Interaction à la galerie « Aïn » : Un univers d’harmonie de couleurs et de formes
Une exposition collective réunit des artistes de générations différentes autour d’un même dialogue entre héritage tunisien et création contemporaine. Couleurs, motifs et formes s’entrelacent dans des œuvres inspirées du patrimoine, de la vie quotidienne et des paysages du pays.
La Presse — La galerie Ain (Carthage Salambo) propose une exposition collective de peintres des années 80 de l’Ecole des Beaux-Arts de Tunis ainsi que les œuvres de deux artistes de génération des années 2000 : Alia Ksouri et Walid Chagway. Le groupe « Interactions » dont les œuvres sont présentées à cette exposition sont : Khaled Lasram, Fadhel Ghedira, Abdelmajid Ayed, Ali Fakhet et Abdelhamid Sakli qui représentent dans leurs œuvres l’identité tunisienne, une thématique en vogue dans les années 80.
Au niveau de la forme, le module constitue l’essentiel de l’approche picturale de ces artistes dont le souci est de mettre en valeur le patrimoine artisanal tunisien, en particulier les bijoux, la tapisserie, le tissage et la calligraphie. La répétition du motif et de la forme dans la même œuvre, commune à tous, s’inspire de la décoration arabo-musulmane.
Khaled Lasram, enseignant d’histoire de l’art, propose dans ses quatre huiles sur toile une démarche proche de l’art arabo-musulman avec des formes géométriques : carré, triangle, rectangle, cercle qu’il combine entre eux dans une harmonie orientale qui rappelle aussi dans l’une de ses toiles à l’huile intitulée « Aquarium » : la mosaïque. Dans « Les trois soeurs », le tableau se caractérise par le traitement dans chaque module de la lumière et de la couleur avec les nuances et les complémentaires.
Abdelhamid Sakli, avec ses « Mergoums 1 et 2 » (acrylique sur toile), s’oriente vers le tissage en se servant des signes et des symboles et s’inspire des couvertures de Gafsa et des klims de Matmata ainsi que de l’architecture à la manière de Néjib Belkhoja. Il compose ses espaces avec des modules pour créer une œuvre d’art spécifique où les tons chauds des chromatiques donnent une aura aux œuvres.
Fadhel Ghedira s’intéresse, pour sa part, au cubisme dans ses toiles huile et pastel pour recomposer l’univers de la « Zarda » ou encore du « Moghzel ». Le sujet est presque réalisé en 3D. Le traitement de la couleur, des nuances et de la lumière est la base de sa recherche plastique dont la thématique essentielle tourne autour de la vie quotidienne comme, à titre d’exemple, « la vendeuse de pain » et la « Zarda ».
L’œuvre semi-abstraite acrylique sur toile d’Abdelmajid Ayed, graphiste et dessinateur, représente la femme dans un univers floral (jasmin et fell) empreint de romantisme dans la gestuelle, la touche et la forme qui se répètent inlassablement. Il y a une sorte de dynamique dans la surface qu’il crée tout en restant attaché à l’illustration.
Ali Fakhet, décorateur de cinéma, traite, dans ses compositions huile et acrylique sur toile, du thème social de la « Harqa » dans « La barque abandonnée ». Une œuvre à la fois réaliste et mélancolique.
Walid Chagway, décorateur d’intérieur de formation, son œuvre huile sur toile intitulé « la lisière des signes » se caractérise par son graphisme. Il part d’un dessin au crayon et entreprend ses recherches dans les bijoux anciens qu’il réalise avec de la peinture à l’huile et des glacis à la manière des anciens peintres dont Léonard de Vinci et son célèbre chef-d’œuvre « La Joconde ».
Ses représentations sont formées de cercles qui se prêtent à plusieurs lectures : bijoux, boucliers ou autres artefacts.
Il illustre un monde fantastique tourbillonnant et fragmenté avec un beau traitement de matière et de couleurs ocre, terre et argent qui donnent une profondeur à l’œuvre.
Alia Ksouri, enseignante à Kasserine, peint la route qu’elle parcourt souvent entre Tunis et le Nord-Ouest. Elle traverse, les champs avec leur verdure, leur barrage d’eau, le ciel entre Siliana, Houareb, Bargou, tout le chemin qui conduit vers le Nord-Ouest avec ses belles lumières et couleurs qu’elle reproduit dans ses acryliques sur toile en prenant comme modèle l’école impressionniste.





