Les changements climatiques redessinent progressivement la carte bioclimatique de la Tunisie. Plus de la moitié du territoire national pourrait connaître une modification de ses étages bioclimatiques à l’horizon 2042, selon les projections présentées par Sinan Pacha, chargé de la gestion du Bureau de la planification et des équilibres hydriques au sein du cabinet du ministère de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche.
Intervenant sur les ondes d’express Fm, le responsable a indiqué que les données climatiques recueillies entre 1991 et 2022 font ressortir une évolution de 27 % des étages bioclimatiques en Tunisie. Cette proportion atteint 33 % selon l’analyse des données couvrant la période 1996-2025, ce qui témoigne, selon lui, d’une accentuation des mutations climatiques au cours de la dernière décennie.
Les projections portant sur la période 1920-2040 font, quant à elles, état d’une évolution pouvant atteindre 57 %. Cette estimation signifie que plus de la moitié de la superficie du pays pourrait voir ses caractéristiques bioclimatiques évoluer à l’horizon 2042.
Le Nord humide de plus en plus exposé à la sécheresse
Parmi les mutations les plus significatives figure le recul des zones humides dans l’extrême Nord du pays. Selon Sinan Pacha, ces régions ont enregistré une diminution de 60 % de la superficie correspondant à leurs étages bioclimatiques humides, évoluant progressivement vers des conditions semi-humides marquées par une prédominance de la sécheresse.
À l’inverse, l’étage semi-aride moyen a connu une extension de 50 %, tandis que l’étage aride inférieur a progressé de 40 % au cours des trente dernières années.
Les gouvernorats de Bizerte, Jendouba, Le Kef et Siliana figurent parmi les régions ayant enregistré les changements les plus importants dans leurs étages bioclimatiques, a précisé le responsable.
Une nouvelle référence pour adapter la carte agricole
Au-delà du suivi des mutations climatiques, cette nouvelle carte bioclimatique devrait constituer un outil d’aide à la décision pour le secteur agricole. Elle permettra notamment d’adapter le choix des cultures et des variétés aux ressources hydriques disponibles dans chaque région.
Elle contribuera également à améliorer la gestion de l’eau, notamment à travers la détermination des besoins en systèmes d’irrigation et des périodes de plantation, ainsi qu’à orienter le choix des espèces d’arbres adaptées aux opérations de reboisement.
La carte servira aussi de référence pour l’élaboration de programmes visant à fixer les dunes de sable.
Sinan Pacha a souligné que cet outil constituera le socle de la refonte de la carte agricole nationale et contribuera à mieux orienter les investissements en fonction des nouvelles réalités climatiques et des potentialités de chaque région.
Les mutations observées se traduisent notamment par la diminution des précipitations, l’assèchement des sols, la baisse des réserves en eaux superficielles et souterraines et le recul de la productivité des cultures pluviales.
Elles se manifestent en outre par la multiplication des incendies de forêt, l’élévation du niveau de la mer, qui accentue l’érosion côtière et menace les terres littorales, ainsi que par une fréquence accrue des phénomènes météorologiques extrêmes, notamment les vagues de chaleur estivales et l’alternance entre sécheresses et inondations.
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