Secteur agricole et changements climatiques : Face aux enjeux de l’adaptation et de la durabilité
À l’heure où les effets du changement climatique se font de plus en plus ressentir, le secteur agricole est appelé à accélérer sa transformation, à renforcer ses mécanismes d’adaptation et à mobiliser davantage de financements. Autant de leviers indispensables pour préserver son potentiel productif et assurer sa durabilité. Réunis dans le cadre du forum international organisé en marge du « Siat 2026 », des experts et des responsables ont mis en lumière les enjeux et les priorités d’une adaptation devenue incontournable.
La Presse — « La finance climatique pour une agriculture tunisienne résiliente au climat » : tel était le thème du forum international organisé en marge du Salon international de l’investissement agricole (Siat 2026), qui s’est tenu récemment au Parc des expositions du Kram. Réunissant des experts du climat, des économistes et des représentants de structures publiques, les débats ont permis de mettre en lumière la question du financement de l’adaptation aux changements climatiques.
Intervenant lors d’une table ronde consacrée au diagnostic climatique de l’agriculture tunisienne, Houssem Eddine Chebbi, professeur universitaire et expert en politiques agricoles, a estimé que le renforcement de la résilience du secteur agricole passe par trois priorités : la préservation des ressources, l’accompagnement des agriculteurs et un appui accru au Fidac (Fonds d’indemnisation des dommages agricoles climatiques).
S’agissant de la première priorité, l’expert a affirmé que l’État avait déjà entrepris des mesures dans ce sens et qu’il est en train de fournir un « effort monstre » en matière de préservation des ressources, notamment à travers sa stratégie dédiée à l’eau. Quant à l’accompagnement des agriculteurs, Chebbi a souligné l’importance de la vulgarisation, notamment sur les questions techniques, afin d’aider les agriculteurs, en particulier les petits exploitants, à faire face aux nouveaux défis auxquels ils sont confrontés.
Concernant la troisième priorité, à savoir la mobilisation des financements, l’expert a appelé à renforcer le système de couverture des risques. Il a, dans ce contexte, estimé qu’il était judicieux d’apporter un soutien accru au Fidac, considéré comme un acquis au service de l’appareil agricole et dont la principale mission consiste à assurer la couverture des risques liés, notamment, aux investissements réalisés.
Des investissements en hausse mais …
Chebbi est également revenu sur l’état des lieux de l’investissement agricole en Tunisie. Il a souligné que, même si les chiffres révèlent une hausse des montants investis dans le secteur, la part de l’agriculture dans la formation brute de capital fixe (Fbcf) en Tunisie affiche une légère tendance baissière. Une réalité qui, selon lui, invite à s’interroger sur la rentabilité de l’activité agricole, dans un contexte où les efforts d’adaptation devraient s’accélérer. « En termes d’adaptation, on a besoin que la part des investissements agricoles dans la formation brute de capital fixe reprenne une tendance positive », a-t-il indiqué. Il a ajouté que la Tunisie dispose d’un cadre d’incitation favorable, notamment en comparaison avec d’autres écosystèmes, mais que celui-ci nécessite, selon lui, une mise à jour afin de mieux répondre aux nouvelles exigences en matière d’adaptation au changement climatique.
De son côté, Sawssen Ben Nasr, économiste en chef à l’Itceq, a présenté une analyse des principaux enjeux de la sécurité alimentaire en Tunisie à l’aune du changement climatique. Elle a, dans ce contexte, rappelé les résultats d’une étude sur la durabilité et la capacité d’adaptation, fondée sur le modèle « Gemmes », un outil de modélisation macroéconomique ayant permis de simuler trois scénarios : un scénario tendanciel, un scénario sans adaptation et un troisième intégrant des mesures d’adaptation.
Selon Ben Nasr, les résultats présentés font ressortir en somme, une vulnérabilité aux effets du changement climatique, notamment en raison d’un stress hydrique élevé ainsi que d’une fragilité de plusieurs composantes de la sécurité alimentaire. Toutefois, la mise en œuvre des politiques d’adaptation ambitieuses permet de renforcer la résilience agricole et alimentaire du pays.
Orienter les investissements vers des actions d’adaptation
Chamseddine Harrabi, coordinateur du comité sectoriel chargé du changement climatique au ministère de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche, a rappelé, de son côté, les principaux axes du projet « Sécurité alimentaire et priorités d’adaptation du secteur agricole en Tunisie », élaboré dans le cadre d’une collaboration entre le ministère de l’Agriculture et la FAO. Ce projet vise notamment à identifier les impacts du changement climatique sur la durabilité des systèmes agricoles, en vue d’éclairer la prise de décision et d’orienter les investissements vers des actions d’adaptation. Ledit projet vise également à améliorer la résilience de l’agriculture à travers des investissements intelligents. Selon le responsable, le projet s’articule autour de plusieurs axes, notamment, l’adaptation des systèmes de production aux cultures et ressources disparues, le renforcement de la gouvernance territoriale et l’amélioration des systèmes d’information.
Intervenant par visioconférence, Seyni Nafo, coordinateur au sein du Fonds vert pour le climat, a salué l’accréditation de l’Apia en tant que première entité nationale tunisienne auprès de ce fonds. Il a souligné que la prochaine étape devrait consister à identifier et à développer un portefeuille de programmes et de projets structurés, prêts à mobiliser davantage de financements, grâce à une coordination efficace entre les institutions nationales, les partenaires régionaux et les institutions financières. Mettant l’accent sur l’importance de l’agriculture pour l’ensemble du continent africain, le représentant du FVC a rappelé que cette activité fait vivre des millions de personnes en Afrique, tout en étant fortement exposée aux effets du changement climatique.



