Foire artisanale : Ces entreprises familiales en quête de visibilité
Photo : © Koutheïr KHANCHOUCH
«Le savoir-faire artisanal acquiert, à mon humble avis, une dimension existentielle, dans la mesure où il guide l’artisan vers un monde d’évasion et de création; un monde dominé par le plaisir et la quiétude». C’est en ces termes que Henda Lachheb, artisane quinquagénaire participant à la Foire baptisée «Les produits de nos mains tunisiennes», définit l’artisanat. Néanmoins, pour bon nombre de familles, l’artisanat est synonyme de gagne-pain, de revenu, de stabilité socioéconomique, voire de dignité. En effet, ladite foire met en lumière plusieurs projets artisanaux familiaux, provenant de différentes régions. Elle est organisée par l’association «Tunisie : terre des Hommes» et se tient du 2 au 7 novembre à la Place Chokri-Belaïd à El Menzah 6.
La Presse — Il faut dire que les foires axées sur l’artisanat constituent, pour la majorité des petits artisans et des PME artisanales, une chance à saisir. En mal de promotion, en manque de visibilité et ignorant, pour la plupart d’entre eux — et d’entre elles — les principes du marketing et de la commercialisation de leurs produits, les artisans et les artisanes répondent «présent» à toute invitation à une exposition-vente, dans le but d’établir un contact direct avec les clients. «Notre association a été créée en 2012. Ses activités sont axées sur deux volets : l’économie solidaire et la culture. Le présent évènement s’inscrit, bel et bien, dans le cadre de l’économie solidaire. L’objectif étant de permettre à un plus grand nombre d’entreprises familiales artisanales d’améliorer et leur visibilité et leur commerce. Nous soutenons, aussi, l’autonomie financière des femmes qui travaillent chez elles en leur accordant la possibilité d’exposer leurs produits au public. Nous avions organisé jusque-là plusieurs manifestations de ce genre à Hammamet, au Bardo, à La Soukra, à La Marsa, à El Menzah ainsi qu’à Ennasr», indique Mme Rachida Belkhouja, présidente de la commission de l’économie solidaire à ladite association.
Innover, se surpasser…
Provenant de plusieurs régions, notamment Bizerte, le Cap Bon, Sfax, les artisans et artisanes ont pris soins de mettre en valeur leurs créations. Une panoplie de produits artistiques et autres, de consommation, en dit long sur le savoir-faire ancestral et sur le souci de modernisation qui anime certains. Etant plus à l’écoute des clients et plus avisés sur les requêtes du consommateur tunisien, ils s’activent pour se distinguer et résister à la concurrence. En effet, parmi les participants figure Habib Saïdani, provenant de Sejnane. Il présente, évidemment, une superbe collection de poterie typique de la région. «En dépit de sa beauté purement spécifique et unique au monde, la poterie de Sejnane demeure boudée par les Tunisiens. Ce sont les Européens qui en raffolent», indique-t-il, navré. S’opposant à ce stand qui respire l’authenticité, celui d’Amor Mzoughi nous invite à découvrir un nouveau produit : une série de bibelots, de porte-bougies, vases et d’encensoirs éblouit le visiteur par un blanc éclatant. «Ce sont des produits fabriqués à partir de la poussière de marbre. Cette matière est, en effet, diluée dans l’eau et additionnée de fixateur. Puis, elle est versée dans des moules», explique-t-il. Cet artisan s’était investi, d’abord, dans la fabrication des produits à base de plâtre, avant de changer de matière, voire de créneau. «Il faut toujours innover et se surpasser», fait-il remarquer. Ce principe anime Henda Lachheb qui propose des accessoires féminins, notamment des sacs à main et des gilets faits en crochet, des faux bijoux et même des écharpes ornées de calligraphies arabes. «L’artisanat et le travail manuel sont source de passion, de plaisir et de bien-être. Jeune fille, je m’adonnais déjà au crochet. Puis, grâce aux réseaux sociaux, j’ai réussi à perfectionner mon savoir-faire et à développer mon activité. J’ai même suivi des formations en bijoux de fantaisie et en calligraphie ; des apprentissages amusants et rentables», a-t-elle indiqué.
Promotion, visibilité et crédibilité
Un peu plus loin se trouve le stand enivrant de Karima Khedher. Cette artisane spécialisée dans la fabrication des condiments traditionnels, avait démarré son petit projet à domicile il y a quatorze ans. Cela dit, sa participation aux foires ne date que de quelques mois. «Les ventes dépendaient, jusque-là, du bouche-à-oreille. Certes, mes produits sont prisés par tous mes clients en raison de leur qualité irréprochable. Néanmoins, la commercialisation des produits des petits artisans implique une meilleure promotion. D’où l’utilité indéniable des foires et du contact direct avec les clients. Ces évènements servent grandement l’intérêt des artisans et garantissent la crédibilité du produit», indique-t-elle. Karima mise non seulement sur la qualité mais aussi sur les goûts. Elle tend à répondre favorablement aux exigences des jeunes ménagères. «Les jeunes ménagères cherchent toujours à s’approvisionner en condiments à même de leur faciliter la vie, notamment des mélanges d’épices, de l’ail en poudre, de la harissa traditionnelle peu piquante, etc. Il faut orienter ses produits en fonction des besoins du marché tout en veillant sur la bonne qualité», ajoute-t-elle.
Latifa Meddeb, la doyenne des produits artisanaux bio, propose des huiles essentielles, des crèmes et des lotions puisées des plantes aromatiques et médicinales autochtones. Elle considère que la qualité du produit artisanal et l’intégrité de l’artisan sont élémentaire à l’essor de ce domaine. «En tant qu’experte dans ce domaine depuis cinquante-trois ans et formatrice chevronnée, je tiens à inciter les jeunes au respect infaillible de cette spécialité et du droit du consommateur à des produits de qualité. Présenter des produits bio doit, nécessairement, être appuyé par des certificats d’analyse prouvant, noir sur blanc, cette spécificité», note-t-elle.
Embrassant différentes spécialités, les artisans et les artisanes présents n’ont d’autres aspirations que de voir leurs produits commercialisés, leurs activités fleurir et leurs rêves devenir réalité. Un simple coup de pouce provenant aussi bien des institutions de tutelle et des ONGs suffit, parfois, à combler le maillon manquant.



