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Géant agroalimentaire émirati présent en Tunisie : IFFCO menacé de liquidation provisoire avec 2 milliards de dollars de dettes

  • 12 mai 2026
  • 6 min de lecture
Géant agroalimentaire émirati présent en Tunisie : IFFCO menacé de liquidation provisoire avec 2 milliards de dollars de dettes

Le groupe agroalimentaire IFFCO Group, l’un des acteurs industriels les plus importants du secteur agroalimentaire dans la région MENA et en Afrique, traverse une crise financière d’une ampleur exceptionnelle.

Selon des informations rapportées par le Financial Times, le groupe fait face à une dette estimée à environ 2 milliards de dollars et à l’échec des négociations engagées avec ses principaux créanciers. Cette situation ouvre la voie à une possible procédure de liquidation provisoire ou de restructuration sous supervision judiciaire, sans qu’une faillite officielle ne soit pour l’instant annoncée.

Cette crise place l’entreprise dans une phase critique et suscite des inquiétudes dans plusieurs marchés où elle est fortement implantée, notamment en Tunisie, où le groupe dispose d’investissements industriels structurants et de réseaux de distribution intégrés à l’économie locale.

Une dette massive et des négociations de restructuration dans l’impasse

Les éléments relayés par le Financial Times indiquent que la situation actuelle résulte principalement de l’échec des discussions entre le groupe et ses créanciers, malgré plusieurs tentatives de restructuration. L’endettement, estimé à près de deux milliards de dollars, pèse lourdement sur la capacité du groupe à maintenir ses équilibres financiers et à honorer ses engagements.

Les banques créancières, parmi lesquelles figureraient des institutions internationales de premier plan, auraient intensifié la pression afin d’obtenir une intervention judiciaire permettant de sécuriser les actifs du groupe. Dans ce contexte, des demandes de nomination d’administrateurs spécialisés en restructuration auraient été formulées afin d’évaluer les options de sauvegarde ou de liquidation contrôlée.

Selon plusieurs sources financières citées dans la presse économique internationale, la situation reflète également des tensions internes au niveau de l’actionnariat familial, qui auraient contribué à retarder la mise en œuvre d’un plan de redressement cohérent et durable.

Des facteurs cumulés à l’origine de la crise

La dégradation financière du groupe ne serait pas liée à un seul événement mais à une combinaison de facteurs structurels et conjoncturels. L’expansion rapide du groupe à travers de nombreuses acquisitions internationales a conduit à un niveau d’endettement élevé, difficile à absorber dans un contexte de ralentissement économique mondial.

Les tensions internes entre actionnaires familiaux ont également fragilisé la gouvernance, en limitant la capacité de prise de décision stratégique. À cela s’ajoutent des contraintes externes importantes, notamment la hausse des coûts du transport maritime et de l’assurance, ainsi que les perturbations des chaînes d’approvisionnement mondiales.

Le contexte géopolitique régional, marqué par des tensions affectant certaines routes commerciales stratégiques, notamment dans la zone du détroit d’Ormuz, a également contribué à alourdir les coûts logistiques et à compliquer la gestion opérationnelle du groupe.

Une présence stratégique et structurée en Tunisie

La Tunisie occupe une place importante dans le dispositif industriel et commercial du groupe IFFCO. Au fil des années, le groupe y a développé plusieurs investissements significatifs, faisant du pays un pôle stratégique de production et d’exportation.

Selon les informations issues des activités officielles du groupe, IFFCO opère en Tunisie à travers plusieurs entités industrielles. La société Compagnie Générale des Industries Alimentaires (Cogia SA) constitue l’un des principaux actifs du groupe dans le pays. Cette unité est spécialisée dans la production d’huile d’olive et figure parmi les exportateurs tunisiens majeurs d’huile d’olive extra vierge conditionnée et biologique, avec des exportations vers plus de quarante pays répartis entre l’Europe, l’Amérique du Nord, l’Asie, l’Afrique et le Moyen-Orient.

Le groupe est également présent à travers SDA Zitouna, acquise en 2017. Cette exploitation oléicole de pointe intègre des technologies modernes de transformation et de production, permettant de préserver les qualités organoleptiques des olives et de produire une huile d’olive extra vierge haut de gamme destinée à l’exportation.

IFFCO détient par ailleurs L’Appétissante, une entreprise spécialisée dans la production de biscuits et de produits de pâtisserie destinés aux marchés du Moyen-Orient et de l’Afrique. Cette activité renforce la diversification industrielle du groupe en Tunisie et son positionnement sur le segment des produits de grande consommation.

À ces implantations industrielles s’ajoute un réseau structuré de distribution qui permet au groupe d’assurer la commercialisation de ses produits sur le marché local tout en alimentant ses circuits d’exportation.

Des implications économiques encore incertaines

La situation actuelle suscite des interrogations dans les pays où le groupe est implanté, notamment en Tunisie, où ses activités sont intégrées dans plusieurs chaînes de valeur agroalimentaires. Une éventuelle restructuration judiciaire pourrait avoir des répercussions sur l’organisation industrielle locale, les flux d’exportation et, dans certains cas, sur l’emploi au sein des unités concernées.

Toutefois, les éléments disponibles à ce stade ne permettent pas de conclure à une cessation d’activité ou à une faillite effective. Les procédures évoquées dans les sources internationales relèvent davantage d’un processus de restructuration sous contrainte judiciaire visant à préserver les actifs et à organiser le remboursement des créanciers.

Les observateurs du secteur, cités notamment par le Financial Times, estiment que le groupe se trouve à un moment décisif de son histoire. Deux trajectoires principales sont envisagées. La première serait celle d’une restructuration encadrée permettant la continuité des activités sous une gouvernance réorganisée. La seconde consisterait en une procédure judiciaire plus contraignante visant à protéger les créanciers à travers une liquidation partielle ou progressive des actifs.

Dans les deux cas, l’enjeu principal reste la préservation de la valeur économique du groupe et la continuité de ses opérations dans les différents marchés où il est présent.

La situation de IFFCO Group illustre ainsi les fragilités auxquelles peuvent être confrontés de grands groupes familiaux fortement internationalisés, notamment lorsque l’endettement, les tensions de gouvernance et les chocs économiques mondiaux convergent.

À ce stade, aucune annonce officielle de faillite n’a été faite. Le groupe demeure engagé dans des discussions complexes avec ses créanciers, dans un contexte où l’issue dépendra de la capacité à stabiliser sa structure financière et à rétablir la confiance des partenaires financiers internationaux.

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Auteur

R. I

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