FILT : Les métiers du livre et l’intelligence artificielle: Menaces sur les mécanismes de l’édition traditionnelle
Au cœur de la Foire internationale du livre de Tunis, une question s’impose avec acuité : l’intelligence artificielle est-elle en train de redéfinir, voire de fragiliser, les métiers du livre ? Lors d’une rencontre réunissant professionnels et experts venus de divers horizons, le débat a mis en lumière à la fois les opportunités offertes par ces outils et les inquiétudes qu’ils suscitent. Entre promesse de gains de productivité et crainte d’une uniformisation de la création, l’IA s’impose comme un acteur incontournable d’une chaîne du livre en pleine mutation, obligeant éditeurs, auteurs et libraires à repenser leurs rôles et leurs pratiques.
La Presse — L’intelligence artificielle va-t-elle se substituer à l’homme ? Y-a-il des craintes qu’elle remplace certains métiersq notamment ceux en rapport avec le livre ? Existe-t-il des pistes d’action qui peuvent être mises en œuvre pour tirer profit de cet outil et résister à cette concurrence ? Autant de questions auxquelles les intervenants à la rencontre sur « Les métiers du livre et l’intelligence artificielle », organisée durant toute la journée du lundi 27 avril au stand du ministère des Affaires culturelles au FILT, ont essayé de répondre.
Les nombreux intervenants : Jihen Wakdi, Hichem Besbes, Rym Zayani, Taher Hfaïedh, Meriem Bennour, Nouri Abid, Neila Benzina, Sabrina Ibrahim, Houda Bakir, Mondher Khanfir, Nabil Cherni (Tunisie), Habib Abdulrab Sarori (Yemen), Ibrahima Lo (Sénégal), Gvantsa Jobava (Géorgie), Wendpagnagdé Evariste Kaboré (Burkina Faso) et Virginie Clayssen (France) ont essayé, chacun à son tour, de décrypter le rôle que joue l’IA et son omniprésence dans les divers métiers de l’économie du livre : l’édition, l’illustration, la distribution ou encore la traduction.
Certains intervenants ont manifesté leurs craintes vis-à-vis de cet outil qui remplace d’ores et déjà l’homme et le relègue au second plan. Tandis que d’autres estiment qu’il y a lieu de composer avec l’IA et de créer de nouvelles opportunités.
Cette nouvelle révolution numérique offre aux professionnels du livre un gain de temps et d’argent tandis que, pour d’autres, elle constitue un aléa notamment au niveau social : risque de voir des métiers disparaître. Sur le plan de la création : crainte d’uniformisation culturelle et dépendance aux plateformes.
Actuellement, les participants ont relevé que l’IA prend en charge certaines tâches comme par exemple la production de maquettes de couvertures de livres ce qui permet un gain de temps considérable. Une dynamique ascendante que personne ne peut arrêter.
Sur le plan de la création littéraire, de jeunes auteurs font appel de plus en plus à l’IA pour produire des récits, des dialogues et des structures narratives cohérentes, ce qui tend à bouleverser la notion même d’auteur. N’importe qui peut prétendre être écrivain et produire des romans, nouvelles ou autres essais calibrés. Selon un des intervenants, la majorité des étudiants a recours à l’IA pour leurs mémoire ou thèse de fin d’études.
La prolifération de textes formatés constitue un risque de la disparition de choix artistiques singuliers et de la mutation du métier d’éditeur qui se transforme de passeur entre l’auteur et le lecteur en gérant des flux générés par des algorithmes. Comment redéfinir ce métier dont les enjeux sont à la fois économique et éthique ? Et comment trouver le juste équilibre entre les deux ? La concurrence reste rude. Sur le plan de la diffusion, les libraires se plaignent de l’intervention de l’IA qui modifie la relation au lecteur. Ce nouveau mécanisme tend à favoriser les ouvrages formatés et relègue la production d’auteur à la marge. Le métier de libraire risque de disparaître un jour.
Cette nouvelle chaîne de production rapide et sans frais a de grandes chances d’inonder le marché et de générer de nouveaux mécanismes susceptibles de modifier notre approche au métier du livre. Il incombe aux éditeurs, libraires et auteurs de choisir entre se soumettre à cette nouvelle tendance ou de réinventer un modèle où l’homme garde la main sur le livre, sur sa création et sa diffusion.
Neila Gharbi



