Editorial

Tribune : En marge de notre participation à la Coupe du monde de football 2026

  • 30 juillet 2026
  • 7 min de lecture
Tribune : En marge de notre participation à la Coupe du monde de football 2026

Notre participation à la dernière Coupe du monde de football s’est arrêtée au premier tour, alors que notre équipe pouvait aller un peu plus loin dans la compétition. Mais pourquoi cet échec cinglant dès le départ ?

Notre élimination, dès le premier tour, est d’autant plus amère et frustrante qu’elle survient dès le démarrage des jeux, alors que d’autres équipes, de niveau comparable au nôtre et parfois même inférieur, ont pu assurer leur passage au second tour. Pourquoi en sommes-nous arrivés là ?

Je pense que cela est dû à plusieurs facteurs, dont l’absence de volonté de vaincre, le choix des formateurs — pour ne pas dire des entraîneurs —, la formation technique, la formation morale et les promesses d’encouragement faites aux joueurs.

1. Le choix du sélectionneur

Il s’agit, bien sûr, de l’entraîneur qui a la charge de l’équipe nationale. Je suis d’avis qu’il soit tunisien, pour faciliter la communication avec les joueurs d’une part, et d’autre part pour qu’il soit imbu de l’esprit patriotique et nationaliste nécessaire à un cadre de haut niveau appelé à assumer un certain degré de responsabilité dans l’accomplissement de sa mission. Cela suppose l’engagement de l’État dans la formation de nos entraîneurs, qui doivent impérativement avoir un niveau d’instruction satisfaisant et parler au moins une langue étrangère, l’anglais en plus du français. L’idéal serait que l’État prenne en charge, une fois tous les trois ou quatre ans, le séjour de deux ou trois jeunes entraîneurs auprès de grandes équipes européennes — Espagne, Angleterre, Allemagne, Italie, France — pour qu’ils y soient, durant une année, l’assistant de l’entraîneur en titre.

Il faut reconnaître qu’en 2022, nous avons égalé les résultats obtenus quarante-huit ans plus tôt, lors de notre première participation au championnat du monde, en Argentine, en 1978, où nous étions l’unique représentant de l’Afrique. Cette année-là, nous avions battu le Mexique 3 à 1, fait match nul avec l’Allemagne (0-0) et perdu contre la Pologne (0-1). C’est d’ailleurs à la suite de ces résultats encourageants que la Fifa a augmenté le nombre de pays africains admis à la Coupe du monde.

Force est de constater que dans ce domaine, nous demeurons très loin du niveau des équipes européennes et sud-américaines, et que nous ne pourrons les égaler de sitôt. Le football étant devenu un sport collectif très coûteux, nous dépensons des sommes considérables, essentiellement pour faire plaisir à nos concitoyens, très nombreux, qui en sont férus.

2. Les sports individuels, notre véritable vivier

Nous n’avons pourtant pas retenu la leçon du passé : dans les années soixante et soixante-dix, nous avions misé sur les sports individuels, et essentiellement sur le cross-country — un choix qui nous a valu beaucoup de satisfactions et un nombre remarquable de médailles. Pour le plaisir du lecteur, sportif ou non, rappelons le palmarès de notre champion Mohamed Gammoudi, premier Tunisien à nous offrir des médailles olympiques, à Tokyo en 1964, à Mexico en 1968 et à Munich en 1972 :

Jeux Olympiques d’été — Tokyo 1964 : médaille d’argent au 10 000 mètres

Jeux Olympiques d’été — Mexico 1968 : médaille d’or au 5 000 mètres, médaille de bronze au 10 000 mètres

Jeux Olympiques d’été — Munich 1972 : médaille d’argent au 5 000 mètres

Championnat international des sports militaires (Cism) : or au 5 000 et 10 000 mètres (1962) ; argent au 5 000 mètres (1963) ; or au 5 000 mètres et argent au 10 000 mètres (1964) ; or en cross-country (1965, 1967, 1968)

Championnats internationaux de cross-country : bronze (1965), or (1968)

