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Tourisme en Méditerranée: La bataille des talents

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  • 8 novembre 2026
  • 6 min de lecture
Tourisme en Méditerranée: La bataille des talents
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Le secteur touristique méditerranéen est confronté à de profondes mutations de son marché du travail. Pour la Tunisie, l’adaptation des compétences, la valorisation des métiers et l’amélioration des conditions professionnelles constituent des leviers essentiels pour renforcer la compétitivité de la destination et assurer la durabilité de son modèle touristique.

La Presse — Le tourisme méditerranéen se trouve aujourd’hui à un tournant stratégique. Si les performances en matière d’arrivées touristiques témoignent du poids économique du secteur, une difficulté structurelle s’impose progressivement aux professionnels : disposer d’une main-d’œuvre qualifiée, suffisamment nombreuse et capable de répondre aux nouvelles exigences des clientèles. Derrière la progression des flux touristiques se dessine ainsi une réalité moins visible, celle d’un marché de l’emploi sous tension, confronté à la fois à des pénuries de personnel et à des écarts de compétences.

Cette problématique a été mise en évidence par Ahlem Amri, responsable technique Compétences et Mobilité régional du programme Thamm Plus de l’Organisation internationale du travail (OIT), lors de sa présentation consacrée aux « Défis socio-économiques du tourisme en Méditerranée ». À travers son analyse des premiers besoins en métiers et en compétences dans le secteur Tourisme-Hôtellerie-Restauration (THR), elle a souligné l’importance d’une meilleure adéquation entre les ambitions de développement touristique et les capacités réelles des ressources humaines. En 2025, la Tunisie a accueilli plus de 11 millions de visiteurs, contre 19,8 millions pour le Maroc et environ 19 millions pour l’Égypte. Ces performances confirment l’importance du tourisme dans les économies nationales et son rôle dans la création de revenus, d’emplois et d’activités connexes.

Un marché du travail sous tension

Toutefois, comme le fait ressortir l’analyse d’Ahlem Amri, l’augmentation des arrivées ne garantit pas automatiquement une amélioration de la productivité, de la qualité des prestations ou des conditions d’emploi. La compétitivité d’une destination dépend également de la qualité de son capital humain, de la qualification de ses professionnels et de sa capacité à offrir une expérience touristique répondant aux standards internationaux.

Les difficultés de recrutement constituent désormais une préoccupation majeure pour les entreprises touristiques, aussi bien en Europe qu’en Méditerranée. Les données présentées par Mme Amri pour la France et l’Italie montrent que le secteur de l’hébergement et de la restauration connaît des taux de postes vacants supérieurs à ceux observés dans l’ensemble de l’économie.

En France, ce taux est passé de 5,9 % en 2019 à 4,3 % en 2023, contre respectivement 2,4 % et 3 % pour l’ensemble des secteurs économiques. En Italie, il a progressé de 1,6 % à 2,2 % sur la même période. Ces indicateurs illustrent la persistance des tensions de recrutement dans une industrie pourtant génératrice d’importants besoins en main-d’œuvre.

En s’appuyant sur les résultats de l’enquête européenne présentée, Mme Amri a également mis en avant l’ampleur du phénomène : 92 % des répondants signalent une pénurie chronique de personnel, tandis que 61 % identifient le manque d’attractivité des conditions de travail comme un facteur important des difficultés de recrutement. Le déficit de compétences et de qualifications, la concurrence d’autres secteurs.

Pour Amri ces difficultés renvoient à une problématique multidimensionnelle qui ne saurait être résolue par la seule augmentation du nombre de personnes formées. Elles traduisent également une difficulté à attirer et à retenir les travailleurs dans des métiers souvent caractérisés par des horaires contraignants, une forte intensité de travail et des perspectives d’évolution parfois limitées.

La question de la qualité de l’emploi devient ainsi indissociable de celle de la performance économique du secteur. En abordant la situation tunisienne, Ahlem Amri a présenté les premiers résultats de l’enquête en ligne réalisée auprès des employeurs dans le cadre de la collaboration entre la Fédération tunisienne de l’hôtellerie (FTH) et le programme « Thamm Plus ».

Les chiffres sont révélateurs : le manque de qualifications ou l’insuffisance du niveau de formation arrive en tête des difficultés déclarées, avec 79 % des réponses.

Le manque de candidats et la forte concurrence représentent 75 %, tandis que 58 % des répondants évoquent l’insuffisance des compétences techniques. La faible mobilité géographique est également signalée par 37,5 % des employeurs.

Investir davantage dans les compétences

À travers ces premiers résultats, elle met en évidence un décalage entre les profils disponibles sur le marché du travail et les attentes des entreprises. Cette situation soulève notamment la question de l’efficacité des dispositifs de formation professionnelle et de leur capacité à préparer les jeunes et les demandeurs d’emploi aux réalités opérationnelles des établissements touristiques.

Pour les professionnels, disposer d’un diplôme ne signifie pas nécessairement être opérationnel. La maîtrise des techniques de service, de la cuisine, de l’accueil, de la réception ou de la gestion des prestations doit être accompagnée de compétences linguistiques, relationnelles et numériques.

Amri souligne ainsi, à travers son diagnostic, l’importance de rapprocher davantage les dispositifs de formation des besoins concrets des entreprises. Dans un environnement touristique de plus en plus concurrentiel, la qualité de l’accueil, la rapidité du service et la satisfaction des visiteurs représentent des facteurs déterminants de différence.

L’investissement dans les compétences devient donc un véritable investissement productif, susceptible d’améliorer la qualité des prestations et la valeur ajoutée générée par le secteur.

Ces pourcentages doivent néanmoins être interprétés comme des résultats préliminaires de l’enquête et non comme une mesure exhaustive de l’ensemble du marché tunisien.

La forte saison du tourisme méditerranéen fragilise la stabilité de l’emploi, favorise les contrats temporaires. Dans son analyse, elle révèle l’importance de développer des offres touristiques diversifiées, notamment culturelles, sahariennes, thermales et de bien-être, afin de mieux répartir l’activité sur l’ensemble de l’année.

Parallèlement, la revalorisation des métiers de l’hôtellerie et de la restauration, à travers de meilleures conditions de travail, des rémunérations adaptées et des perspectives de carrière, constitue un enjeu majeur de compétitivité. La responsable met également en avant la nécessité de rapprocher la formation des besoins des entreprises, de renforcer la mobilité professionnelle et de développer les partenariats entre institutions publiques, organisations professionnelles et centres de formation.

Pour la Tunisie, l’enjeu est de faire du capital humain un véritable levier de développement économique. La qualification et la valorisation des travailleurs sont désormais indispensables pour construire un tourisme plus compétitif, durable et créateur d’emplois stables.

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Auteur

Sabrine AHMED

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