Société

Chroniques de la Byrsa

  • 8 novembre 2026
  • 4 min de lecture
Chroniques de la Byrsa
3 min de lecture

Sécheresse des sols et des cœurs

Et nous y voici enfin à la fête de l’Arbre, en ce dimanche 7 novembre. Immolera-t-on quelques arbres de plus pour célébrer l’événement ? Car de tels sacrifices sont devenus un rituel permanent du nord au sud du pays. Les jours à venir nous le diront. Ils nous dirons surtout si les individus et les groupes que ce massacre a émus et qui lui ont répondu par la promesse de planter au moins autant d’arbres que ceux qui manqueront cette année à l’appel auront tenu parole.

Parler de l’arbre c’est, nécessairement, évoquer l’environnement, l’écologie, la biodiversité, la qualité de la vie. Et la place et le rôle de l’homme dans ce système si inextricablement interdépendant. Notre comportement au quotidien a immanquablement des incidences sur tout ce qui nous entoure, de près ou de loin.

Tout cela m’est revenu à l’esprit à la lecture d’un texte écrit il y a près de deux mille ans par un paysan de la région de Siliana et que j’ai retrouvé en farfouillant dans ma bibliothèque dans un ouvrage du regretté Mohamed Yacoub sous le titre de « Pièces maîtresses des musées de Tunisie » en 1994. Ce texte daté de la fin du IIIe ou du tout début du IVe siècle est connu sous l’appellation de « l’épitaphe du moissonneur de Mactar ». Prenons d’abord connaissance de son contenu :

« Depuis le jour de ma naissance, j’ai toujours cultivé
mon champ. Ma terre ni moi n’avons pris aucun repos »

« Je suis né d’une famille pauvre; mon père n’avait ni revenus, ni maison à lui. Depuis le jour de ma naissance, j’ai toujours cultivé mon champ. Ma terre ni moi n’avons pris aucun repos. Lorsque venait l’époque de l’année où les moissons étaient mûres, j’étais le premier à couper mes chaumes ; lorsque paraissent dans les campagnes les groupes de moissonneurs qui vont se louer autour de Cirta, la capitale des Numides, ou dans les plaines que domine la montagne de Jupiter, alors j’étais le premier à moissonner mon champ. Puis, quittant mon pays, j’ai pendant douze ans moissonné pour autrui sous un soleil de feu ; pendant onze ans j’ai commandé une équipe de moissonneurs et j’ai fauché le blé dans les champs des Numides. A force de travailler, ayant su me contenter de peu, je suis enfin devenu propriétaire d’une maison et d’un domaine ; aujourd’hui, je vis dans l’aisance. J’ai même atteint les honneurs : je fus appelé à siéger au sénat de ma cité et, de petit paysan, je devins censeur ; j’ai vu naître et grandir autour de moi mes enfants et mes petits-enfants ; ma vie s’est écoulée paisible et honorée de tous. »

Même si les temps ont considérablement changé, ce texte n’en garde pas moins une fraîcheur qui justifie qu’on l’apprenne aux jeunes qui feront les hommes de demain. Et pourquoi ne pas l’insérer dans un livre d’étude de textes pour qu’il s’imprime dans l’esprit des jeunes lecteurs et détermine en eux le choix de l’effort et de l’action vertueuse au profit d’autrui et non à ses détriments, comme procèdent les amateurs de gains faciles qui abattent les arbres, léguant à la postérité sécheresse des sols et des cœurs.

Auteur

Tahar Ayachi

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