Jeux méditerranéens : or au 5 000 et 10 000 mètres (1963 et 1967), argent au 5 000 mètres (1971)

Jeux de l’Amitié : or au 5 000 mètres (1963)

Championnats militaires d’athlétisme : or au 5 000 et 10 000 mètres (1967, 1969, 1971), or au 5 000 mètres (1968, 1970)

Championnat maghrébin de cross-country : deux médailles d’or (1967), une médaille d’or (1969)

Cross des capitales : vainqueur en 1964, 1965, 1966 et 1967

Championnat de Tunisie : vainqueur du 1 500 mètres (1962, 1963, 1967, 1968), du 5 000 mètres (1963, 1967, 1968, 1970) et du 10 000 mètres (1970, 1971)

Est-il normal que dans le pays de Mohamed Gammoudi, on n’ait pas encore déniché un jeune Tunisien de sa trempe ? Cela n’est pas acceptable, pour peu qu’il y ait de la bonne volonté et de la persévérance. Certes, le football reste le sport le plus populaire, parce qu’il est spectaculaire ; mais compte tenu du niveau atteint par les équipes européennes, sud-américaines et même certaines équipes africaines, nous demeurerons encore longtemps loin de l’élite de ce sport. Nous n’avons donc aucune chance d’y jouer les premiers rôles avant plusieurs décennies, alors qu’en athlétisme nous pourrions poursuivre le palmarès remarquable de Mohamed Gammoudi dans les années à venir, pour peu que nous fassions les bons choix d’entraîneurs et que nous ayons la volonté nécessaire — et ce, en dépensant le dixième du budget aujourd’hui consacré au football.

Je n’oublierai jamais le spectacle auquel j’ai assisté à Alger lorsque Gammoudi remporta la médaille d’or à Mexico, en 1968 : toute la population algéroise était descendue dans la rue pour exprimer sa joie et applaudir la prouesse du représentant maghrébin.

Le secret de la réussite de notre grand champion, qui a permis à la Tunisie de faire flotter à plusieurs reprises son drapeau et d’être connue et applaudie aux quatre coins du monde réside dans certaines qualités qu’il faut maintenir et développer : la volonté, le sérieux, la ténacité, la discipline, le sacrifice, l’hygiène de vie et le suivi régulier.

Nous ne pouvons obtenir d’excellents résultats dans quelque domaine sportif que ce soit sans une discipline de fer, beaucoup de fermeté, d’audace et d’endurance. Cela serait possible si l’on confiait à la direction des sports militaires la préparation de nos champions en athlétisme, à condition que ceux-ci acceptent, pour une certaine durée au moins, la discipline militaire — l’exemple de Gammoudi en est la meilleure illustration. Il faudra trouver la formule qui permette à nos jeunes sportifs, tout en s’investissant dans l’athlétisme de haut niveau, de poursuivre sérieusement et régulièrement leurs études scolaires et universitaires.

Mais ce qui est inquiétant et regrettable, c’est de constater qu’en cinquante ans, nous n’avons pas été capables de former un champion de la trempe de Gammoudi. Les responsables du sport, à tous les niveaux, sont-ils encore concernés par un tel objectif ? La « grinta » n’est-elle plus de notre époque ? Espérons qu’une large mobilisation des responsables de l’athlétisme et des sports individuels aura lieu au plus tôt, pour bâtir un plan d’action pour la prochaine décennie et permettre, à moindres frais, de former de futurs champions qui prolongeront l’œuvre de notre grand champion Mohamed Gammoudi — quatre médailles olympiques entre 1964 et 1972, et quarante-cinq médailles dans les autres championnats nationaux et internationaux.

Que Dieu veille et protège la Tunisie éternelle, l’héritière de Carthage et de Kairouan.

B.B.K.

(*) Ancien sous-chef d’état-major de l’Armée de terre, ancien gouverneur.

 

N.B. : L’opinion émise dans cette tribune n’engage que son auteur. Elle est l’expression d’un point de vue personnel.
Auteur

le Colonel Boubaker BENKRAIEM

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