À l’approche de l’Aïd al-Adha 2026, prévu le 27 mai selon les estimations astronomiques en attendant la confirmation officielle du Diwan de l’Ifta, la Tunisie fait face à une combinaison de tensions sociales et d’ajustements économiques liés à la préparation de cette fête religieuse majeure. Entre appels au paiement anticipé des salaires et des pensions, organisation encadrée du marché des moutons et hausse attendue des prix, les ménages tunisiens se retrouvent au centre d’une équation financière de plus en plus complexe.
Selon les estimations relayées par des acteurs professionnels et des organisations de consommateurs, les prix des moutons pour l’Aïd devraient cette année évoluer dans une fourchette allant de 800 à 3000 dinars, en fonction du poids et des caractéristiques de l’animal. Cette hausse anticipée intervient dans un contexte de coût de la vie élevé et de pouvoir d’achat fragilisé, ce qui alimente un sentiment d’inquiétude au sein d’une large partie des familles tunisiennes, pour lesquelles l’Aïd représente une charge financière importante.
Dans ce climat, des appels au paiement anticipé des salaires et des pensions ont été largement relayés sur les réseaux sociaux, notamment Facebook, où des groupes de retraités et de salariés demandent aux autorités d’accélérer le versement des revenus mensuels. L’objectif affiché est de permettre aux ménages de disposer de liquidités suffisantes avant la fête afin de faire face aux dépenses liées à l’achat du mouton et aux autres frais associés à cette période. Pour de nombreux citoyens, cette demande reflète une réalité économique où la fête religieuse, traditionnellement associée à la solidarité et au partage, devient progressivement un défi financier.
Dans les discussions publiques, certains Tunisiens estiment que le décalage entre les revenus disponibles et les prix observés sur les marchés accentue les inégalités d’accès à la célébration de l’Aïd. Plusieurs voix considèrent ainsi que le paiement anticipé des salaires pourrait constituer une mesure d’atténuation temporaire de la pression financière, sans pour autant résoudre les problèmes structurels liés au coût de la vie.
Organisation du marché et encadrement des prix
Sur le plan institutionnel, le Groupement Interprofessionnel des Viandes Rouges et du Lait (GIVLait) a annoncé, le 8 mai 2026, la fixation de prix de référence pour les moutons destinés à l’Aïd. Cette mesure s’inscrit dans une stratégie visant à encadrer le marché et à limiter les dérives spéculatives à l’approche de la fête.
Les opérations de vente devraient débuter le 18 mai 2026 à travers des points de vente organisés et supervisés, notamment dans la région de la Saïda au gouvernorat de Manouba et à Radès dans le gouvernorat de Ben Arous. Ces espaces seront placés sous le contrôle des services relevant du ministère de l’Agriculture, avec l’objectif de garantir des conditions de vente réglementées et une meilleure transparence des transactions.
Les prix de référence annoncés varient selon le poids des animaux. Ils sont fixés à 27 dinars le kilogramme vivant pour les moutons de moins de 45 kilogrammes, à 25,8 dinars pour ceux dont le poids se situe entre 45 et 65 kilogrammes, et à 23,8 dinars pour les animaux dépassant 65 kilogrammes. Ces tarifs servent de base indicative pour structurer le marché, même si les prix finaux peuvent varier en fonction de l’offre et de la demande.
Parallèlement à ce dispositif, les autorités ont également lancé des initiatives pour renforcer l’approvisionnement du marché. Le ministère du Commerce a ouvert des appels d’offres pour l’importation de moutons vivants en prévision de la période de l’Aïd, afin de soutenir l’offre nationale et d’éviter une tension excessive sur les prix. De son côté, la Société Ellouhoum a annoncé la mise à disposition d’environ 3000 moutons au niveau de son site d’El Ouardia, dans la banlieue sud de Tunis. Ces animaux seront commercialisés selon un système de vente au kilogramme, accompagné d’un dispositif logistique destiné à faciliter l’accès des consommateurs.
Malgré ces mesures, les inquiétudes persistent quant à l’évolution réelle des prix sur le terrain. Les professionnels du secteur et certaines organisations de consommateurs estiment que le coût global d’un mouton pourrait continuer à représenter une charge importante pour de nombreux ménages, en particulier dans un contexte où les revenus restent sous pression. L’écart entre les prix de référence et les capacités financières des familles continue ainsi d’alimenter le débat public autour de l’accessibilité économique de cette fête religieuse.
Dans ce contexte, l’Aïd al-Adha 2026 s’annonce une nouvelle fois comme un révélateur des tensions entre tradition religieuse, réalités économiques et politiques publiques de régulation du marché.



