Editorial

Al-Khalil : l’engrenage de la dépossession

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  • 4 novembre 2026
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Al-Khalil : l’engrenage de la dépossession
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Les opérations militaires dont les conséquences dépassent de très loin l’objectif officiellement annoncé sont encore à l’œuvre. A Al-Khalil, en Cisjordanie occupée, l’intervention de l’armée d’occupation n’a en somme qu’un seul et unique objectif : déposséder les Palestiniens de leurs maisons, de leurs terres, et les contraindre à l’exil. L’armée sioniste a franchi depuis longtemps les limites d’une opération qu’elle qualifie de «représailles».

Une semaine après l’attaque sur leur terre, menée par deux Palestiniens, la riposte de Tsahal se poursuit : deux quartiers toujours bouclés, 5.000 personnes jetées hors de chez elles et aucune perspective de retour. La punition collective, elle, ne connaît pas de trêve.

La justification de l’occupant tient en quelques mots : les maisons des deux assaillants (qui se sont défendus) doivent être détruites. En attendant, des milliers d’habitants paient le prix d’une attaque à laquelle ils n’ont pas pris part, des familles sont à la rue, des habitations ont été saccagées, des immeubles transformés en postes d’observation militaires. D’autres habitants ignorent encore s’ils pourront retrouver leur logement, voilà comment une opération présentée comme une mesure de sécurité (un terme usité et usé qui maquille mal les massacres) prend les contours d’un massacre.

Car c’est bien de cela qu’il s’agit; la responsabilité pénale (en cas de preuves) est individuelle; elle ne saurait devenir le prétexte à sanctionner indistinctement une population entière. Ni les enfants, ni les personnes âgées, ni les familles contraintes de quitter leur maison ne peuvent être tenus pour responsables des actes présumés de deux citoyens. La sécurité des uns ne saurait justifier la privation des droits fondamentaux des autres.

Les organisations de défense des droits humains ne s’y trompent pas, elles mettent en garde contre une possible campagne de «nettoyage ethnique», inscrite dans une politique plus vaste de déplacements forcés et de destructions en Cisjordanie occupée. Des mots graves qui ne sont pas employés à la légère, car la réalité sur le terrain les rend aujourd’hui incontournables. Le danger est précisément que l’exception devienne la règle, que le déplacement temporaire se transforme en expulsion durable et que l’impossibilité de rentrer chez soi finisse par être présentée comme un fait accompli.

Les conséquences ne sont d’ailleurs pas seulement résidentielles, les routes et les points de contrôle fermés entravent les déplacements, les ambulances circulent difficilement, les transferts de patients sont retardés. Quelque 262.000 élèves du gouvernorat d’Al-Khalil ont été affectés par les perturbations scolaires. A cela s’ajoute une facture économique quotidienne estimée par l’Autorité palestinienne entre 2,9 et 3,5 millions d’euros. C’est une ville entière, ou presque, prise dans l’étau d’une opération interminable.

Et pendant ce temps, les condamnations internationales s’accumulent, les alertes de l’ONU se multiplient, les organisations humanitaires documentent les dégâts; mais à quoi servent les mises en garde si elles ne sont suivies d’aucune mesure susceptible d’arrêter les faits ? La Cisjordanie semble s’enfoncer dans une logique où l’occupation ne se contente plus de contrôler les territoires : elle bouleverse les conditions mêmes de leur habitabilité.

Il ne s’agit pas de minimiser la mort des deux soldats de l’armée occupante. Il s’agit de rappeler qu’aucun droit à la sécurité (entendez, droit de colonisation) ne saurait s’exercer en dehors du droit international. La sécurité ne peut être un permis de déplacer, de détruire et de priver des milliers de personnes de leur foyer.

A Al-Khalil,  5.000 personnes attendent de pouvoir rentrer chez elles, leurs maisons sont devenues un enjeu militaire, leur quotidien est une variable d’ajustement et leur avenir une question suspendue. Le plus inquiétant n’est peut-être pas seulement ce qui leur arrive aujourd’hui, mais la possibilité que, demain, personne ne s’étonne plus de ce qui leur est infligé.

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Auteur

Hamma Hannachi

Auteur et chroniqueur à La Presse de Tunisie, spécialiste de la culture, Hamma Hannachi conjugue érudition et sensibilité. Dans « Mes Humeurs », il promène une plume libre et cultivée entre littérature, jazz et réflexions sur l’art, des grands classiques aux voix d’aujourd’hui. Il signe également des éditoriaux où il porte un regard perspicace et engagé sur l’actualité internationale.

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