Economie

Tribune – Augmentations des salaires en Tunisie : Les inconvénients et les avantages pour l’Etat

  • 2 août 2026
  • 10 min de lecture
Tribune – Augmentations des salaires en Tunisie : Les inconvénients et les avantages pour l’Etat

Par Ridha CHIBA, conseiller international en exportation

L’équilibre social demeure la clé essentielle de la stabilité et de la prospérité de tout pays et la condition sine qua non pour développer davantage son économie et instaurer un climat politique paisible dans le but de booster les activités économiques, améliorer son produit intérieur brut, créer le sentiment de confiance et établir une cohésion totale entre les citoyens et l’Etat.

C’est dans cette perspective que l’Etat prévoit d’une manière récurrente des augmentations des salaires qui s’étendent en principe sur trois ans pour permettre aux citoyens de compenser la hausse des prix aux niveaux des biens et des services et de combattre l’inflation, la spéculation et la cherté de la vie.

Cela permet, évidemment, l’accès aux droits fondamentaux exigés par les citoyens, tels que le logement, la santé, l’éducation, l’emploi, le divertissement et de réduire encore plus les écarts de la richesse en assurant un tant soit peu à toute personne la satisfaction de ses besoins lui permettant ainsi de s’épanouir et de vivre avec plus de dignité et de fierté.

À cet effet, nous allons analyser un sujet d’actualité, à savoir : les augmentations des salaires en Tunisie : les inconvénients et les avantages pour l’Etat ?

Pour l’Etat tunisien, les augmentations des salaires ayant trait à la fonction publique et au secteur public appesantissent le budget de fonctionnement de l’Etat. Ces mesures, bien qu’elles soient importantes sur le plan social, créent un déséquilibre macroéconomique chronique, stimulant l’inflation, limitant les investissements publics et pesant fortement sur le produit intérieur brut.

Les principaux inconvénients pour l’Etat suite aux augmentations des salaires s’articulent autour de plusieurs axes, à savoir :

-L’augmentation importante de la masse salariale : c’est-à-dire le coût total des rémunérations et les avantages accordés aux employés.

En effet, la masse salariale du secteur public en Tunisie s’est élevée à 25,267 milliards de dinars en 2026, contre 24,389 milliards de dinars en 2025, soit une hausse de 3,6 %.

Ceci est considéré comme étant exorbitant du fait que cette masse salariale représente à elle seule plus de 40 % des dépenses budgétaires totales de l’Etat, environ 13,4 % du PIB et absorbe une part très importante des ressources publiques au détriment de l’investissement et du développement.

Les augmentations des salaires peuvent réduire les budgets alloués au développement, aux infrastructures et à la création des emplois lorsqu’il n’y a pas une politique claire et préalablement établie dans le cadre d’une stratégie conçue en amont et à long terme.

-La spirale inflationniste : lorsqu’il y a une mise en masse de liquidités dans le circuit financier et qu’elle n’est pas soutenue par une hausse de la productivité, cela engendre automatiquement l’inflation, c’est-à-dire la hausse durable et généralisée des prix des biens et des services, entraînant évidemment une perte du pouvoir d’achat de la monnaie.

-Les augmentations salariales dans le secteur privé : évidemment, ces augmentations sont répercutées sur les prix de revient et supportées automatiquement par les consommateurs finaux.

C’est une occasion propice pour les entreprises privées de majorer les prix avec des taux onéreux beaucoup plus que le taux qui a été décidé par l’Etat. Et, assurément, les citoyens vont se trouver devant une situation caractérisée par une hausse des prix, ce qui va réduire la quantité de biens et services à acheter.

-Le cercle vicieux et infernal entre les augmentations des salaires et la hausse des prix :

L’État doit absolument combattre sans relâche ce problème qui ne fait qu’aggraver la situation économique dans le pays.

Ce cercle se présente généralement comme suit :

1-La hausse initiale des coûts par les entreprises, telles les augmentations des prix des matières premières, de l’énergie ou des taxes, etc.

2-La répercussion des coûts sur les prix de revient pour que les entreprises préservent leurs marges, ce qui entraîne des augmentations des prix de vente de leurs produits et services.

3-La revendication salariale réclamée par les employés face à la perte du pouvoir d’achat.

4-Les entreprises, devant payer des salaires plus élevés face à l’augmentation des coûts de production, ce qui implique des coûts plus élevés et évidemment des augmentations encore de leurs prix.

Mais est-ce que les augmentations des salaires ne peuvent avoir que des répercussions négatives sur le budget de l’Etat et le ralentissement du développement du pays ?

En effet, en augmentant les salaires, l’Etat peut générer des profits, entre autres :

-L’instauration d’une paix sociale pendant une période déterminée : du moment que les augmentations des salaires couvrent le secteur public et privé, évidemment ces revalorisations demeurent le principal levier pour raffermir davantage la solidarité entre tous les intervenants économiques et sociaux, permettant ainsi de consolider le climat social et participer dans la limite du possible à réduire partiellement la répartition inégale des richesses et des revenus au sein de la population.

C’est ainsi que la qualité de la vie s’améliore et que les citoyens tunisiens demeurent plus motivés pour travailler davantage à condition que ces augmentations des salaires aillent de pair avec leurs attentes pour compenser les besoins dont ils ont besoin quotidiennement.

L’augmentation de la fiscalité : la population en Tunisie est estimée à 12,4 millions d’habitants en 2026, La population active globale en Tunisie est estimée à environ 4,2 millions d’individus, dont près de 3,6 millions sont des actifs occupés et que près de 66,3% des actifs sont sous la couverture de la Cnss et de la Cnrps.

