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Agriculture : Les cultures ancestrales tunisiennes sont-elles en danger ?

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  • 18 juin 2026
  • 5 min de lecture
Agriculture : Les cultures ancestrales tunisiennes sont-elles en danger ?

Sous l’effet de la sécheresse, de la hausse des coûts de production et d’une rentabilité en chute libre, de plus en plus d’agriculteurs tunisiens abandonnent certaines cultures ancestrales. Cette   mutation silencieuse fragilise non seulement le monde rural, mais renforce aussi la dépendance alimentaire du pays. Derrière les terres laissées en friche se joue désormais une question stratégique, celle de l’avenir agricole et alimentaire de la Tunisie.

La Presse —Sécheresse, coûts de production et faible rentabilité poussent de plus en plus d’agriculteurs à abandonner des filières autrefois emblématiques Dans plusieurs régions tunisiennes, des terres agricoles autrefois cultivées restent aujourd’hui inexploitées. Face à la sécheresse, à la hausse des coûts de production et à la baisse de la rentabilité, de nombreux agriculteurs abandonnent progressivement certaines cultures ancestrales.

Céréales, tomates, agrumes ou encore certaines variétés d’arbres fruitiers sont désormais menacés dans plusieurs zones du pays. Ce chargement inquiète aussi bien les professionnels du secteur que les économistes, car il soulève une question devenue centrale : la Tunisie est-elle en train de perdre une partie de son patrimoine agricole au profit d’une dépendance croissante aux importations ?

Une agriculture fragilisée par le climat

Depuis plusieurs années, la Tunisie connaît des épisodes répétés de sécheresse. Les barrages affichent des niveaux  assez bas et les restrictions d’eau touchent directement le secteur agricole, premier consommateur des ressources hydriques du pays. Dans plusieurs gouvernorats du centre et du nord-ouest, des agriculteurs ont réduit leurs surfaces cultivées faute d’eau suffisante pour irriguer. Certaines cultures particulièrement gourmandes en eau deviennent difficiles à maintenir dans des conditions climatiques de plus en plus dures.

Les producteurs de tomates, de pastèques ou d’agrumes figurent parmi les plus touchés. Beaucoup expliquent que les coûts liés à l’irrigation ont fortement augmenté tandis que les rendements diminuent année après année. À cela s’ajoutent les effets des vagues de chaleur, qui perturbent les récoltes et fragilisent certaines plantations traditionnelles.

Outre la sécheresse, les agriculteurs font face à une hausse continue des coûts de production. Semences, engrais, carburant, matériel agricole… ont fortement augmenté ces dernières années. Pour les petites exploitations, souvent familiales, la situation devient difficilement viable. Certains producteurs affirment vendre leurs récoltes à des prix qui couvrent à peine leurs dépenses.

Dans plusieurs régions, des agriculteurs préfèrent désormais laisser des terres en jachère plutôt que de produire à perte. D’autres se tournent vers des cultures jugées plus rentables ou moins risquées, même si elles ne correspondent pas toujours aux traditions agricoles locales. Cette mutation progressive transforme le paysage rural tunisien. Certaines cultures autrefois symboliques deviennent de plus en plus rares dans certaines zones ancestrales de production.

La disparition lente de certains savoir-faire

Au-delà de l’aspect économique, les spécialistes alertent sur la disparition possible de savoir-faire agricoles transmis depuis des générations.

Dans certaines régions, les jeunes refusent de reprendre les exploitations familiales, considérant l’agriculture comme un secteur trop incertain et peu rentable. Le vieillissement des agriculteurs accélère également l’abandon des terres. Des filières entières risquent ainsi de perdre une partie de leur main-d’œuvre qualifiée.

Certaines variétés locales, adaptées aux terroirs tunisiens, pourraient également disparaître progressivement faute de production suffisante. Pour plusieurs experts, ce chargement représente une perte économique mais aussi culturelle. L’agriculture tunisienne fait partie de l’identité de nombreuses régions rurales, où certaines cultures structurent encore la vie sociale et les traditions locales.

L’abandon progressif de certaines cultures renforce parallèlement la dépendance du pays aux importations alimentaires. La Tunisie importe déjà une grande partie de ses céréales, huiles végétales et aliments pour bétail. Si la production locale continue de diminuer dans certaines filières, la facture des importations pourrait encore augmenter dans les années à venir.

Cette dépendance expose davantage le pays aux fluctuations des prix mondiaux et aux crises internationales. Les récentes tensions sur les marchés agricoles mondiaux ont montré la fragilité des pays fortement dépendants des importations alimentaires. Pour les économistes, la question agricole devient donc aussi une question de souveraineté économique et de sécurité alimentaire.

Un modèle agricole à refaire

Face à cette situation, plusieurs voix appellent à une réforme profonde du modèle agricole tunisien. Certains experts plaident pour le développement de cultures moins consommatrices d’eau et mieux adaptées au changement climatique. D’autres demandent davantage de soutien financier aux petits agriculteurs afin d’éviter l’abandon massif des terres.

L’amélioration des systèmes d’irrigation, la modernisation des techniques agricoles et une meilleure valorisation des produits locaux figurent également parmi les pistes évoquées. Mais le défi reste immense. Face au stress hydrique, à l’inflation et aux difficultés structurelles, l’agriculture tunisienne traverse aujourd’hui l’une des périodes les plus délicates de son histoire récente.

Derrière les champs abandonnés et les récoltes en baisse se dessine peut-être une transformation profonde du pays, celle d’une Tunisie qui risque de voir disparaître progressivement certaines cultures ayant façonné son identité économique et sociale pendant des décennies.

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Auteur

Saoussen BOULEKBACHE

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