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Société

Patrimoine en lumière – Ariana – Palais Borj Baccouche : Entre promesses de restauration et réalité d’abandon

  • 7 mai 2026
  • 3 min de lecture
Patrimoine en lumière – Ariana – Palais Borj Baccouche : Entre promesses de restauration et réalité d’abandon

À première vue, depuis la route principale, le palais Borj Baccouche semble avoir retrouvé un léger éclat. Une peinture extérieure appliquée sur sa façade visible au public donne l’impression d’un monument entretenu. Pourtant, derrière cette image rassurante, la réalité demeure préoccupante : les dégradations intérieures persistent, rappelant que le cœur du palais attend toujours une restauration en profondeur.

La Presse — À l’intérieur, le temps continue de laisser son empreinte : décors fragilisés, espaces désertés, éléments architecturaux exposés à l’usure et signes évidents de vieillissement. Le contraste entre l’apparence extérieure et l’état réel du monument illustre une situation souvent dénoncée : une intervention de façade ne peut remplacer une véritable opération de sauvegarde patrimoniale.

À l’Ariana, le palais Borj Baccouche ne se contente plus d’attendre une restauration. Il incarne aujourd’hui une urgence patrimoniale réelle, où le temps devient un facteur de risque. Derrière ses murs chargés d’histoire, les signes de fragilisation inquiètent : certaines structures montrent des traces d’usure, et l’absence d’intervention globale fait craindre une détérioration progressive pouvant, à terme, menacer la stabilité de certaines parties du bâtiment.

Ce monument, considéré comme l’un des repères architecturaux de la ville, dépasse largement sa valeur esthétique. Il représente une identité collective, un repère historique et culturel de l’Ariana, témoin d’une époque et d’un savoir-faire architectural précieux. Le laisser se dégrader revient à fragiliser une part de la mémoire urbaine.

Un palais au riche passé historique

Le palais Borj Baccouche, qui figure dans la liste des monuments historiques du gouvernorat de l’Ariana, remonte à la fin du XIXe siècle, période durant laquelle il fut construit comme résidence d’une famille influente liée à l’administration beylicale. Il se distingue par une architecture mêlant style arabo-andalou tunisien et influences européennes de l’époque coloniale. Le domaine comprenait à l’origine un vaste ensemble de jardins, des dépendances, des patios intérieurs, des salons de réception richement décorés ainsi que des espaces de service organisés autour de la vie résidentielle. Cette composition reflète le mode de vie des grandes demeures aristocratiques tunisiennes de cette période, où raffinement architectural et fonctionnalité se combinaient harmonieusement.

Pourtant, malgré une convention signée entre la municipalité de l’Ariana et le ministère des Affaires culturelles, et malgré les études déjà achevées, le projet de restauration reste bloqué, notamment en raison de l’absence de financement dédié par les institutions concernées. Cette situation prolonge une attente devenue préoccupante.

Aujourd’hui, la question n’est plus seulement celle de la restauration, mais celle de la prévention d’un risque potentiel. Chaque retard augmente la vulnérabilité du site et réduit les marges d’intervention. Face à cela, l’ensemble des acteurs — autorités locales, institutions patrimoniales, ministère et société civile — est appelé à se mobiliser de manière urgente et coordonnée.

Car au-delà des procédures administratives, Borj Baccouche ne peut pas attendre indéfiniment. Sa préservation est une responsabilité collective. Agir maintenant, c’est éviter qu’un joyau de l’identité de l’Ariana ne se transforme en perte irréversible.

Auteur

Samira Hamrouni

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