Manouba-Patrimoine: l’urgence de revaloriser les sites et les monuments
Lors d’une journée d’étude organisée par l’association « Manouba pour les Monuments et la Culture », experts et militants ont lancé un véritable plaidoyer pour sortir les trésors de la région de l’ombre et les transformer en leviers de développement.
Un passé prestigieux en quête d’avenir
Réunis à la Bibliothèque régionale de Manouba, chercheurs et universitaires ont déterré des pans méconnus de l’histoire locale. Des somptueux palais beylicaux à l’héritage de l’Église catholique, en passant par les récits des premières martyres chrétiennes et les cicatrices de la Seconde Guerre mondiale à Tebourba et Medjez El Bab, le constat est unanime : Manouba dort sur une mine d’or historique qui ne demande qu’à être réhabilitée.
Pour les intervenants, il ne s’agit plus seulement de « conserver », mais de revitaliser. L’objectif ? Faire du monument historique un « réservoir vivant » capable de nourrir le sentiment d’appartenance tout en devenant un moteur économique pour la région.
L’historien Abdelhamid Larbi n’a pas mâché ses mots. Selon lui, le modèle de gestion actuel, exclusivement institutionnel, est à bout de souffle. « Il est impératif de réviser nos stratégies d’intervention », a-t-il martelé, appelant à une révolution législative. Son crédo : un État « parrain » et un citoyen « acteur ».
S’inspirant des modèles grec et américain, il préconise une ouverture massive vers le mécénat privé, la responsabilité sociale des banques et une implication directe de la société civile pour transformer la conscience collective en une force de pression capable de porter les sites de Manouba jusqu’à l’Unesco.
De la pierre à l’emploi : des solutions concrètes
Loin des simples discours, l’association organisatrice, présidée par Lassaad Dandani, passe à l’offensive. Née dans le traumatisme de l’incendie du mausolée de Saïda Manoubia en 2013, l’organisation mise aujourd’hui sur la compétence technique.
Vers un circuit touristique de rupture
L’activiste Sami Chbil a, de son côté, rappelé une vérité simple : la restauration commence par la propreté. Il appelle à une « hygiène patrimoniale » pour protéger les palais des comportements inciviques. Le grand défi reste cependant la création du tant attendu circuit touristique de Manouba, un projet qui peine à voir le jour mais qui reste, selon les locaux, la clé pour désenclaver la région.
La culture en mouvement
En écho à ces revendications, Najwa Ghorbi, déléguée régionale aux Affaires Culturelles, a réaffirmé le soutien de l’État à travers des projets fédérateurs. Entre la « Route des Andalous » et le futur « Marathon des Palais » prévu pour juin prochain, la stratégie est claire : faire sortir le patrimoine des livres d’histoire pour le faire descendre dans la rue et le graver dans la mémoire des jeunes générations.



