Allaitement maternel : l’association HANEN formule six recommandations pour mieux protéger les mères et les enfants
L’allaitement maternel constitue un enjeu majeur de santé publique. Si ses bienfaits pour la mère et l’enfant sont largement reconnus, sa promotion relève d’une responsabilité collective. Elle suppose une information fiable, un accompagnement adapté et des conditions favorables à chaque étape de la maternité. C’est le message porté par l’Association HANEN pour la promotion de l’allaitement maternel à l’occasion de sa 7e Journée nationale, organisée le 31 octobre 2026 à la Cité des Sciences de Tunis, sous le thème « Allaiter aujourd’hui, protéger demain ».
Présidée par Dr Emna Barkaoui, cette rencontre a réuni des représentants du ministère de la Santé, la DSSB, l’ONFP, l’UNICEF, l’ambassade de Monaco, les sociétés savantes, des professionnels de santé, ainsi que des mamans et des partenaires de l’association. Les échanges et les témoignages ont permis d’identifier six axes d’actions prioritaires :
1. Optimiser la collaboration intersectorielle, en mobilisant les ministères de la Santé, de l’Éducation, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, de la Famille, de la Femme, de l’Enfance et des Personnes âgées, de l’Agriculture et des Affaires sociales, ainsi que l’UTICA et la société civile, autour d’une approche « One Health » qui place la promotion de l’allaitement maternel au cœur de l’action collective.
2. Intensifier l’information et la sensibilisation du grand public aux bienfaits du lait maternel pour la santé de la mère et de l’enfant, notamment en matière de prévention des maladies et de bien-être. Il s’agit également de mieux faire connaître l’importance du contact peau à peau et de la mise au sein précoce, à travers les médias et des messages simples, accessibles et adaptés au langage du grand public.
3. Renforcer l’application du Code international de l’OMS. L’enseignement du Code doit être intégré à la formation de tous les professionnels de santé, notamment les médecins, les sages-femmes et les pharmaciens, les nutritionnistes… Le contrôle des pratiques publicitaires doit également être amélioré, en particulier sur les réseaux sociaux et lors des congrès scientifiques.
Bien que la Tunisie ait été parmi les premiers pays au monde à adopter une législation encadrant la commercialisation des substituts du lait maternel (loi n° 24 du 4 mars 1983), son cadre législatif demeure aujourd’hui faiblement aligné sur les dispositions du Code international de l’OMS. Son évolution apparaît donc nécessaire pour assurer une meilleure conformité à ce dernier. La représentante de l’UNICEF a indiqué que cette loi est en cours de révision
4. Promouvoir de nouvelles pratiques favorables à l’allaitement, notamment la collecte prénatale du colostrum, compte tenu de ses qualités nutritionnelles et de son rôle protecteur pour le nouveau-né.
5. Garantir une information juste, simple et bienveillante, tout en renforçant la préparation physique et psychologique des futures mères et en assurant un accompagnement adapté et sécurisé à chaque étape de leur parcours.
6. Multiplier les études multicentriques au sein des maternités afin de dresser un état des lieux des pratiques en matière d’allaitement maternel, de contact peau à peau, de mise au sein précoce et de respect du Code international de l’OMS.
Des bénéfices reconnus, des défis persistants
Les travaux scientifiques ont rappelé le rôle protecteur de l’allaitement maternel pour la santé de la mère et de l’enfant, en particulier au regard de l’Objectif de développement durable (ODD) 3, consacré à la santé et au bien-être. Chez la mère, l’allaitement est associé à une réduction de 13 % du risque d’hypertension artérielle, de 30 % du risque de diabète de type 2, de 22 % du risque de cancer du sein et de 30 % de celui du cancer de l’ovaire. Pour l’enfant, le risque d’obésité diminue de 26 %. La mise au sein dès la première heure de vie constitue également un facteur déterminant : les nouveau-nés dont la première mise au sein intervient après les premières 24 heures présentent un risque de décès durant la période néonatale deux fois plus élevé que ceux mis au sein au cours de leur première heure.
Les échanges ont également souligné les obstacles auxquels sont confrontées les femmes, notamment après une césarienne et lors de la reprise du travail. Le développement d’espaces dédiés à l’allaitement et au tirage du lait dans les entreprises et les lieux publics, ainsi que l’application effective du congé de maternité, figurent parmi les mesures nécessaires pour leur permettre de poursuivre l’allaitement dans de meilleures conditions.
À travers cette journée et les recommandations qui en découlent, l’Association HANEN réaffirme son engagement à faire de l’allaitement maternel une priorité partagée. Elle rappelle également qu’aucune mère ne devrait être culpabilisée pour son parcours : celles qui, pour une raison ou une autre, n’ont pas pu allaiter doivent bénéficier de la même écoute, du même respect et de la même bienveillance.



