Pollution et espaces verts : Le parc « Al Hadiqa » suffoque sous les ordures
Photo : © Koutheir KHANCHOUCH
La pollution urbaine s’est si bien installée qu’elle semble être admise et tolérée ! Les ordures sont désormais appelées «déchets domestiques », ce qui confère à leur appellation un aspect « technique », plutôt que la connotation proprement péjorative du terme… Les ordures envahissent le paysage et s’y entassent longuement, monstrueusement, sans pour autant que leur menace n’intrigue personne ! Et au moment où dans certains quartiers à forte densité démographique l’on se plaint encore de la rareté des espaces verts et des parcs, ces derniers étouffent sous l’effet nocif de la pollution.
La Presse — Il suffit de se rendre au petit parc de la Cité Al Hadiqa (Cité Jardin), relevant du Bardo, pour comprendre à quel point le problème se développe. En effet, communiquant avec le parcours de santé, le petit parc de la Cité el Hadiqa a été conçu pour le plus grand plaisir des familles habitant le quartier et les cités avoisinantes, dont la cité Ettahrir, la cité Ibn-Khaldoun etc.
Un parc, un concept
Il s’agit d’un espace vert qui renferme tant de composants essentiels à un parc de quartier. L’on y trouve un terrain asphalté, assez spacieux pour abriter les matchs de football ou de basket-ball. Des banquettes en bois ont été installées, pour permettre aux spectateurs de prendre place. Le parc comprend aussi un petit parcours adapté aux adultes comme aux enfants. Des espaces sont cernés, çà et là, par des ceintures pouvant faire l’objet de banquettes pour les familles et qui confèrent au lieu un aspect convivial, outre des balançoires et des supports ludiques, parfaits pour les jeux d’habileté et de motricité pour les enfants mais aussi pour les exercices de musculation auxquels s’adonnent les adultes. Manifestement, la conception a été parfaitement étudiée pour transformer un terrain avoisinant d’innombrables immeubles et villas mais aussi – voire surtout- un établissement scolaire, en un parc où il fait bon d’y passer le temps libre, en famille, entre ami(e)s ou en solo. Mais ce qui spécifie le petit parc, c’est qu’il ressemble à une véritable oliveraie. Plus d’une dizaine d’oliviers ont été implantés, enracinant ainsi l’identité végétale méditerranéenne et tunisienne, en particulier.
Horrible pollution !
Ce tableau réel, qu’animent les visiteurs à longueur de journée et dont l’écho résonne aussi via les cris de joie des enfants et les discussions interminables des adultes, est enlaidi par les ordures accumulées dans tous les recoins et jusque dans les grands bacs des oliviers. L’image des troncs d’oliviers enfoncés non pas dans la terre mais plutôt dans des tas de déchets suscite la colère.
Ces bacs, construits pour contenir des oliviers, trahissent, à la fois, la confusion qu’ont certains individus entre les poubelles et la nature, et la normalisation terrifiante avec la saleté. Les visiteurs fréquentent le lieu d’une manière quotidienne, sinon régulière. Pour eux, il s’agit d’un état normal ! Pis encore : ce sont les visiteurs qui commettent ce délit à l’égard de la nature et d’un bien public. La nature des déchets cumulés le prouve : des emballages de jus, de yaourts à boire, de biscuits, des bouteilles en plastique, des emballages de fast-food, il y en a de tout ! Bref, l’état du parc est désolant, voire irritant. Il l’est surtout en raison de l’absence de toute action à même de le délester de ces intrusions grotesques.
Il est temps d’agir !
Pourtant, ce sont les mêmes personnes — les visiteurs pollueurs — qui endurent cet état désastreux ! Ce sont leurs enfants, dont la majorité sont en bas âge, qui commencent à se familiariser avec un paysage odieux ! Ce sont aussi les riverains qui voient le parc d’un quartier résidentiel se transformer petit à petit en une décharge anarchique ! Personne n’a tenté de sauver la situation et de se conduire en bon citoyen, en ami de la nature ! Et pourtant, des actions citoyennes pourraient mettre fin à ce fléau et rendre au parc toute sa splendeur. Les résidences situées juste en face du parc compteraient des dizaines, voire des centaines de jeunes qui, en une matinée dominicale, seraient capables de tout nettoyer comme par une baguette magique ! Sans oublier les autorités locales qui ferment les yeux sur bon nombre de zones noires où la saleté s’incruste davantage dans le paysage comme dans les mentalités… Sauver ce parc mais aussi tant d’espaces verts devient une urgence pour lutter contre une mentalité stérile, contre la normalisation de la pollution et contre l’irrespect de l’environnement. Pour ce, les autorités locales doivent assumer leur responsabilité.
Des comités de quartier sont de mise. Leur rôle serait de veiller sur la propreté et la protection des acquis communs. Il convient, aussi, de pénaliser les pollueurs et d’inculquer auprès des futures générations la culture de la protection de l’environnement et des biens publics.