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Plages tunisiennes : quand le sable devient payant et l’accès se rétrécit

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  • 10 juin 2026
  • 4 min de lecture
Plages tunisiennes : quand le sable devient payant et l’accès se rétrécit

Le constat : des plages de plus en plus “occupées” et des accès payants

Chaque été, le littoral tunisien connaît la même transformation. Des portions de plages sont aménagées, louées ou confiées à des exploitants privés pour installer cafés saisonniers, parasols, transats et espaces de restauration. Si ces dispositifs visent à organiser l’activité estivale et à améliorer les services proposés aux vacanciers, ils suscitent de plus en plus de tensions avec les citoyens, notamment les riverains.

Sur plusieurs plages du pays, l’accès libre à la mer semble se réduire progressivement. Les zones “gratuites” deviennent parfois limitées à des espaces restreints, souvent moins confortables ou surchargés. Le reste du littoral est occupé par des installations commerciales où l’installation est conditionnée à une consommation ou à une location.

Dans certains cas, les tarifs pratiqués varient entre 15 et 20 dinars pour un parasol seul, et peuvent atteindre 35 à 45 dinars pour un ensemble comprenant parasol et table. Des prix jugés élevés par une partie des familles, surtout dans un contexte de pouvoir d’achat contraint.

“On ne peut plus accéder à la plage librement”

À Kram, dans la banlieue nord de Tunis, Boutheina décrit une situation devenue difficile à vivre au fil des étés. Selon elle, l’occupation des plages par des structures privées a profondément modifié la relation des habitants à leur propre littoral.

Dans son témoignage, elle évoque des plages saturées de parasols payants, laissant peu de place aux visiteurs non consommateurs. “Il faut payer ou ne pas s’installer”, résume-t-elle, en décrivant une forme de pression implicite qui s’installe dès l’arrivée sur le sable.

Elle affirme aussi que certaines zones publiques sont devenues difficilement accessibles ou réduites à des portions étroites, parfois rocailleuses, loin du confort des espaces aménagés. Pour elle, même les habitants vivant à quelques mètres de la mer se retrouvent aujourd’hui contraints de payer pour en profiter.

Au-delà du coût, c’est surtout la notion d’appropriation de l’espace public qui revient dans son discours. Elle dénonce une situation où le littoral semble progressivement “partagé entre zones privées et espaces résiduels”, limitant selon elle la liberté d’accès pour les familles.

Un modèle de gestion entre organisation et dérives perçues

Les municipalités côtières recourent chaque été à des concessions ou des autorisations temporaires accordées à des exploitants privés. L’objectif affiché est double : structurer les plages, encadrer les activités saisonnières et générer des revenus pour les collectivités locales.

Ces dispositifs permettent également l’installation de services considérés comme utiles par certains usagers : points de restauration, locations de matériel, surveillance ou entretien.

Mais sur le terrain, la mise en œuvre de ce modèle est régulièrement contestée. Plusieurs observateurs et citoyens estiment que l’équilibre entre service public et logique commerciale est parfois rompu, donnant l’impression d’une privatisation progressive de l’espace balnéaire.

La question du contrôle et de la régulation revient souvent dans les débats, notamment sur le respect de la continuité de l’accès public au littoral, principe pourtant fondamental dans la gestion des domaines maritimes.

Un débat récurrent sur le droit à la mer

Au-delà des aspects économiques et organisationnels, la controverse touche à un enjeu plus symbolique : celui du droit à la plage comme espace public ouvert à tous.

Pour de nombreux citoyens, la mer reste un bien commun qui ne devrait pas être conditionné à une capacité de paiement. Le sentiment d’exclusion, même partiel, alimente chaque été des frustrations, en particulier dans les zones urbaines densément peuplées du littoral.

À Kram, comme dans d’autres villes côtières tunisiennes, ce débat revient avec régularité. Il met en lumière une tension durable entre attractivité touristique, gestion municipale et attentes sociales des habitants.

Et entre nécessité d’organiser les plages, recherche de recettes locales et préservation de l’accès libre au littoral, les municipalités font face à une équation complexe. Mais sur le terrain, pour une partie des citoyens, la sensation demeure la même : celle d’un espace public qui se rétrécit progressivement au profit d’usages commerciaux saisonniers.

Un débat qui, chaque été, revient au centre des préoccupations et interroge la place réelle du citoyen dans son propre littoral.

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Auteur

Meriem KHDIMALLAH

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