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Société nationale de cellulose et de papier alfa (SNCPA) : De la corruption à la renaissance

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  • 31 juillet 2026
  • 4 min de lecture
Société nationale de cellulose et de papier alfa (SNCPA) : De la corruption à la renaissance

Trois ans après une visite présidentielle inopinée qui avait mis à nu la corruption et le chaos managérial, la Société nationale de cellulose et de papier alfa (Sncpa) renaît de ses cendres. À Kasserine, les machines tournent de nouveau à plein régime.

Pour la troisième année d’affilée, le géant public qui évoque en nous les souvenirs d’une économie en pleine évolution a réussi à fournir la totalité du papier nécessaire aux manuels scolaires. Un redressement spectaculaire pour une entreprise que beaucoup pensaient définitivement condamnée à la fermeture sinon à la vente au plus offrant.

La Presse — Pourtant, le tableau était sombre. Fleurons de l’industrie locale, la Sncpa a traversé un long tunnel noir entre 2019 et 2022. Plus de trois ans d’arrêt total. En cause ? Des réparations qui n’en finissaient plus et des caisses vides qui empêchaient d’acheter les matières premières. Le 13 octobre 2022, les usines redémarrent enfin, mais le fond du problème reste intact.

En novembre 2023, la tension explose. Les employés, privés de salaires, bloquent la route principale et observent un sit-in. Désespérés, ils lancent un appel direct au Chef de l’État. Il faut sauver le navire avant qu’il ne coule.

La visite qui a tout changé

Le message est entendu. Le 31 janvier 2024, Kaïs Saïed débarque à Kasserine. Au milieu des ouvriers et des syndicats, le Président tranche et le message est bien clair : «La Sncpa ne sera pas vendue, elle sera sauvée».

Mais le Chef de l’État ne s’arrête pas aux promesses. Il pose un diagnostic sans concession sur une entreprise «gangrenée par la corruption» et promet un grand nettoyage. Les chiffres qu’il révèle font froid dans le dos. L’usine ne tournait plus qu’à 10 % de sa capacité. Le Président pointe du doigt des tentatives d’éviction d’ingénieurs intègres qui refusaient de signer des accords douteux avec des hommes d’affaires proches du pouvoir, mais aussi un équipement hors de prix abandonné dans des coins, le détournement de pièces de rechange, la vente illégale d’un véhicule de fonction, et même la nomination d’un chef de service qui n’avait même pas son diplôme du primaire!.

Du ménage au sommet à la relance sur le terrain

L’électrochoc présidentiel ne reste pas lettre morte. Le 5 mars 2024 (Jort n° 36), le P.D.G. de l’époque, Moujahed Boughdiri, est démis de ses fonctions. Dans la foulée, le ministère de l’Industrie confie les clés de l’entreprise à Samia Briki, avec une feuille de route claire consistant à remettre la Sncpa sur les rails.

Le pari est tenu. Aujourd’hui, le succès se compte en tonnes de papier. Pour l’année scolaire 2026-2027, la Sncpa a bouclé la totalité de la commande nationale de papier scolaire, soit 5.446 tonnes.

Où en est la livraison ? Comme l’a précisé Samia Briki à l’agence TAP, 4.876 tonnes ont déjà été acheminées (soit près de 88% du total). Les 660 tonnes restantes attendent au chaud dans les entrepôts, prêtes à être récupérées par les imprimeurs munis de leur bon du Centre national pédagogique.

Un impact économique local et national retrouvés

Les retombées de cette résurrection dépassent largement les grilles de l’usine. En garantissant l’approvisionnement du pays en papier, la Sncpa sécurise la rentrée scolaire de milliers d’élèves et évite les pénuries de manuels qui ont tant fait souffrir le système éducatif par le passé.

Sur le plan local, à Kasserine,  cette région historiquement frappée par la précarité, la relance de la société garantit des emplois industriels vitaux et redonne du baume au cœur à des travailleurs et des jeunes qui réclamaient simplement de pouvoir vivre dignement de leur métier.

L’histoire de la Sncpa montre qu’avec un choix fort, un changement de gouvernance drastique et de la rigueur, il est possible de transformer un gouffre financier en un outil industriel rentable et indispensable.

Ceux qui, en novembre 2023, bloquaient la route en suppliant qu’on sauve leur usine peuvent aujourd’hui compter les tonnes de papier qui en sortent. La Sncpa ne coule plus,  elle imprime l’avenir de milliers d’élèves en Tunisie.

À ceux qui persistent à dire que rien n’a bougé en Tunisie ces dernières années, la Sncpa offre une réponse en 5.446 tonnes de papier.

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Auteur

Samir DRIDI

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