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Editorial

Bac : du pétard de la joie au poison de la fraude

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  • 5 juin 2026
  • 3 min de lecture
Bac : du pétard de la joie au poison de la fraude

Il fut un temps où les trois lettres du Bac résonnaient comme l’explosion joyeuse d’un pétard de fête, illuminant les cours d’école et les salons familiaux. Aujourd’hui, hélas, ce mot s’est terni, trop souvent associé aux fraudes, aux combines et aux réseaux souterrains qui polluent l’esprit de cette épreuve nationale. Ce glissement sémantique est une blessure collective : il déprime les élèves studieux, il décourage les parents qui se sont saignés aux quatre veines pour accompagner leurs enfants, et il mine la crédibilité de l’école publique.

La déclaration de l’Association tunisienne des parents et élèves (Atupe) vient à point nommé. Elle rappelle que l’examen du baccalauréat n’est pas une simple formalité administrative, mais un rite fondateur, un contrat de confiance entre l’État, les familles et la jeunesse. Préserver la transparence et l’égalité des chances, c’est défendre l’idée même de la République éducative. Mais que faire pour dissocier cette épreuve des mafias de la fraude ? Comment rendre à ces trois lettres leur éclat originel, celui du pétard de joie ?

Il faut, d’abord, une fermeté sans faille. Les réseaux de commercialisation d’appareils de fraude doivent être traqués avec la même rigueur que les trafics qui menacent la santé publique. Car la fraude scolaire est une drogue insidieuse : elle détruit la confiance, elle altère la valeur du diplôme, elle instille l’idée que tricher est un motif de fierté. Or, si cette idée s’enracine dans les générations futures, c’est l’édifice entier de l’école publique qui vacillera.

Il faut, ensuite, une pédagogie de l’effort. Valoriser les élèves qui travaillent, mettre en lumière leurs réussites, raconter leurs histoires. L’école n’est pas seulement un lieu de sanction ; elle est un espace où l’on apprend que la sueur d’une année vaut plus que la ruse d’une minute. Les médias, les enseignants, les parents doivent répéter inlassablement que la vraie dignité se trouve dans l’effort, pas dans la fraude.

Enfin, il faut une mobilisation citoyenne. Le bac est une affaire nationale : il engage la confiance des familles, la crédibilité des institutions, l’avenir des jeunes. Chacun doit comprendre que protéger l’examen, c’est protéger la société.

Ne laissons pas le mot Bac se fossiliser dans la honte. Rendons-lui sa charge symbolique, celle d’un pétard de joie qui éclate dans les mains des élèves méritants. Car derrière chaque copie rendue, il y a une histoire de courage, de nuits blanches, de sacrifices familiaux. Et c’est cette histoire-là, et elle seule, qui mérite d’être célébrée.

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Auteur

Salem Trabelsi

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