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Portrait – Hazem Ben-Gacem : un Tunisien dans la cour des grands de l’investissement mondial

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  • 8 novembre 2026
  • 10 min de lecture
Portrait – Hazem Ben-Gacem : un Tunisien dans la cour des grands de l’investissement mondial
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À la tête de BlueFive Capital, une plateforme d’investissement basée à Abou Dhabi qui revendique plus de 15 milliards de dollars d’actifs sous gestion, le financier tunisien Hazem Ben-Gacem poursuit une stratégie de diversification qui le conduit de l’automobile de luxe aux technologies, en passant par les services financiers et la gestion d’actifs. Après près de trois décennies chez Investcorp, il a fait le pari de créer sa propre structure. En moins de deux ans, celle-ci a multiplié les opérations et étendu son empreinte du Golfe à l’Asie. Un parcours qui illustre la capacité d’un dirigeant tunisien à évoluer au cœur des grands circuits internationaux du capital.

Il y a des parcours professionnels qui se construisent dans la durée, à force d’expérience, de décisions stratégiques et d’une connaissance approfondie des marchés. Celui de Hazem Ben-Gacem s’inscrit dans cette trajectoire. Financier tunisien installé au cœur de l’écosystème d’investissement du Golfe, il dirige aujourd’hui BlueFive Capital, une société qu’il a fondée en novembre 2024 après une longue carrière au sein d’Investcorp, l’un des principaux acteurs du capital-investissement au Moyen-Orient.

Le changement d’échelle est significatif. BlueFive Capital affirme gérer plus de 15 milliards de dollars d’actifs, moins de deux ans après sa création. Son portefeuille couvre plusieurs domaines, notamment le capital-investissement, l’immobilier, les infrastructures, les services financiers et la gestion d’actifs. La société s’appuie sur un réseau d’investisseurs majoritairement issus des pays du Golfe, mais également présents sur d’autres marchés internationaux.

Derrière cette croissance rapide se trouve un parcours de près de trente ans dans la finance internationale. Hazem Ben-Gacem a rejoint Investcorp en 1993, après avoir débuté sa carrière à New York au sein de l’équipe spécialisée dans les fusions-acquisitions de Credit Suisse First Boston. Au fil des années, il y a occupé plusieurs fonctions de direction, notamment à la tête des activités de private equity en Europe et des investissements technologiques à l’échelle mondiale. Il a finalement accédé au poste de co-directeur général d’Investcorp, fonction qu’il a exercée jusqu’en septembre 2024. Durant cette période, il a directement piloté plus de 40 opérations d’investissement dans différentes régions du monde, selon la présentation de son parcours publiée par BlueFive Capital.

La création de BlueFive Capital marque ainsi une nouvelle étape : celle du passage d’un dirigeant expérimenté au sein d’un grand groupe financier à la construction de sa propre plateforme d’investissement. L’ambition n’est pas simplement de multiplier les prises de participation, mais de bâtir une structure capable de mobiliser des capitaux régionaux et internationaux, de les orienter vers des secteurs porteurs et de développer des activités sur plusieurs marchés.

Bugatti, une prise de position dans l’univers du luxe

L’une des opérations les plus médiatisées de BlueFive Capital concerne Bugatti Rimac, la coentreprise qui réunit la marque automobile de luxe Bugatti et le groupe croate Rimac, spécialisé dans les technologies et l’ingénierie automobile.

BlueFive Capital a annoncé avoir finalisé, le 9 septembre 2026, l’acquisition d’une participation de 30 % dans Bugatti Rimac, cédée par Porsche. Cette entrée au capital lui confère une place de deuxième actionnaire de la société, derrière Rimac Group, et une représentation au conseil d’administration. De son côté, le constructeur Bugatti a présenté la transition de l’actionnariat comme une opération menée par un consortium conduit par HOF Capital, auquel BlueFive Capital participe en tant que principal investisseur.

