Liban : la paix suspendue à la logique des armes
Alors que le Moyen-Orient semble entrevoir l’esquisse d’une détente diplomatique, le Liban continue de vivre sous le fracas des bombes ; les négociations engagées et l’accord de cessez-le-feu signé entre Washington et Téhéran dimanche nourrissent pourtant l’espoir d’une sortie de l’état de guerre qui pèse sur la région. Mais sur le terrain, les faits racontent une autre histoire : celle d’une logique militaire sioniste qui refuse de céder la place à la politique.
Les récentes frappes contre la banlieue sud de Beyrouth et contre Nabatiyeh dans le Sud du Liban, en apportent une nouvelle illustration. Il s’agit de la troisième opération de ce type depuis le cessez-le-feu du 17 avril dernier ; comme à chaque fois, l’occupant invoque la nécessité de lutter contre le Hezbollah. Mais le moment choisi interroge sur le pourquoi de ces attaques qui interviennent précisément à l’heure où l’accord entre les États-Unis et l’Iran semble satisfaisant pour les deux parties.
Pour de nombreux analystes, il ne s’agit pas d’une simple coïncidence, beaucoup parlent d’un véritable forcing destiné à imposer des faits accomplis avant l’application des points de l’accord.
Depuis les années 1980, le mouvement chiite (qui défend son territoire) est considéré par l’Etat sioniste comme une menace stratégique majeure. A ses yeux, la confrontation avec le Hezbollah constitue une urgence sécuritaire plus immédiate encore que le contentieux nucléaire iranien. Cette perception (un prétexte) explique en grande partie l’intensité des opérations militaires menées au Liban malgré les appels répétés à la désescalade.
Tout porte à croire que, suite à l’ accord entre Washington et Téhéran, l’occupant n’envisagerait pas un retrait rapide des territoires qu’il contrôle dans le Sud du Liban : le boucher de Gaza affirme que son armée restera à Gaza, au Liban et en Syrie le plus longtemps possible. Les responsables extrémistes semblent déterminés à conserver une liberté d’action maximale dans cette zone envahie par les armes. Une telle perspective risque de prolonger l’instabilité et de retarder toute paix durable.
Par ailleurs, les États-Unis paraissent exercer des pressions de plus en plus tangibles sur leur allié sioniste, Washington demeure le principal soutien diplomatique et militaire de l’Etat voyou ; mais l’administration américaine souhaite également donner les chances pour appliquer son accord avec l’Iran et éviter une nouvelle explosion régionale, cette double exigence crée une équation particulièrement délicate, elle n’arrange pas Netanyahu ni ses alliés dans le gouvernement.
Les moyens de pression américains ne se limiteraient pas aux déclarations diplomatiques. Ils concernent également les livraisons de munitions et d’armements, ainsi que le soutien politique et juridique dont bénéficie I’Etat paria sur la scène internationale ; autrement dit, Washington dispose de leviers concrets susceptibles d’influencer les choix stratégiques du gouvernement de Netanyahu. La marge de manœuvre de ce dernier apparaît étroite, coincé entre les attentes de son armée, les pressions de son opinion publique et les exigences de son parrain américain.
Pendant ce temps, le Liban demeure l’otage de calculs qui le dépassent largement, chaque frappe éloigne un peu plus la perspective d’un retour à la normale pour une population déjà éprouvée par les crises économiques, politiques et sécuritaires. Le drame libanais rappelle une vérité que l’histoire du Moyen-Orient n’a cessé de confirmer : aucune victoire militaire aussi grande soit-elle, ne peut remplacer une solution politique durable.



