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Patrimoine en lumière – La cage de Sidi Bousaid : Une œuvre d’art identitaire

  • 21 mai 2026
  • 4 min de lecture
Patrimoine en lumière – La cage de Sidi Bousaid : Une œuvre d’art identitaire

Vers 1850, dans les ruelles animées de la médina de Tunis, un artisan tunisien nommé Saïd Samouda aurait donné naissance à un objet qui allait traverser les générations et devenir l’un des symboles les plus poétiques de Tunisie : la célèbre cage décorative de Sidi Bousaïd.

La Presse —À cette époque, les ateliers artisanaux faisaient battre le cœur de la médina. Les artisans façonnaient le bois, le cuivre et le fer avec une précision héritée d’un savoir-faire ancien. Saïd Samouda, passionné par les formes élégantes de l’architecture tunisienne transforma un simple objet utilitaire en véritable œuvre décorative.

Au départ, ces cages accueillaient surtout des canaris dont le chant accompagnait les matinées des maisons tunisiennes. Suspendues dans les patios ou près des fenêtres ouvertes sur les jardins, elles faisaient partie du quotidien familial. Mais avec le temps, leur beauté délicate attira les regards des visiteurs, des artistes et des amoureux de Sidi Bousaïd. Peu à peu, la cage dépassa sa fonction première pour devenir un symbole de raffinement et de douceur méditerranéens.

Dans les années qui suivirent, les descendants et élèves de Saïd Samouda perpétuèrent cet artisanat en conservant les couleurs blanc et bleu devenues l’identité visuelle du village. Chaque cage était réalisée avec patience, parfois pendant plusieurs jours, afin de reproduire les détails fins qui font encore aujourd’hui leur charme unique.

Elle ne se distingue pas seulement par son élégance, mais aussi par la finesse de sa fabrication. Réalisée principalement en fer forgé ou en métal travaillé à la main, elle reflète un savoir-faire artisanal transmis de génération en génération. Les artisans façonnent avec précision de minces tiges métalliques pour créer des courbes délicates et des motifs raffinés, avant de les peindre dans le bleu emblématique du village, parfois associé au blanc lumineux des façades.

Sa forme est tout aussi remarquable. La cage adopte souvent une silhouette arrondie ou légèrement allongée, surmontée d’un dôme inspiré de l’architecture orientale et andalouse. Ses barreaux fins et harmonieux lui donnent une impression de légèreté, tandis que les détails décoratifs — arabesques, motifs floraux ou petits ornements — renforcent son charme poétique. Suspendue aux murs blancs des ruelles de Sidi Bousaïd, elle semble flotter au gré du vent et participe à l’atmosphère artistique et romantique du village.

La renommée de la cage de Sidi Bousaïd a fini par dépasser les frontières tunisiennes. Exportée vers plusieurs pays et admirée par des visiteurs venus du monde entier, elle est devenue l’un des objets artisanaux tunisiens les plus connus à l’international. Dans certaines maisons, hôtels ou galeries d’art à l’étranger, ces cages rappellent immédiatement l’élégance méditerranéenne et l’âme des ruelles blanches de Sidi Bousaïd. Elles portent avec elles une image chaleureuse et artistique de la Tunisie.

Ce chef-d’œuvre possède aussi une forte dimension émotionnelle. Même vide, elle semble garder la mémoire des chants d’oiseaux, des anciennes maisons tunisiennes et des moments simples partagés en famille. Accrochée à une façade blanche ou suspendue dans une ruelle fleurie, elle apporte au village une atmosphère presque intemporelle, comme si chaque cage racontait silencieusement une histoire ancienne.

Aujourd’hui encore, en parcourant les hauteurs de Sidi Bousaïd, le regard s’arrête naturellement sur ces cages délicates qui dansent avec la lumière et le vent marin. Elles sont devenues bien plus qu’un objet décoratif : un fragment vivant de la mémoire tunisienne, un hommage au talent des artisans et à la beauté d’un patrimoine que le temps n’a jamais réussi à effacer.

Auteur

Samira Hamrouni

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