Le prix de l’or se stabilise un tant soit peu, en comparaison du premier trimestre de l’année en cours. C’est du moins ce qu’affirment les maîtres bijoutiers de Souk el Berka. En dépit d’une variabilité continue, justifiée par les fluctuations des bourses mondiales, le prix du gramme, tel qu’il a été déclaré par les bijoutiers, se situe entre 400dt et 420dt. Il peut aussi atteindre les 450dt. Ces prix s’appliquent à l’or certifié. Quant à l’or dit « brisé », car dépourvu du poinçon du maître et celui de l’Etat, son prix oscille entre 280dt et 320dt.
La Presse — Les fourchettes du prix de l’or ne semblent point intriguer les bijoutiers. Si la demande a quelque peu fléchi depuis bien des années, elle poursuit, tout de même, à garantir les ventes grâce aux exigences des us et coutumes. L’offre, quant à elle, perdure avec autant de splendeur. Les vitrines flamboyantes de modèles à couper le souffle, épousent la tendance mondiale et éblouissent les regards.
Il est 11h00 en ce jeudi 25 juin 2026. Des groupes de touristes marquent une pause à Souk el Berka. Emerveillés par le souk le plus vertigineux de Tunis, ils prêtent une oreille attentive aux informations fournies par leur guide. Les commerçants, quant à eux, semblent indifférents à cette présence qu’ils savent éphémère et qui ne promet pas d’étoffer leurs caisses…
La nôtre aussi leur semble inutile, d’ailleurs, voire de trop. La plupart d’entre eux nous accueillent chaleureusement, croyant que nous avions de l’or « brisé » à vendre. Notre statut de journaliste les déçoit une fois annoncé. « Le responsable n’est pas ici, je ne peux pas vous être utile » ou encore « Je suis occupé, je n’ai pas de temps libre pour vous répondre » ; telles sont les phrases qu’ils ont daigné nous adresser en évitant même de nous regarder… Rares sont ceux qui ont fait preuve d’amabilité et de coopération.
Le Solitaire est désormais, solitaire !
Ridha Belhaj fume une cigarette devant sa boutique. Il se rassure de la stabilité du prix de l’or. « Depuis janvier, le prix de l’or exposé dans la boutique oscille entre 400 et 420dt le gramme. Il peut atteindre les 450dt et ce, pour certains modèles. Il faut savoir que les modèles les plus légers sont vendus à 450dt le gramme et non pas à 400dt ou à 420dt.
Quant à l’or brisé, le gramme se situe entre 280dt et 320dt. Son prix a chuté en comparaison des périodes antérieures », indique-t-il. Ridha s’adapte aux nouvelles exigences du commerce de l’or ; un commerce qui doit sa survie aux personnes aisées mais aussi aux us et coutumes. Le solitaire et la gourmette : deux bijoux indispensables pour célébrer les fiançailles n’ont pas réussi à résister, ensemble, à la hausse du prix.
« Les nouveaux fiancés optent uniquement pour la bague, à savoir le solitaire. L’ère de la gourmette est, malheureusement, révolue à défaut de moyens. C’est qu’une belle bague de fiançailles coûte environ 1500dt », explique-t-il. Or, à ce prix-là, les couples se permettent d’acheter les deux bijoux à la fois !
Plus jamais de cadeau à madame !
Quant à la dot de la mariée, elle implique une enveloppe minimale de 4000dt. « C’est qu’une série de bijoux pèserait au minimum dix grammes, sinon elle ne serait même pas visible», renchérit-il. Notre bijoutier se souvient de la période où des clients demandaient à voir des bagues pour en offrir une à leurs épouses respectives.
« En ces temps-là, une bague en or coûtait trois cents dinars. Aujourd’hui, le prix minimal d’une bague s’élève à mille dinars puisqu’elle ne peut pas peser moins de deux grammes et demi », ajoute-t-il. Ridha, grâce à sa longue carrière dans ce métier, a la ferme conviction que même si les prix changent, les traditions restent !
Les séries : éliminer certaines pièces, budget oblige !
Un peu plus loin, Mohamed Amine Ktiti se tient debout au seuil de la boutique où il travaille comme vendeur. Ce jeune homme se désole de constater une sensible baisse des ventes. « Jusqu’à présent, la saison commence par une baisse des ventes que j’estime à -70%, en comparaison de la même période, des années précédentes.
La hausse du prix de l’or a eu un impact répulsif tant sur les ventes que sur les pièces ; le grammage de ces dernières a sensiblement diminué. Du coup, la bague la plus légère coûte pas moins de 1000dt alors qu’il y a à peine trois ans, elle ne dépassait pas les trois cents dinars », souligne-t-il. Tout comme Ridha, Mohamed Amine affirme le recul de la gourmette sur le podium de la dot de la mariée. « Certains éliminent même des bijoux de la série spécial mariée. Ils optent ou pour les boucles d’oreilles ou encore pour la bague, qu’ils associent bien sûr à la chaîne et au bracelet. Il faut savoir, poursuit-il, qu’une série en bonne et due forme ne coûte pas moins de 4500dt ».
Il est à savoir, non sans fierté d’ailleurs, que la panoplie des modèles qu’exposent les bijoutiers en dit long sur la variété des écoles de référence. On y trouve les bijoux typiquement tunisiens, les bijoux dits communément « aarbi », mais aussi les modèles suivant la tendance internationale en matière d’accessoires. « La majorité des modèles que nous proposons suivent la tendance européenne. Ceci est valable aussi bien en Tunisie que dans les autres pays du Maghreb », précise-t-il.
L’or : une valeur — et une richesse — sûre
Consacrer un budget minimal de quatre mille dinars pour la dot de la mariée n’est pas accessible à tous. Pour ce, certains recourent à la substitution des bijoux en or par des bijoux en argent, plaqués or ; des bijoux de valeur durable qui ont, de surcroît, le même effet éblouissant. « Recourir aux substituts des bijoux en or pour célébrer les mariages et les fiançailles relève d’une pratique ancienne que perpétuent les familles qui se trouvent dans l’incapacité financière d’acheter l’or.
Certains vont même jusqu’à acheter des accessoires en acier inoxydable, plaqués or et dont les prix sont dérisoires. Néanmoins, une chose est sûre : c’est la classe moyenne qui continue à acheter de l’or et non la classe aisée », indique Mohamed Sakka, porte-parole du Groupement des bijoutiers, relevant du Connect. Il faut avouer que la demande de l’or a bel et bien régressé suite à la hausse phénoménale du prix.
L’instabilité des prix de l’or et de l’argent influe grandement sur le marché. Chaque variation compte et une marge de dix dinars impacte le prix, le modèle et la vente. Certes, ces variabilités reviennent au cours mondial, au contexte économique international… Cela dit, l’or demeure incontestablement et indéniablement une valeur sûre », souligne-t-il. Et d’ajouter que l’avenir est aux métaux, lesquels sont une richesse évidente et durable.



