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Commentaire : Délestage : le disjoncteur de la raison

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  • 18 juillet 2026
  • 3 min de lecture
Commentaire : Délestage : le disjoncteur de la raison

L’été installe sur notre pays sa lourde chape de plomb, et avec elle, le retour d’un phénomène purement technique et mondialement partagé : le délestage. Face à une demande qui culmine sous l’effet des climatiseurs, la Steg, à l’instar des plus grands opérateurs de la planète, régule le flux pour préserver l’intégrité de notre réseau national et éviter le chaos d’un blackout. C’est une opération de pure ingénierie, un arbitrage transitoire et rationnel.

Pourtant, dans le grand théâtre des réseaux sociaux, certains esprits fiévreux tentent d’instiller un venin absurde, reliant ces coupures programmées à la solidité financière de l’État, voire — comble du ridicule — à la santé du Président de la République. Comment peut-on lier la gestion mécanique de mégawatts à la condition physique d’un homme ou à la solvabilité d’une nation qui, contre vents et marées, continue d’honorer scrupuleusement l’ensemble de ses engagements financiers et de payer ses crédits à l’échéance ?

Notre démarche n’est ni de la complaisance, ni l’aveuglement candide de ceux qui prétendent, à l’instar du célèbre Pangloss de Voltaire, que « tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles ». Nous ne défendons pas l’indéfendable : les lacunes logistiques sont réelles, les retards d’anticipation sont criants, et le quotidien des Tunisiens reste éprouvant. Mais pourquoi donc mélanger les genres avec une telle outrance ? Pourquoi travestir une crise structurelle et industrielle en un feuilleton politique ou médical ?

Il est temps de ramener le calme et la clarté dans ce tumulte. Relier une technique de délestage — pratiquée de la Californie à l’Europe lors des canicules — à la santé du Chef de l’État relève d’une dérive logique presque tragicomique. C’est confondre le thermomètre et la météo, attribuer à une personne la charge thermique de millions de foyers. Une turbine qui s’essouffle sous 45 degrés ne traduit pas la faiblesse d’un Etat, elle obéit simplement aux lois de la physique.

La solidité d’une nation ne se mesure pas à la continuité d’un disjoncteur en période de crise climatique, mais à sa capacité constante à assumer ses obligations souveraines.

Nourrir ces fables ne fait qu’assombrir inutilement les esprits, alors que l’heure exige de la sérénité et une responsabilité collective. La Tunisie avance, ses structures, bien qu’usées, tiennent bon, et le soleil qui éprouve nos câbles aujourd’hui reste notre plus grande promesse d’indépendance pour demain. Laissons la technique aux ingénieurs, la politique à la raison, et refusons de transformer chaque kilowatt manquant en un complot. 

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Auteur

Salem Trabelsi

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