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Tunisie : la guerre des prix des moutons éclate à l’approche de l’Aïd

  • 9 mai 2026
  • 3 min de lecture
Tunisie : la guerre des prix des moutons éclate à l’approche de l’Aïd

Le président de la Commission de l’agriculture et de la sécurité alimentaire à l’Assemblée des représentants du peuple, Hassan Jerboui, a alerté sur la détérioration de la situation du secteur des viandes rouges en Tunisie, dénonçant une flambée continue des prix des moutons de sacrifice à l’approche de l’Aïd al-Adha et l’absence de mécanismes efficaces de régulation du marché.

Dans une déclaration accordée aux médias, Hassan Jerboui a estimé que la hausse des prix et le manque de contrôle ont contribué à l’aggravation des difficultés sociales et alimentaires de nombreuses familles tunisiennes, affirmant que près d’un quart de la population est désormais touché par des formes de malnutrition.

Le responsable parlementaire a critiqué l’échec des autorités concernées à concrétiser les engagements annoncés auparavant concernant la mise à disposition de 30 mille moutons de sacrifice ainsi que l’importation de quantités de viandes réfrigérées destinées à réguler le marché et à limiter la hausse des prix.

Selon lui, les parties ayant affirmé avoir atteint l’autosuffisance en moutons doivent aujourd’hui rendre des comptes, alors que de plus en plus de citoyens envisagent de boycotter l’achat des moutons de sacrifice en raison de leur coût jugé inaccessible.

Hassan Jerboui a également appelé à l’ouverture d’une enquête urgente afin de déterminer les raisons du non-recours à l’importation de moutons pour réduire les coûts et stabiliser les prix. Il a cité l’exemple de l’Algérie, où les opérations d’importation de viande sont supervisées directement par l’État afin de garantir des tarifs accessibles aux consommateurs.

Évoquant les marchés hebdomadaires, le président de la Commission de l’agriculture a dénoncé les pratiques de certains intermédiaires, appelés localement « gachara », opérant notamment dans les marchés de Boujerboua et d’El Hanchane.

Il a expliqué que ces intermédiaires interceptent les éleveurs dès les premières heures de la matinée pour acheter les moutons à des prix relativement bas avant de les revendre quelques heures plus tard avec des marges importantes. Selon lui, ces pratiques spéculatives entraînent une hausse rapide des prix pouvant varier entre 200 et 500 dinars par tête, au détriment du pouvoir d’achat des citoyens.

Sur le plan structurel, Hassan Jerboui a regretté l’affaiblissement des institutions publiques chargées de la régulation du marché, notamment la Société des viandes, dont les effectifs seraient passés de 1364 employés à seulement 37 agents, réduisant fortement sa capacité d’intervention.

Il a également évoqué les difficultés rencontrées par l’Office des terres domaniales, estimant que cette situation empêche l’établissement de jouer pleinement son rôle dans la régulation du marché, malgré l’existence de propositions de réforme et de restructuration.

Le président de la Commission de l’agriculture a enfin souligné que la souveraineté alimentaire ne peut être atteinte à travers des slogans, mais nécessite l’application effective des réformes et des lois existantes. Il a notamment cité la loi n°95 de 2005 relative à l’identification et à la numérisation du cheptel, qu’il considère comme l’un des principaux leviers pour résoudre durablement les crises du lait et des viandes rouges en Tunisie et soutenir l’économie rurale.

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Auteur

R. I

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