Economie

Tribune: Dette mondiale et croissance: La Tunisie face aux opportunités de 2027

Avatar photo
  • 8 novembre 2026
  • 6 min de lecture
5 min de lecture

Par Mohamed El Mahdi RAGOUBI (Analyste des marchés financiers)

À l’approche de l’année 2027, l’économie mondiale se trouve à un tournant marqué par des incertitudes géopolitiques, des transformations technologiques et une évolution des équilibres financiers.

Dans ce contexte, les États sont appelés à concilier soutien à la croissance, financement de l’investissement et maîtrise de leur endettement. Pour la Tunisie, cette conjoncture représente aussi une occasion de valoriser ses atouts, de renforcer son tissu productif et de faire de son prochain budget un levier de développement économique durable.

Dans ses perspectives d’avril 2026, le Fonds monétaire international (FMI) prévoyait une croissance mondiale de 3,1 % en 2026 et de 3,2 % en 2027, sous l’hypothèse d’un conflit au Moyen-Orient limité dans sa durée et son ampleur. L’institution soulignait toutefois les risques associés à une aggravation des tensions géopolitiques, à de nouvelles perturbations commerciales et à la hausse de la dette publique. Cette situation rappelle combien les perspectives des économies nationales restent liées à l’évolution de la conjoncture internationale.

Pour les pays émergents, les fluctuations des prix de l’énergie, les conditions de financement et la demande des principaux partenaires commerciaux constituent des facteurs particulièrement importants.

Parallèlement, l’endettement public mondial poursuit une trajectoire préoccupante. Dans son Fiscal Monitor d’avril 2026, le FMI estimait que la dette publique mondiale pourrait approcher 100 % du produit intérieur brut (PIB) en 2029. Cette évolution ne signifie pas que tous les pays sont confrontés aux mêmes contraintes.

Le poids de la dette dépend notamment du coût du financement, de sa structure, de la monnaie dans laquelle elle est libellée et de la capacité de l’économie à générer de la croissance.

Une dette qui finance des infrastructures, des équipements productifs ou des projets énergétiques peut soutenir l’activité à long terme, à condition que les retombées économiques justifient les ressources mobilisées.

La croissance joue ainsi un rôle essentiel dans la soutenabilité des finances publiques. Le ratio dette/PIB permet d’évaluer l’évolution de l’endettement par rapport à la richesse produite par un pays. Lorsque l’activité progresse, que les recettes publiques augmentent et que les déficits sont maîtrisés, il devient plus facile de stabiliser ce ratio. L’enjeu budgétaire ne consiste donc pas uniquement à limiter les dépenses, mais également à privilégier celles qui améliorent la productivité, soutiennent l’investissement privé et favorisent la création d’emplois.

Dans cette perspective, la Tunisie dispose de plusieurs leviers pour inscrire son budget 2027 dans une stratégie de croissance. Sa proximité géographique avec l’Europe, ses compétences humaines, son tissu industriel et son potentiel dans les services numériques et les énergies renouvelables constituent des atouts pour attirer de nouveaux investissements. Le développement des industries exportatrices, des composants automobiles, de l’agroalimentaire et des activités technologiques pourrait notamment renforcer l’intégration du pays dans les chaînes de valeur régionales et internationales. La valorisation de ces secteurs permettrait de stimuler les exportations, d’élargir les débouchés des entreprises tunisiennes et de soutenir la création de valeur ajoutée locale.

La préparation du budget 2027 doit également prendre en considération les fluctuations des prix de l’énergie. Pour un pays importateur net d’hydrocarbures, une hausse durable du pétrole peut accroître la facture énergétique et les besoins de compensation. À l’inverse, une meilleure efficacité énergétique et le développement des sources renouvelables peuvent réduire progressivement cette exposition. L’accélération des projets solaires et éoliens, l’amélioration des réseaux électriques et l’accompagnement des entreprises dans la réduction de leur consommation énergétique constituent ainsi des pistes pour concilier compétitivité, sécurité énergétique et maîtrise des dépenses publiques.

L’optimisation budgétaire passe aussi par une allocation plus stratégique de l’investissement public. Les projets liés à la gestion de l’eau, à l’irrigation, aux transports, aux infrastructures numériques et à la modernisation des équipements collectifs peuvent améliorer les conditions d’activité des entreprises et renforcer l’attractivité du territoire. Pour maximiser leur impact, ces investissements doivent être sélectionnés selon leur utilité économique et sociale, leur faisabilité et leur capacité à générer des bénéfices durables. Une meilleure coordination entre les investissements publics et privés permettrait également de mobiliser davantage de financements autour des projets prioritaires.

La mobilisation de l’épargne nationale constitue un autre axe important. Le développement des marchés financiers, la diversification des instruments de financement et l’amélioration de l’accès des entreprises aux ressources locales peuvent contribuer à orienter davantage l’épargne vers l’investissement productif.

Cette démarche doit néanmoins préserver un financement suffisant pour le secteur privé, afin que les besoins de financement de l’État ne limitent pas les capacités d’investissement des entreprises.

Par ailleurs, la digitalisation des procédures administratives et fiscales ainsi que la simplification des démarches pour les investisseurs peuvent favoriser l’activité économique et contribuer à renforcer les recettes publiques.

Enfin, la réussite du budget 2027 dépendra de sa capacité à articuler les objectifs économiques et sociaux. Le soutien au pouvoir d’achat, l’amélioration des services publics, la formation professionnelle et l’accompagnement des petites et moyennes entreprises restent essentiels pour que les bénéfices de la croissance profitent à une part plus large de la population. Une politique budgétaire efficace doit ainsi créer les conditions d’une croissance à la fois durable, inclusive et créatrice d’emplois.

Dans un environnement mondial en mutation, la Tunisie peut s’appuyer sur ses ressources humaines, ses capacités industrielles et sa position géographique pour saisir de nouvelles opportunités. Le budget 2027 représente, à cet égard, un instrument stratégique pour orienter les ressources vers les secteurs porteurs, renforcer l’investissement et accompagner la transformation de l’économie.

En associant une gestion rigoureuse des finances publiques à une vision de développement à long terme, le pays peut consolider ses atouts et accroître sa capacité à tirer parti des évolutions de l’économie mondiale.

N.B. : L’opinion émise dans cette tribune n’engage que son auteur.

Elle est l’expression d’un point de vue personnel.

Avatar photo
Auteur

La Presse

You cannot copy content of this page