Tension entre : Le Rio et le Ministère des affaires culturelles Menace de fermeture
Le Rio plaide pour que l’administration passe d’une logique de contrôle jugée « excessive » à un rôle de partenaire offrant un cadre prévisible aux entrepreneurs culturels.
La Presse — La salle de cinéma Le Rio fêtera ses cent ans l’année prochaine. En effet, elle a ouvert ses portes en 1927 sous le nom de « Cinéma variété ». Elle est située dans un immeuble de style florentin dessiné par l’architecte italien Francesco Marcenaro. En 1934, la salle est rebaptisée « Le Royal » avant de devenir « Le Rio ».
En 2013/2014, rénovée et transformée en espace polyvalent, la salle est dirigée par le promoteur culturel Habib Belhedi qui dénonce, depuis peu, les pressions administratives exercées par le ministère des Affaires culturelles menaçant ainsi sa survie économique. Habib Belhedi déplore notamment la suppression des subventions étatiques et la fermeture de son café, source de revenus vitale pour le financement de ses activités artistiques.
La direction s’inquiète également d’une volonté de marginalisation lors d’événements majeurs, dont les Journées cinématographiques de Carthage, et ce, malgré des investissements importants pour moderniser ses infrastructures. Face à des contrôles jugés excessifs et à des décisions perçues comme arbitraires, l’établissement réclame un cadre réglementaire plus transparent pour protéger l’investissement culturel privé. En somme Le Rio mène un combat pour la reconnaissance de son identité artistique pluridisciplinaire au-delà des simples contraintes fiscales imposées par la tutelle.
Le conflit entre le Ciné-Théâtre Le Rio et le ministère des Affaires culturelles repose sur plusieurs enjeux majeurs qui menacent la pérennité de cette institution culturelle. Ces tensions touchent à la fois l’aspect financier, administratif et la reconnaissance même du statut des structures culturelles privées en Tunisie.

Le Rio dénonce donc une série de décisions qui fragilisent son modèle économique. Ainsi, la subvention de fonctionnement et d’équipement pour 2025 a été annulée et celle de l’année en cours est suspendue. La commission d’octroi d’aides aux salles de cinéma a même augmenté le montant de l’aide de dix mille dinars. Or, selon Habib Belhedi, la ministre a refusé cette augmentation et suspendu l’aide. Pour sa part, le ministère justifie cette décision par le non-respect de recommandations administratives et une interprétation contestée du statut fiscal de l’établissement.
Le café attenant, considéré comme une source de revenus essentielle pour financer la programmation artistique, a été fermé par décision administrative, ce que la direction de l’établissement juge « disproportionné ». Par ailleurs, un autre point de discorde concerne la définition même de l’établissement qui refuse que son activité soit réduite à un simple « identifiant fiscal ».
Il revendique son rôle d’espace pluridisciplinaire (théâtre, cinéma, rencontres citoyennes) et rappelle les investissements de plus d’un million de dinars réalisés pour moderniser ses infrastructures. Habib Belhedi craint que les contrôles répétés de l’Inspection générale exercent une pression sur ses choix artistiques et ses relations avec la société civile.
Il appelle à l’instauration d’un cadre réglementaire clair, stable et transparent pour les opérateurs culturels privés, dénonçant des demandes administratives telles que la réduction du nombre de cahiers des charges qu’il juge sans fondement juridique et réclame d’unifier la TVA à 7% pour tous les secteurs. Actuellement, celle du théâtre s’élève à 17% et le cinéma à 7%.
En somme, l’enjeu fondamental est de déterminer si une institution privée peut bénéficier d’un soutien public stable tout en conservant son autonomie, dans un contexte où les règles administratives semblent selon le promoteur du Rio en décalage avec la réalité de l’entrepreneuriat artistique. En résumé, Le Rio plaide pour que l’administration passe d’une logique de contrôle jugée « excessive » à un rôle de partenaire offrant un cadre prévisible aux entrepreneurs culturels.



