On ne sait pas grand-chose sur ce qu’on mange, et encore moins sur l’origine et la qualité des aliments que l’on consomme au quotidien. Cette opacité exacerbe le sentiment d’incertitude quant à la sécurité sanitaire des produits exposés sur nos étals et l’authenticité des ingrédients qui les composent. Aussi incomestibles soient-ils, ces produits continuent à dominer le marché, mettant notre santé en péril.
Et là, on est en droit de se poser la question suivante : nos aliments sont-ils, vraiment, sûrs ? D’après ce que l’on constate, rien n’est évident ! Cela fait planer le doute sur la légalité des circuits de distribution du producteur au consommateur, dont la traçabilité pose toujours problème. Et parfois, on paie plus cher des denrées de moindre qualité.
Ces monopolistes «terroristes»
En ces temps de consommation effrénée et d’achats impulsifs, adopter des règles et mesures prudentielles s’avère de mise, d’autant plus que spéculateurs et contrebandiers font toujours la loi. Leur trafic commercial prévaut sur le marché, influence la régularité d’approvisionnement et manipule le rapport offre- demande. Et bien que les opérations de contrôle économique tous azimuts s’intensifient de plus en plus, touchant tous les produits de consommation, on est encore loin, semble-t-il, de crier victoire. En revanche, la guerre anti-fraudeurs ne fait que commencer.
Pourtant, il ne se passe pas un jour sans que les brigades de contrôle et d’hygiène, avec l’appui de la police municipale, ne réussissent un joli coup de filet contre ces monopolistes «terroristes». Partout sur nos marchés et entrepôts, elles veillent sur le bon fonctionnement du système d’approvisionnement, de stockage et de conservation des marchandises, leur qualité, leur autorisation de mise sur le marché, les facturations, le respect des normes de sécurité sanitaire, conformément aux règlements en vigueur.
Et les tentatives de spéculation déjouées se sont, alors, soldées par la saisie de tonnes de produits pour être, soit réinjectés dans les circuits légaux, soit voués à la destruction pour non-conformité aux normes de sécurité alimentaire.
Le bilan 2024 était frappant !
D’ailleurs, les cas de fraude et d’intoxication alimentaire sont légion. On garde encore en mémoire, en octobre 2022, les 26 élèves transférés à l’hôpital local de Hidra, à Kasserine, après avoir été intoxiqués, suite à un repas qui leur fut servi dans un foyer de la région. Cependant, les drames d’aliments impropres à la consommation n’en finissent pas de faire couler beaucoup d’encre. D’autres cas d’intoxication ont été signalés dans pas mal de régions du pays.
Ceci étant, le bilan 2024 était, alors, frappant : «Les opérations de contrôle effectuées par l’Instance nationale de la sécurité sanitaire des produits alimentaires (Insspa) ont débouché sur la saisie de plus de 3.000 tonnes de produits alimentaires impropres à la consommation qui ont été détruits», avait révèle, de sa bouche, son directeur général Mohamed Rabhi, en marge d’un atelier de travail, organisé, le 30 janvier dernier, sur le thème «Contrôle des contaminants dans les denrées alimentaires et les aliments pour animaux». Ces contaminants constituent un danger réel sur la santé des citoyens.
Abattoirs anarchiques !
Qu’entend-on par aliments impropres à la consommation ? On les définit comme «ceux censés contenir des bactéries, virus, parasites ou des substances chimiques nocives, provoquant, ainsi, plus de 200 maladies, allant de la diarrhée à divers types de cancers», selon des sources scientifiques.
On parle, ici, des conditions de stockage inappropriées, des produits avariés ou périmés, non-mention d’origine, des additifs ou colorants non autorisés, et bien d’autres motifs souvent invoqués par nos autorités de contrôle économique. De quoi avoir raison d’établir des procès- verbaux d’infraction et d’avertissements adressés contre les fraudeurs. Et ce n’est pas tout, ceux-ci font l’objet de poursuites judiciaires.
Autre phénomène si dangereux qu’il nous commande de faire preuve de suivi et de vigilance, les abattoirs anarchiques et les lieux de vente clandestins. Ces pratiques illicites n’ont cessé d’interpeller l’Insspa et l’équipe de contrôle économique et d’hygiène de santé. Tout récemment, 600 kg de viandes de volailles ont été saisis, dans un abattoir anarchique situé dans la localité de Sidi Ali Hattab relevant de la délégation de Mornaguia, et dont les conditions de stockage ne répondent pas aux normes d’hygiène en vigueur.
Que faire pour arrêter ces crapules, n’ayant plus froid dans le dos ? Outre l’intensification systématique du contrôle économique, le consommateur, lui aussi, est appelé à être beaucoup plus attentif quant à la date de péremption des produits avant l’achat. Le cas échéant, il est de droit de signaler tout produit suspect ou toute infraction constatée aux services sanitaires compétents. Voilà quelques conseils à prendre au sérieux.
