Position géographique, salons internationaux, campagnes de communication périodiques… : La Tunisie conserve-t-elle son pouvoir d’attraction ?
La possession d’atouts économiques ne suffit pas à attirer durablement les investisseurs étrangers. Dans un environnement international marqué par la concurrence, l’incertitude et la recherche de visibilité, les entreprises choisissent les pays capables de leur offrir un cadre clair, stable et prévisible.
La Presse —La stabilité juridique et administrative demeure ainsi la condition de tous les autres avantages. Un investisseur peut accepter certaines contraintes, mais il hésitera face à l’incertitude. Les changements fréquents de règles, la lenteur des autorisations, la complexité fiscale, l’opacité de certaines procédures et les difficultés liées au transfert des capitaux peuvent décourager des projets pourtant prometteurs. Tout comme le soutiennent plusieurs économistes et analystes tunisiens, aucune campagne de communication ne peut durablement compenser une expérience administrative décevante. Le discours doit donc être aligné sur la réalité. Il ne s’agit pas de masquer les difficultés, mais de montrer qu’elles sont identifiées, qu’un calendrier de réforme existe et que les investisseurs disposent d’un interlocuteur capable de les accompagner de la première demande jusqu’à la réalisation du projet.
La crédibilité, un axe capital
«La confiance se construit moins par les annonces que par la régularité des décisions et la capacité des institutions à respecter leurs engagements», affirme le géostratège, politologue, universitaire et chercheur tunisien de renommée internationale, spécialisé en stratégie et géopolitique N.J. Chaque projet réussi devient, selon lui, un outil de communication plus puissant qu’une campagne publicitaire. Les investisseurs satisfaits, les entreprises implantées et les partenaires internationaux doivent être associés à la promotion du pays, car leur expérience constitue une preuve indépendante de la crédibilité du message tunisien, tel qu’il le plaide.
La Tunisie doit également mieux mobiliser sa diaspora. Les Tunisiens établis à l’étranger disposent de compétences, de réseaux professionnels et d’une connaissance précieuse des marchés internationaux. Ils peuvent devenir des ambassadeurs économiques du pays, à condition de bénéficier de mécanismes simples pour investir, créer des entreprises, transférer leur expertise et participer à des projets structurants.
Cette diaspora ne doit pas être sollicitée uniquement lors des forums ou des campagnes ponctuelles. Elle devrait être intégrée à une stratégie permanente de prospection, de mise en relation et d’accompagnement. Des réseaux sectoriels, des plateformes numériques et des programmes de mentorat pourraient faciliter les contacts entre investisseurs étrangers, entrepreneurs tunisiens et compétences établies à l’étranger.
Un autre axe majeur…
La communication économique doit enfin devenir plus numérique, plus rapide et plus interactive. Un investisseur doit pouvoir accéder facilement à des informations fiables sur les secteurs prioritaires, les incitations disponibles, les terrains industriels, les procédures, les compétences et les projets ouverts au partenariat. Les sites institutionnels doivent être régulièrement actualisés, disponibles dans plusieurs langues, notamment l’anglais et le chinois, et conçus pour répondre aux besoins concrets des entreprises. La promotion de l’investissement ne devrait pas être limitée aux salons internationaux et aux campagnes de communication périodiques. Elle doit s’appuyer sur une démarche de prospection ciblée, fondée sur l’identification des entreprises susceptibles de trouver en Tunisie une réponse à leurs besoins. Il faut aller vers les investisseurs, comprendre leurs contraintes, leur proposer des solutions adaptées et maintenir le contact jusqu’à la décision finale.
Cette stratégie doit être évaluée à partir de résultats mesurables : le nombre de contacts qualifiés, le taux de conversion des projets, la rapidité d’installation des entreprises, le volume des investissements réalisés, les emplois créés, la part des exportations générées, le niveau de recherche et développement local et la capacité des projets à intégrer les entreprises tunisiennes. La Tunisie ne manque pas nécessairement d’arguments. Elle doit surtout démontrer qu’elle sait les transformer en expériences positives pour les entreprises. La proximité géographique, les compétences, les infrastructures, les énergies renouvelables et l’accès aux marchés ne produiront des résultats que s’ils sont soutenus par un environnement administratif et juridique fiable. Car, dans la compétition mondiale, les investisseurs ne choisissent pas seulement un pays pour ses atouts. Ils le choisissent pour la clarté du message qu’il porte, la crédibilité des preuves qu’il apporte et la confiance qu’il inspire dans sa capacité à transformer les promesses en réalité.
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