Cette opération illustre l’intérêt de Ben-Gacem pour les entreprises disposant d’une marque forte, d’un positionnement distinctif et d’un potentiel de développement à long terme. Dans ses déclarations, il a également évoqué la volonté de réfléchir à l’extension de la marque Bugatti au-delà de son activité automobile. Une orientation qui témoigne d’une approche de l’investissement ne se limitant pas à la détention d’une participation financière, mais qui cherche aussi à identifier de nouveaux relais de valorisation.

Le choix de Bugatti est d’autant plus révélateur que la marque évolue sur un segment très particulier, celui des véhicules d’exception, où la rareté, l’image et la fidélité de la clientèle jouent un rôle déterminant. Pour BlueFive Capital, l’enjeu consiste à s’associer à un actif disposant d’un capital de marque international et d’un positionnement difficilement reproductible.

Des investissements qui dépassent le secteur du luxe

Mais l’automobile de prestige ne constitue qu’une facette de la stratégie du groupe. Au premier semestre 2026, BlueFive Capital s’est également distinguée dans le financement d’entreprises technologiques de la région MENA.

Selon le classement de MAGNiTT consacré aux investisseurs les plus actifs au premier semestre 2026, BlueFive Capital arrive en tête de la région en matière de montants investis, avec 510 millions de dollars répartis sur trois opérations. Celles-ci concernent notamment CargoX, avec 250 millions de dollars, Mal, avec 230 millions, et CNTXT AI, avec 30 millions de dollars.

Ce classement mérite d’être distingué des actifs sous gestion annoncés par la société : les 510 millions de dollars correspondent aux montants attribués à trois opérations recensées par MAGNiTT, et non à la totalité des investissements ou des actifs de BlueFive Capital. Il donne néanmoins une indication de la place que le groupe entend occuper dans le financement des entreprises et des nouvelles technologies au Moyen-Orient et en Afrique du Nord.

La diversification s’étend également aux services financiers. BlueFive Capital entend développer ses activités dans l’assurance et la réassurance au sein des marchés du Golfe, un secteur que Hazem Ben-Gacem décrit comme fragmenté et présentant des possibilités de consolidation. Il a notamment évoqué la perspective de construire une plateforme régionale dans ce domaine, en mettant en avant le potentiel de croissance du marché. Ces ambitions s’inscrivent dans une stratégie plus large de développement en Arabie saoudite et à Bahreïn, deux marchés qu’il considère comme importants pour la croissance du groupe.

L’Indonésie, nouvelle porte d’entrée vers l’Asie du Sud-Est

Autre illustration de cette stratégie d’expansion : l’entrée de BlueFive Capital en Indonésie à travers un investissement dans PT Majoris Asset Management, une société locale de gestion d’actifs. Annoncée le 6 octobre 2026, cette opération constitue une première implantation du groupe en Asie du Sud-Est par l’intermédiaire de sa plateforme d’investissement conforme aux principes de la finance islamique, BlueFive786.

L’intérêt de cette opération réside notamment dans le réseau déjà constitué par Majoris. La société indonésienne compte plus de 700.000 clients particuliers et 50 clients institutionnels. Ses activités portent principalement sur les produits du marché monétaire et les titres à revenu fixe. Ses actifs sous gestion dans les fonds communs de placement atteignaient 3.900 milliards de roupies indonésiennes, soit environ 218 millions de dollars, en août 2026.

Les conditions financières de l’investissement de BlueFive Capital n’ont toutefois pas été communiquées. Le projet de changement de nom de Majoris en BlueFiveMajoris reste, par ailleurs, soumis à l’approbation des autorités indonésiennes compétentes. L’opération traduit néanmoins une volonté de s’appuyer sur des acteurs locaux pour accéder à de nouveaux marchés, plutôt que de privilégier uniquement une expansion directe.

L’Indonésie présente également un intérêt particulier pour la finance islamique, un segment sur lequel BlueFive Capital entend développer son offre. Selon les données avancées par la société, les produits d’investissement conformes aux principes de la charia représentent environ 10 % du marché indonésien de la gestion d’actifs. L’investissement dans Majoris doit ainsi permettre de rapprocher les capacités locales de distribution et de gestion de la société indonésienne du réseau international d’investisseurs de BlueFive.

