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Cartels du fourrage : Un trafic mis à nu

  • 22 mai 2026
  • 6 min de lecture
Cartels du fourrage : Un trafic mis à nu

Une équipe de surveillance économique de la Direction régionale du commerce et du développement des exportations de La Manouba a saisi 7.150 tonnes d’orge fourragère subventionnée dans un centre de distribution du district d’El Battan pour infraction à la réglementation des subventions.

La Presse — Cette saisie s’inscrit dans le cadre d’un programme de surveillance régional conjoint avec les forces de sécurité, selon les informations communiquées par la Direction régionale du commerce de La Manouba à l’agence Tunis-Afrique Presse.

Opération de surveillance

Cette saisie intervient dans le cadre d’une opération d’inspection ciblant les entrepôts et les centres de distribution d’orge et de sorgho (aliments stratégiques). L’opération a révélé que le propriétaire du centre susmentionné vendait délibérément des quantités d’orge fourragère à travers des circuits non officiels, empêchant ainsi les agriculteurs de recevoir leurs quotas.

Infraction à la réglementation

Selon les mêmes autorités, une plainte sera déposée contre le contrevenant pour violation de la réglementation relative aux subventions, pour avoir commercialisé un produit subventionné en contravention des procédures établies. Les sanctions administratives appropriées seront appliquées et les marchandises saisies seront revendues dans les circuits de distribution légaux, le produit de la vente sera versé au Trésor public.

Un beau coup de filet certes, mais après ? Combien d’autres serviteurs malhonnêtes sont-ils encore au service de ces cartels qui ont permis à la spéculation dans bien des domaines de fleurir, de se développer et de bloquer toute tentative de relance dans bien des domaines ?

Cela confirme ce qu’ont déclaré nombre d’éleveurs ou d’aviculteurs et autres secteurs, qui utilisent les produits subventionnés par l’Etat et qui, découragés, n’arrivent plus à joindre les deux bouts et risquent de tout liquider en raison de ce genre d’agissements et de manipulations. Cela permettra aux cartels en place de garder bien en main les différents marchés et d’imposer leur loi.

Servis en premiers

En fin de compte, ce sont toujours les petits producteurs, agriculteurs qui sont pénalisés. Quant aux gros de la place, on les craint et ils sont servis en premiers. D’autres sont dans l’obligation de payer plus cher, lorsque l’on daigne leur offrir une toute petite quantité, juste pour leur permettre de maintenir en vie leurs activités.

Et au bout de cette chaîne malfaisante, nous retrouverons des personnes qui s’enrichissent aux dépens de ceux qui mettent la clé sous le paillasson, des consommateurs qui implorent le ciel dans l’attente du miracle, des produits agricoles, un cheptel en décrépitude, et des responsables qui ne savent plus par où commencer.

A la base, un noyau de trafiquants et des réseaux bien protégés par un cloisonnement dont on ne brise le cocon qu’après un long travail de fourmi.

Et c’est ce qui s’est passé. Les services concernés dévoilent enfin les conclusions de leurs efforts, mais ne donnent pas ce qu’ils ont investi comme efforts financiers, humains et matériels, pour aboutir à cette saisie qui couronne des mois et des mois d’enquête et de suivi.

Et on parle de cheptels bovin et ovin à reconstituer. Comment pourrait on le faire avec ce genre de quidams qui bloquent tout et qui, sans scrupule, se complaisent dans le désarroi de consommateurs qui ne savent plus à quel saint se vouer à chaque Ramadan, Aïd ou fête que l’on célèbre dans la gêne  ou le besoin ? Le Mouled est d’ailleurs en route avec les problèmes futurs des grains de pin d’Alep (zgougou) et des fruits secs.

Toujours cette impunité qui encourage la spéculation et dont les conséquences se répercutent sur toute la vie économique du pays. En fin de compte, tout en saluant cette réussite, il faudrait se demander combien existe-t-il encore de dépôts de ce genre, enfouis quelque part et qui demeurent au service de cette spéculation ?

Le prix du mouton

Depuis une dizaine de jours, nous avons vu fleurir des points de vente un peu partout. Des espaces que l’on réquisitionne d’autorité pour pouvoir imposer des prix incroyables.

Et nous avons pensé aux millions de personnes qui ont fêté l’Aïd en Europe par exemple. Ont-elles pu réquisitionner d’autorité un coin de boulevard ou de places publiques du côté des Champs Elysées ou de l’Opéra?

Les autorités des lieux leur ont tout simplement réservé des points de vente et de sacrifice incontournables, sous peine de graves sanctions. Ils ont obéi et à notre connaissance tout s’est toujours bien passé.

Des points de vente contrôlés

Chez nous, le revendeur qui a acheté ses moutons chez l’éleveur se voit offrir gracieusement son espace de vente pour écouler ses moutons au double, sinon plus, du prix d’achat.

Avec la bénédiction des municipalités propriétaires des lieux qui s’occupera, en plus de l’enlèvement, des saletés et restes.

Ces points de vente conquis par la force de la tradition font partie des outils qu’utilisent les spéculateurs.

C’est le même cas que les marchés municipaux qui servent de plaques tournantes pour la spéculation.

Alors que les autorités compétentes ont fixé le prix du mouton au kilo, pourquoi, dorénavant  ne pas aménager  des points de vente au kilo, hors desquels est  interdite toute transaction relatives  aux bêtes réservées au sacrifice ?

Des points contrôlés où le consommateur est protégé. Cela épargnera aux cités et villes toutes ces saletés et odeurs qui envahissent les lieux  et mettra un terme à un trafic que l’on donne l’air de cautionner.

Une question d’organisation et surtout un moyen efficace d’imposer une discipline de comportement en mesure de limiter les agissements des spéculateurs.

Où est le contrôle ?

Ces centres de distribution du district comme celui d’El Battan, de qui dépendent-ils ? Comment se fait il que personne n’a eu ouïe ou décelé ces malversations alors que les petits agriculteurs et autres éleveurs ont régulièrement dénoncé dans bien des médias TV et radios leurs difficultés à trouver de quoi nourrir leurs bêtes, leurs volailles, etc ?

A l’ère de l’informatique, comment se fait-il que personne ne s’est rendu compte de ce qui est porté sur le  journal des ventes et des personnes ou entreprises qui ont bénéficié des ces fourrages, engrais, intrants, etc ?

Le ver est bel et bien dans le fruit.

Auteur

Kamel GHATTAS

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