Sept ans après le lancement du « Startup Act », l’expérience tunisienne est aujourd’hui présentée comme un exemple régional de formalisation économique réussie. Si ce cadre a permis de faire émerger un écosystème de l’innovation plus structuré, les défis liés au financement, à l’accès aux marchés et à la modernisation de l’administration appellent désormais une nouvelle génération de réformes.
La Presse — Intervenant lors d’une conférence en ligne organisée par le Centre pour l’entrepreneuriat de l’ICC-Escwa et le Cespo, le président de l’Organisation nationale des entrepreneurs (ONE), Yassine Gouiaa, a présenté l’expérience tunisienne dans le domaine des startups. Ce webinaire s’inscrit dans le cadre d’une série de séminaires régionaux consacrés à la formalisation économique en tant que levier de croissance.
À travers sa présentation, Gouiaa a dressé un état des lieux de l’écosystème des startups, sept ans après l’introduction de la loi « Startup Act ». Il a expliqué que l’expérience tunisienne, bien que son processus demeure encore inachevé, peut servir d’exemple pour d’autres écosystèmes. Selon lui, le cadre réglementaire instauré par le « Startup Act » a permis de reconnaître la startup comme un nouvel acteur économique.
Il a surtout démontré que la formalisation ne doit pas être perçue comme un fardeau administratif, mais plutôt comme une opportunité de croissance.
Grâce à ce dispositif, la Tunisie a réussi à ouvrir de nouvelles perspectives aux entrepreneurs innovants. Toutefois, l’enjeu aujourd’hui consiste, selon lui, à élargir ces horizons en passant d’un simple cadre réglementaire à un système plus intelligent et d’incitations dispersées à un véritable dispositif global d’accompagnement de ces nouvelles entités économiques.
« La leçon que l’on peut tirer de l’expérience tunisienne est que les entrepreneurs ne fuient pas systématiquement la formalisation économique. Ils la fuient lorsqu’elle est lourde, complexe et coûteuse.
En revanche, lorsqu’elle devient simple, numérisée, équitable et assortie d’incitations adaptées, elle se transforme en un véritable catalyseur de croissance », a-t-il conclu.
Évoquant les principaux acquis du « Startup Act », Gouiaa a souligné que ce cadre a permis de reconnaître les startups comme des acteurs économiques à part entière.
Cette reconnaissance ne constitue pas un simple détail juridique, mais traduit, d’après ses dires, un changement profond dans la manière dont l’État appréhende la nouvelle économie numérique.
« Les startups ne sont pas de petites entreprises au sens classique du terme. Ce sont des structures fondées sur l’innovation, en constante évolution et exposées à des risques élevés.
Elles nécessitent donc des mécanismes de financement flexibles ainsi qu’une ouverture accrue sur les marchés », a-t-il poursuivi.
Cette expérience démontre également, selon l’intervenant, que la formalisation économique ne peut réussir lorsqu’elle se limite à une simple obligation administrative. Elle devient efficace lorsqu’elle repose sur une logique gagnant-gagnant entre l’entrepreneur et l’État : la formalisation d’un côté, la facilitation de la croissance de l’autre.
Gouiaa a également mis en avant les avantages apportés par la loi, notamment les différentes incitations mises en place, l’émergence d’une nouvelle culture de l’innovation et la digitalisation du processus de labellisation. Autant d’acquis qui font désormais partie intégrante du paysage entrepreneurial tunisien.
Le président de l’ONE a toutefois souligné que plusieurs lacunes persistent. Outre une certaine rigidité administrative, qui n’a pas toujours évolué au même rythme que le cadre réglementaire, les difficultés liées au financement et à l’accès aux marchés demeurent largement irrésolues. C’est dans ce contexte que l’État s’est engagé dans une nouvelle génération de réformes.
Selon Gouiaa, celles-ci devront permettre aux startups d’accéder plus facilement au marché local, de rétablir la confiance entre l’administration et les entrepreneurs et de favoriser leur implantation dans les régions afin d’y développer des écosystèmes spécifiques. Pour l’intervenant, l’objectif de cette nouvelle phase consiste à passer progressivement d’une loi essentiellement fondée sur des incitations à un cadre plus large, capable d’accompagner la startup tout au long de son cycle de vie.



