Gabès Cinéma Fen – « Souraya mon amour », de Nicholas Khoury : Narrer l’intime différemment
Le festival Gabès Cinéma Fen confirme, une fois encore, sa capacité à faire dialoguer les sensibilités et les récits, venus de différents horizons. « Souraya mon amour », de Nicholas Khoury, propose un récit tourné vers le passé.
La Presse — « Souraya mon amour » puise dans le réel, le documentaire. Un film singulier qui interroge la violence d’une époque et raconte le personnel, en remuant la mémoire. Le film de Nicholas Khoury est raconté par la danseuse et actrice Souraya Baghdadi qui revisite sa vie avec son défunt mari, le cinéaste Marouen Baghdadi, à travers des bribes d’archives et une introspection dans leur vie commune. Elle découvre la beauté envoûtante de l’amour qui persiste dans le silence de l’absence et la disparition.
Le film séduit par sa pudeur et sa délicatesse, ponctué de silence, dénué de sensationnalisme. Le traitement est sobre, notamment grâce à la personne de Souraya, qui est au centre de ce récit documentaire personnel. Le film est une ouverture, une confession : il éclaire des liens fragiles, des chagrins tus et rend hommage à une quête d’amour, préservée des affres sociales.
Les instants suspendus exprimés à travers le ton de la voix, les regards et les gestes transpercent. Cette narration confie au film une force exceptionnelle. Certaines parties touchent plus que d’autres : elles paraissent justes et sincères, notamment lorsque l’héroïne tente de se raconter, de parler d’elle même, moins de son amour entretenu pour ses racines et ses amours passés. «Souraya mon amour» pourrait paraître contemplatif, lent, laissant involontairement le spectateur à distance. Un juste milieu pas évident à garder de bout en bout.
À travers ces longs métrages d’ouverture, Gabès Cinéma Fen rappelle que le cinéma peut encore conjuguer sentiments et conscience critique. Raconter avec lucidité l’époque et l’histoire. «Souraya mon amour» touche par sa sensibilité mélancolique et titille l’esprit d’appartenance et l’amour de la patrie.

