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Aïd el-Idha : Un luxe pour les Tunisiens ?

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  • 21 mai 2026
  • 5 min de lecture
Aïd el-Idha : Un luxe pour les Tunisiens ?

À l’approche de l’Aïd El-Idha, la flambée des prix des moutons et la faiblesse de l’offre dans les points de vente réglementés mettent à rude épreuve le pouvoir d’achat des Tunisiens. De nombreuses familles peinent désormais à accomplir le rite du sacrifice.

La Presse — L’Aïd El-Idha a progressivement perdu le charme et l’enthousiasme qui l’entouraient autrefois. Loin de l’époque où cette fête religieuse rimait avec joie, retrouvailles familiales et moutons imposants dodus et cornus faisant la fierté de leurs propriétaires. Jadis, la quasi-totalité des familles tunisiennes pouvaient encore s’offrir un mouton pour accomplir le rite du sacrifice dans une ambiance festive et sereine.

Mais, au fil des dernières années, l’Aïd s’est transformé pour de nombreux ménages en une véritable source d’angoisse financière. La flambée du coût de la vie, conjuguée à l’envolée continue des prix du bétail, a profondément chambardé les habitudes des Tunisiens. Désormais, acheter un mouton relève parfois du luxe pour des familles déjà fragilisées par l’inflation et l’érosion de leur pouvoir d’achat.

Les intermédiaires tirent profit de la situation

Cette hausse vertigineuse des prix s’explique principalement par l’augmentation drastique des coûts d’élevage et la diminution du cheptel. Les éleveurs font face à des charges de plus en plus lourdes, notamment en matière d’alimentation animale. Les prix de l’orge, du foin et des différents compléments alimentaires ont explosé ces dernières années sous l’effet du stress hydrique, poussant les prix des moutons à des niveaux records.

D’une année à l’autre, le coût du mouton ne cesse ainsi de grimper, privant un nombre croissant de familles tunisiennes de cette fête faute de moyens financiers suffisants. Pour cette année, il faut prévoir au minimum 1.500 dinars pour acquérir un mouton répondant aux critères du sacrifice tels que définis par la tradition religieuse. Dans plusieurs régions du pays, les prix oscillent généralement entre 1.450 et 2.000 dinars.

Dans ce contexte, les intermédiaires se frottent déjà les mains. Les points de vente «du producteur au consommateur», censés permettre aux citoyens d’acheter à des prix encadrés, restent insuffisants face à une demande massive. Le nombre de moutons proposés dans ces espaces demeure très limité, accentuant davantage la pression sur les acheteurs.

Ce mercredi, 20 mai, au point de vente réglementé de Radès, la situation illustrait parfaitement cette tension. Dès six heures du matin, des dizaines de citoyens faisaient déjà la queue dans l’espoir d’obtenir un mouton à un prix accessible. Mais à l’ouverture, jugée tardive par plusieurs personnes présentes, c’est le grand choc car à peine une vingtaine de moutons étaient disponibles à la vente.

La forte affluence a provoqué des scènes de bousculade et de mécontentement dès les premiers instants. La majorité des personnes venues sur place sont finalement reparties bredouilles, avec un profond sentiment de déception et d’amertume. Beaucoup ont dénoncé également l’absence totale d’informations de la part des responsables présents concernant une éventuelle arrivée d’autres troupeaux au cours de la journée. Une situation qui reflète, une nouvelle fois, les difficultés grandissantes auxquelles sont confrontés les Tunisiens à l’approche de l’Aïd El-Idha.

Les professionnels aux abonnés absents

On rappelle que les ventes de moutons pour l’Aïd El-Idha ont démarré lundi 18 mai 2026 à travers des points de vente réglementés mis en place par le Groupement interprofessionnel des viandes rouges et du lait (Givlait), en coordination avec le ministère de l’Agriculture, des Ressources hydriques et de la Pêche.

Dans le Grand Tunis, deux principaux espaces ont été aménagés, le premier à Radès, sur l’avenue Hédi Nouira et le second à Essaïda dans la délégation de Oued Ellil, gouvernorat de La Manouba. Ces points de vente fonctionnent selon un système de vente au poids vif avec des tarifs de référence fixés au niveau national : 27 dinars le kilo pour les moutons de moins de 45 kg, 25,8 dinars pour ceux pesant entre 45 et 65 kg, et 23,8 dinars pour les moutons dépassant 65 kg.

Le Givlait a appelé les éleveurs et professionnels du secteur à approvisionner massivement ces espaces afin de permettre aux consommateurs d’acheter des moutons contrôlés et à des prix encadrés. Si les citoyens ont largement répondu présents, espérant trouver des prix plus accessibles, ils ont toutefois dénoncé la faible disponibilité des moutons dans ces points de vente, pointant l’absence quasi totale des professionnels et l’insuffisance de l’offre face à une demande particulièrement forte.

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Auteur

Samir DRIDI

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