Editorial

Protéger nos talents, l’autre défi tunisien

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  • 31 octobre 2026
  • 3 min de lecture
Protéger nos talents, l’autre défi tunisien

Aujourd’hui, la Tunisie compte parmi les pays stables du monde, à l’écart des conflits régionaux. Il y a quinze ans, rien ne laissait présager ce destin. Mais c’est en temps de paix qu’il faut tirer les leçons du passé.

Après 2011, tout a basculé. Une amnistie générale a libéré des militants radicaux, entraînant le délitement de la sécurité. L’ONU estime ainsi à environ 5.500 le nombre de Tunisiens partis rejoindre des groupes armés, dont 4.000 en Syrie. Des organisations comme Ansar al-Charia ont prospéré sous le regard d’un pouvoir tolérant. Les assassinats politiques de Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi, suivis des attentats tragiques du Bardo et de Sousse en 2015, ont failli emporter la transition.

Cette dérive porte des responsabilités politiques. Les partis ayant gouverné à l’époque, Ennahdha en tête, ont laissé faire, tandis que la Troïka et les gouvernements successifs manquaient d’autorité et de durée pour reconstruire l’appareil sécuritaire.

Le tournant est venu avec leur départ. Une fois ces acteurs écartés, la lutte antiterroriste s’est intensifiée et institutionnalisée grâce à la réorganisation de l’appareil sécuritaire, au contrôle accru des frontières, aux ratissages préventifs et à la neutralisation des cellules dormantes. Les départs vers les zones de conflit ont ainsi totalement cessé. 

Cette stabilité retrouvée a permis un essor spectaculaire, notamment dans le secteur touristique. La Tunisie a accueilli plus de 11 millions de visiteurs en 2025 pour plus de 8 milliards de dinars de recettes, une dynamique qui se poursuit en 2026. Les partis politiques post-révolution ignoraient qu’aucun visiteur ne revient dans un pays miné par l’insécurité, ou alors leurs dirigeants avaient manifestement d’autres priorités. 

Cette sécurité est avant tout la condition de l’avenir d’une jeunesse que la Tunisie forme remarquablement. Après avoir figuré, entre 2013 et 2015, parmi les principaux pourvoyeurs d’éléments terroristes, le pays se classe aujourd’hui au premier rang mondial pour la part de ses diplômés en sciences et en ingénierie (37,93%), selon l’Indice mondial de l’innovation 2026 de l’Ompi.

Hier, ce formidable potentiel de jeunesse se brisait dans le désespoir et les filets du djihadisme. Aujourd’hui, dans un pays apaisé, ces femmes et ces hommes formés aux sciences sont devenus le plus bel espoir de la nation.

Pourtant, l’heure n’est plus aux beaux discours. Il faut impérativement protéger ces compétences pour qu’elles ne soient pas sacrifiées sur l’autel du profit et abandonnées aux griffes des chasseurs de têtes et recruteurs étrangers. La bataille de l’avenir se joue maintenant.

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Auteur

Samir DRIDI

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