La guerre sans fin contre les Palestiniens !
Les mots que l’on répète à chaque instant finissent fatalement par perdre leur force. «Affrontements», «occupation» sont de ceux-là. Ce qui s’est produit récemment dans le village palestinien de Tell, au nord de la Cisjordanie occupée, n’est pas un simple affrontement entre deux camps rivaux. C’est l’irruption de colons armés dans une localité palestinienne, sur une terre qui n’est pas la leur, suivie d’une répression militaire d’une ampleur qui transforme les victimes en suspects. Vendredi, quatre Palestiniens sont morts, cinquante et un habitants ont été arrêtés, menottés, les yeux bandés. L’un d’eux raconte qu’un numéro lui a été inscrit sur le front, comme si l’identité humaine pouvait être remplacée par un matricule. Cette image est glaçante, elle résume l’abîme moral dans lequel s’enfonce une occupation vieille de près de soixante ans. Le plus insupportable est peut-être ailleurs. A peine le drame consommé, le gouvernement de l’Etat sioniste ne répond pas par une enquête indépendante, ni par une condamnation des violences des colons, il annonce au contraire l’accélération de la légalisation de nouveaux avant-postes. Autrement dit, les conséquences politiques de cette tragédie ne sont pas la recherche de la paix, mais l’extension de la colonisation. Il faut croire que chaque épisode de violence devient une justification supplémentaire pour annexer davantage de terres palestiniennes. Cette logique est connue ; les colonies avancent, protégées par l’armée ; les colons multiplient les incursions, souvent en toute impunité ; les habitants palestiniens tentent de défendre leurs maisons ; l’intervention militaire suit ; les arrestations se multiplient ; puis de nouvelles colonies apparaissent. C’est un engrenage méthodique où la violence nourrit l’expansion territoriale, et où l’extension nourrit à son tour une violence sans fin. Le droit international est pourtant sans ambiguïté. Depuis des décennies, les résolutions des Nations unies, les avis de la Cour internationale de justice et l’immense majorité de la communauté internationale considèrent les colonies de l’occupant en Cisjordanie comme illégales. Les protestations s’accumulent dans les archives des chancelleries pendant que les cartes sont redessinées sur le terrain. Aujourd’hui, près de cinq cent mille colons vivent en Cisjordanie occupée, au milieu de trois millions de Palestiniens privés de souveraineté. Les ministres radicaux du gouvernement de Netanyahou ne cachent même plus leur objectif : rendre irréversible l’annexion de fait de la Cisjordanie et empêcher définitivement la création d’un État palestinien viable. Chaque nouvelle colonie éloigne davantage toute perspective de paix. Les appels à la retenue de la communauté internationale ne suffisent plus lorsque les faits démontrent une politique assumée de colonisation. A force de considérer cette réalité comme une fatalité, les grandes puissances sont devenues les témoins passifs d’une entreprise qui viole quotidiennement le droit qu’elles prétendent défendre ailleurs. A Tell, quatre cercueils ont traversé un village encerclé par des soldats, les funérailles n’ont réuni qu’une trentaine de personnes, tant les restrictions étaient sévères. Cette scène est celle d’un peuple qui enterre ses morts sous surveillance. Elle devrait suffire à réveiller les consciences ; car la colonisation n’est pas un simple différend foncier : elle est devenue le cœur d’un système où la force prime le droit, où l’occupation remplace la justice et où l’espérance de paix s’éloigne à chaque nouvelle implantation. Il n’y aura ni sécurité pour l’Etat sioniste ni liberté pour les Palestiniens tant que cette mécanique continuera. La colonisation n’est pas une conséquence du conflit : elle en est aujourd’hui l’un des principaux moteurs.



