pas oublier que les relations avec les pays arabes et africains participent également de cette volonté d’élargissement. La proximité géographique, les complémentarités économiques et les enjeux communs de développement offrent des possibilités de coopération dans les domaines du commerce, de l’investissement, des infrastructures et de la sécurité alimentaire.

L’appartenance de la Tunisie à différents espaces régionaux et son engagement dans les initiatives continentales constituent, à cet égard, des leviers à valoriser.

Cette diversification trouve son fil conducteur dans la conception des relations internationales défendue par le Président Kaïs Saïed et qui repose sur le principe du respect de la souveraineté nationale, la non-ingérence dans les affaires intérieures, l’égalité entre les États et le respect des intérêts mutuels.

Il s’agit d’une vision qui privilégie le développement des relations de coopération avec différents partenaires sans alignement exclusif et sans subordonner les choix nationaux aux agendas des puissances étrangères.

Le contexte du sommet de Moscou donne une résonance particulière à cette orientation. La Russie cherche à renforcer son influence sur le continent africain en mettant en avant un discours de coopération et de contestation du néocolonialisme occidental et des rapports de domination hérités du passé, et ce dans le cadre d’une offensive diplomatique en direction des partenaires africains. Pour les pays africains, l’enjeu consiste toutefois, à saisir ces opportunités et à transformer les ouvertures diplomatiques en possibilités de percées économiques réelles, tout en préservant leur autonomie de décision.

Pour la Tunisie, la démarche consiste donc à entretenir des relations internationales fondées sur des choix souverains et des bénéfices réciproques dans un sens de gagnant/gagnant, tout en convertissant les participations à ce genre de manifestations en capacité d’ouvrir de nouveaux débouchés aux entreprises tunisiennes, à attirer des investissements, à renforcer les capacités nationales et à diversifier les sources d’approvisionnement.

Auteur

Noureddine HLAOUI

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