Société

Consommation et spéculation:  Ces marchés qui se meurent

  • 8 novembre 2026
  • 6 min de lecture
Consommation et spéculation:  Ces marchés qui se meurent
5 min de lecture

Lorsqu’il y a un marché fermé, on se pose bien des questions. A Bizerte, il y en a un fonctionnel mais fermé. A Bab Jazira, il y en a un autre, portes ouvertes mais vide. Celui de Sidi-Abdesselem, qui a été ravagé par un incendie et que l’on a promis de reconstruire, a été transformé en un vulgaire parking qui reçoit à la tête du client, alors qu’il est stratégique.

La Presse — Avec la disparition du marché Sidi-Abdessalem, la population d’El Omrane, Bab Saâdoun bien sûr et des environs a perdu un point névralgique. Celui d’El Menzah qui a pratiquement disparu et ceux qui ont ouvert des échoppes pratiquent des prix impossibles et bien d’autres.

Ou encore celui de Raoued qui pratiquait des prix très acceptables, a fini par croire qu’il avait trouvé le filon. Il est actuellement presque vide. On l’a complètement délaissé pour ses prix et pour la qualité qui laisse à désirer.

Personne ne sait pourquoi ces espaces qui rendaient service aux consommateurs, ont été retirés du registre. Lorsqu’on y entre, les détritus sont un peu partout. « On vient nettoyer, mais certains ont pris l’habitude de venir jeter les restes de n’importe quoi », nous précise un riverain. De toutes les manières, un espace pareil fermé ou ne servant à rien est une preuve d’échec pour la municipalité qui le gère.

Ces points de vente dépérissent et nous allons dire pourquoi. En effet,  à force d’être obligés de payer les frais et de ne plus rien vendre, on finit par fermer boutique. C’est d’abord de leur faute. Ils forcent sur les prix, alors qu’à l’extérieur, en dépit des rondes incessantes de la police, les vendeurs à la sauvette offrent une qualité acceptable à des prix modiques.

Malheureusement, alors que les grandes surfaces ont accepté de jouer un rôle social et ont baissé leurs prix, en dépit de leurs frais, les marchés municipaux sont livrés à eux-mêmes.

Nous avons toujours soutenu que ces espaces sont stratégiques pour réguler les prix. Ces marchés sont sans surveillance et les services de contrôle économique ne pourront jamais tenir en main ces espaces. C’est une affaire qui se repose tous les jours et plusieurs fois par jour.

Si soixante-dix pour cent de fruits et légumes ne passent pas par le marché de gros, c’est tout simplement parce que les spéculateurs, ceux qui tiennent ces marchés, imposent les prix. Des prix qui sont légalisés par les factures fournies par les marchés de gros et qui, tous les jours, grimpent sans explication. En fait, il y en a une, c’est que faute d’une quantité suffisante, l’offre et la demande jouent. Les prix sont automatiquement à la hausse.

Une grande opération a été réussie par la brigade spécialisée dans ce genre d’affaires et les premières informations mettent en relief les fonds que les spéculateurs engagent pour tenir en main le marché.

Ces marchés municipaux, on doit absolument les reprendre en main, car c’est là où tout se joue. Les spéculateurs ne possèdent pas d’équipes de vendeurs à la sauvette mais traitent avec ceux qui ont pignon sur rue. Le cercle est bouclé lorsque le produit, fruits ou légumes, devient rare et la stratégie est bien d’avoir l’œil sur tout ce qui bouge. Les frais occasionnés par les sanctions du contrôle économique font partie des pertes et profits.

Dans un coup dur porté aux réseaux de monopole et de spéculation illicite — qui ont gravement érodé le pouvoir d’achat des citoyens —, les unités de sécurité ont procédé à l’arrestation de trois « intermédiaires illégaux « (connus localement sous le terme de *gashara*) au marché de gros des fruits et légumes de Bir El Kassaâ. Cette opération sécuritaire ciblée fait suite à l’implication directe des individus arrêtés dans des pratiques de monopole et de spéculation injustifiées, portant sur deux produits de première nécessité dans l’alimentation tunisienne : les tomates et les pommes de terre. Ces agissements surviennent dans un contexte marqué par une envolée vertigineuse des prix sur les marchés et par un mécontentement généralisé de la population face à la hausse incessante du coût de la vie.

Une révélation de taille : les intermédiaires ne sont que la façade d’un homme d’affaires influent

L’affaire ne s’est pas limitée à l’arrestation de ces trois intermédiaires. Les investigations préliminaires et les enquêtes approfondies ont abouti à une révélation majeure, mettant en lumière l’ampleur des liens dangereux entre les réseaux de contrebande et la corruption financière organisée. Les personnes interpellées ont explicitement reconnu n’être que des « exécutants » — une simple façade — au service d’un vaste réseau clandestin, parfaitement structuré. Ce réseau est dirigé par un homme d’affaires célèbre et influent dans le pays, qui instrumentalise ses réseaux financiers pour contrôler les circuits de distribution et provoquer artificiellement des pénuries, amassant ainsi des profits colossaux au détriment des besoins essentiels des familles tunisiennes.

Considérant que personne d’autre ne demande des comptes, la spéculation bat son plein, et c’est le consommateur qui paie.

C’est la raison pour laquelle nous avons toujours soutenu qu’il fallait « copier «  ce qui se passe dans les pays développés et transformer ces marchés en espaces protégés où le gérant pleinement responsabilisé a l’œil sur tout et est garant de tout ce qui se passe.

Il est inutile de chercher ailleurs les raisons de ces prix vertigineux pour un pays producteur de raisins, de pommes, de clémentines, d’oranges, etc., alors que tout est programmé pour engraisser la spéculation.

Lui retirer les points de vente est le minimum que l’on puisse faire pour bloquer sa stratégie manipulatrice. Il ne faudrait pas sortir des grandes écoles pour prendre pareilles décisions.

Auteur

Kamel GHATTAS

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