Lors d’une conférence de presse organisée ce lundi 11 mai 2026, la Bourse de Tunis a réuni experts financiers, universitaires et acteurs du marché autour d’un projet stratégique visant à “libérer le potentiel financier de la Tunisie” à travers le développement de produits financiers innovants et la création d’un marché des commodités.
Au cœur des discussions figure une proposition structurante : l’introduction de l’huile d’olive tunisienne dans un cadre boursier organisé, qui pourrait ouvrir la voie à une véritable bourse des matières premières et des produits agricoles.
Le directeur général de la Bourse de Tunis et président de l’Union des marchés de capitaux arabes, Bilel Sahnoun, a proposé l’introduction de l’huile d’olive dans les mécanismes de cotation boursière. Il a expliqué que cette initiative vise à “valoriser la production nationale et renforcer la transparence des prix”.
Selon lui, une telle réforme nécessite une révision du cadre juridique afin de permettre l’intégration des matières premières agricoles, à commencer par l’huile d’olive, dans les circuits financiers formalisés.
Vers une bourse des matières premières et des dérivés
Le projet, également évoqué en marge des célébrations de la Journée nationale de l’agriculture, va plus loin qu’une simple cotation. Il s’agit de la création d’une bourse des commodités et d’une bourse des produits dérivés, dans laquelle l’huile d’olive occuperait une place centrale.
Cette initiative est portée par des acteurs académiques, des institutions financières et plusieurs intervenants économiques, avec l’objectif de mieux exploiter le potentiel financier des produits agricoles tunisiens.
Le ministre de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche, Ezzeddine Ben Cheikh, soutient cette orientation, estimant que l’huile d’olive tunisienne dispose de toutes les caractéristiques nécessaires pour être intégrée dans un marché organisé des matières premières.
Un prix de référence et une meilleure régulation du marché
Les promoteurs du projet estiment que la création d’une telle bourse permettrait à la Tunisie de disposer d’un prix de référence mondial fixé localement, au lieu de subir les fluctuations dictées par les marchés internationaux et les intermédiaires étrangers.
Le dispositif envisagé reposerait sur la loi de l’offre et de la demande, garantissant une meilleure transparence et une visibilité accrue pour les producteurs et exportateurs avant même le début des campagnes agricoles.
Au-delà de la fixation des prix, la bourse des matières premières pourrait intégrer des instruments financiers modernes tels que les contrats à terme, permettant aux producteurs de se couvrir contre la volatilité des prix et les risques de spéculation.
Les intervenants ont également souligné la nécessité de diversifier les marchés d’exportation, en réduisant la dépendance au marché européen et en exploitant de nouvelles opportunités, notamment en Asie, à l’image du marché chinois en expansion pour l’huile d’olive.
L’idée d’une éventuelle “Bourse de Carthage des matières premières” a également été évoquée comme ambition à long terme. “Aucun marché spécialisé dans l’huile d’olive n’existant aujourd’hui au niveau mondial, la Tunisie pourrait se positionner comme pionnière dans ce domaine”, a ajouté Bilel Sahnoun.
Cependant, les experts soulignent que la mise en œuvre d’un tel projet nécessite une réforme profonde du cadre législatif régissant les marchés financiers, afin d’intégrer pleinement les produits dérivés et les instruments de couverture liés aux matières premières agricoles.