Pour la Cnrps (Caisse Nationale de Retraite et de Prévoyance Sociale) : elle couvre les agents de la fonction publique, dont la couverture demeure obligatoire pour l’ensemble des travailleurs,

Pour la Cnss (Caisse Nationale de Sécurité Sociale) : elle couvre les salariés et les travailleurs indépendants, dont les grandes entreprises affichent le plus grand taux d’affiliation élevé, soit environ plus de 82% de salariés couverts.

Le secteur informel est inclus dans ces chiffres globaux en tant que travailleurs actifs. Les études de l’Institut National de la Statistique (INS) estiment que l’économie parallèle représente environ 45 % de la population active.

Ce créneau demeure une source très importante à exploiter économiquement, financièrement et fiscalement par l’Etat

Les augmentations des salaires affectent évidemment le système fiscal qui est divisé en deux grandes catégories : la fiscalité des produits (indirecte) et la fiscalité des personnes (directe).

-La fiscalité sur les produits (Impôts indirects)

Cette fiscalité s’applique lors de la consommation ou de l’importation de biens et services. La taxe sur la valeur ajoutée (TVA) : avec les augmentations des salaires, la consommation va accroître davantage et certes, les taxes sur la valeur ajoutée vont être plus importantes et vont constituer une source considérable de fiscalité.

Cette taxe s’applique selon quatre principaux taux :

19 % Taux normal afférent à l’électronique, les vêtements, les services de conseil, les télécommunications.

13 % Taux intermédiaire concerne les services hôteliers, certains produits alimentaires transformés.

7 % Taux réduit relatif aux produits de première nécessité, les médicaments, les produits pharmaceutiques, le transport.

Également, il existe le droit de consommation qui est un impôt spécifique appliqué en plus de la TVA sur des produits considérés comme de luxe ou spécifiques, tels que l’alcool, le tabac, les voitures, etc.

A cet effet, l’Etat doit exiger pour toutes les ventes des biens et des services des factures dans lesquelles y figurent les TVA correspondants tout en assurant un contrôle fiable et rigoureux auprès des intervenants économiques.

La fiscalité sur les personnes (Impôts directs)

En Tunisie, les taux de cotisations sociales dépendent du régime auquel les employés sont affiliés, c’est-à-dire privé ou public. Ces prélèvements sont calculés sur la base du salaire brut et de certains avantages soumis à la retenue.

La Cnss concerne le secteur privé (régime non agricole)

Les taux globaux de la Caisse Nationale de Sécurité Sociale (Cnss) s’élèvent à 26,75 %.

La part de l’employeur : 17,07 % (16,57 % de sécurité sociale + 0,5 % pour le fonds de chômage/perte d’emploi.

La part de l’employé : 9,68 % (9,18 % de sécurité sociale + 0,5 % pour le fonds de chômage/perte d’emploi).

Des taxes patronales supplémentaires, telles que la TFP (1 % ou 2 %) et le Foprolos (1 %), viennent s’ajouter au coût total supporté par l’employeur.

La Cnrps concerne le secteur public – fonction publique

Les taux pour la Caisse Nationale de Retraite et de Prévoyance Sociale (Cnrps) sont généralement compris entre 18 et 20 % du salaire brut selon le grade et la caisse d’affiliation.

La part de l’employeur (Etat / Administration) : plus de la moitié du taux global (aux alentours de 10 à 12 % du salaire brut).

La part de l’employé : généralement fixée à 8 ou 9 %.

Ces montants sont automatiquement prélevés sur le bulletin de paie de l’agent public.

Le barème progressif des impôts

En Tunisie, l’impôt sur le revenu des personnes physiques (Irpp) se calcule annuellement sur le revenu net imposable via un barème progressif. Ce barème comporte huit tranches de taux allant de 0 à 40 %, sachant que les premiers 5.000 DT sont exonérés d’impôt.

Le calcul de l’impôt en Tunisie est déterminé selon le barème annuel officiel suivant :

Pour conclure, nous disons que toutes ces contributions par les salariés et l’amélioration de l’activité économique par l’accroissement de la consommation sont des atouts importants pour multiplier les ressources fiscales de l’Etat.

Toutefois, l’Etat doit absolument lutter inlassablement contre les augmentations des prix sans justificatifs, la rétention spéculative, l’accaparement des stocks des produits de première nécessité et les réseaux de distribution illégaux.

Également, l’Etat doit se pencher sérieusement sur la situation du commerce informel qui constitue à vrai dire un frein majeur pour l’économie nationale et une perte essentielle de recettes fiscales.

Tout ceci est nécessaire et intéressant, mais demeure insuffisant pour l’amélioration des conditions économiques dans le pays et assurer la qualité de la vie des citoyens à court, à moyen et à long terme.

En effet, l’Etat doit absolument s’orienter sur  des options économiques et sociales préalablement préconisées créant plus de richesses, résolvant les problèmes de chômage, améliorant l’évolution économique, augmentant le produit intérieur brut et stabilisant la vie sociale dans le cadre d’une stratégie globale ordonnée en amont et minutieusement planifiée, adéquatement organisée, rationnellement administrée et scrupuleusement contrôlée et suivie en  exploitant toutes les capacités du pays de la manière la plus optimale. Et, surtout considérer le citoyen comme étant toujours le moyen et la finalité pour toute politique adoptée dans le pays.

N.B. : L’opinion émise dans cette tribune n’engage que son auteur. Elle est l’expression d’un point de vue personnel.

Auteur

Ridha CHIBA

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