Wendy’s : une opération qui rappelle les risques du métier

La stratégie de Ben-Gacem ne se limite pas aux prises de participation déjà finalisées. Le 28 octobre 2026, BlueFive Capital s’est associée à Trian Fund Management, Flynn Group et Sixth Street Partners pour soumettre une proposition non contraignante visant à acquérir les actions de Wendy’s qu’ils ne détenaient pas encore, au prix de 7,35 dollars par action.

Mais cette opération n’a pas abouti à ce stade. Le 5 novembre, le comité indépendant du conseil d’administration de la chaîne américaine de restauration rapide a rejeté à l’unanimité la proposition, estimant qu’elle sous-évaluait l’entreprise et ses perspectives. Il ne s’agit donc pas d’une acquisition conclue par BlueFive Capital, mais d’une tentative de rachat menée avec plusieurs partenaires et qui s’est heurtée au refus de Wendy’s.

Cet épisode rappelle que les opérations d’investissement, même portées par des groupes disposant de moyens financiers importants, restent soumises à des négociations, à des évaluations contradictoires et à des décisions de gouvernance. Il souligne également la diversité des secteurs que BlueFive Capital explore, de l’industrie du luxe à la restauration, en passant par les technologies et les services financiers.

Une méthode fondée sur la discipline et la protection du capital

Au-delà des opérations, Hazem Ben-Gacem met en avant une certaine conception du métier d’investisseur. Dans ses interventions, il insiste sur la nécessité de garder son calme face aux évolutions des marchés, d’étudier minutieusement chaque décision et, surtout, de protéger le capital engagé. Pour lui, les périodes d’incertitude ne font pas disparaître les opportunités, mais imposent une analyse plus rigoureuse des risques et des perspectives.

Cette approche s’inscrit dans un environnement où les flux de capitaux se réorganisent et où les investisseurs régionaux occupent une place croissante. Au premier semestre 2026, les investisseurs établis dans la région MENA ont représenté 81 % des capitaux déployés dans les opérations de financement recensées par MAGNiTT. Dans le même temps, la participation des investisseurs internationaux a reculé de 48 % sur un an.

Dans ce contexte, BlueFive Capital cherche à jouer un rôle d’intermédiaire entre les capitaux du Golfe et les opportunités d’investissement à l’échelle internationale. La présence d’investisseurs issus de plusieurs pays de la région, notamment les Émirats arabes unis, l’Arabie saoudite, Oman, Bahreïn et le Koweït, constitue un élément important de son modèle de développement.

Le parcours de Hazem Ben-Gacem mérite ainsi d’être observé au-delà des montants annoncés et du prestige des entreprises dans lesquelles il investit. Il raconte aussi la trajectoire d’un Tunisien qui, après avoir construit son expérience dans les grandes institutions financières internationales, a choisi de créer sa propre structure et de se positionner sur un marché mondial particulièrement concurrentiel.

La réussite de BlueFive Capital reste naturellement liée à sa capacité à transformer ses ambitions et ses investissements en performances durables. Mais son développement rapide, la diversité de ses opérations et son ouverture sur plusieurs régions témoignent déjà d’une ambition entrepreneuriale de dimension internationale. Pour la Tunisie, le parcours de ce financier rappelle que les compétences formées et aguerries dans les grands centres de décision mondiaux peuvent aussi être à l’origine de projets d’envergure, capables de mobiliser des capitaux et de connecter plusieurs économies.

 

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Auteur

Meriem KHDIMALLAH

Rédactrice en chef du site Presse de Tunisie (la presse.tn), Meriem Khdimallah orchestre au quotidien le rythme de l’information en ligne. De l’économie à la coopération internationale, des mutations de la société aux trésors du patrimoine, elle allie l’instinct de l’actualité à l’exigence du fait vérifié, pour une information vive, lisible et pensée pour les lecteurs d’aujourd’hui.

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