Economie

Afrique – Développement durable : Le temps des transformations accélérées

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  • 13 août 2026
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Afrique – Développement durable : Le temps des transformations accélérées

À l’approche de l’échéance de 2030, le « Rapport 2026 sur le développement durable en Afrique » dresse un bilan contrasté des progrès du continent. Si certaines avancées sont enregistrées dans l’accès aux services essentiels, la connectivité numérique ou les capacités statistiques, les déficits en matière d’énergie, d’infrastructures, d’industrialisation, de financement et d’urbanisation durable restent considérables. La Tunisie apparaît, pour sa part, comme une illustration de certaines dynamiques positives, notamment dans la transition énergétique et le développement des énergies renouvelables.

La Presse — Le continent africain aborde la dernière ligne droite de l’Agenda 2030 avec des résultats encore très éloignés des ambitions affichées. C’est le principal constat du « Rapport 2026 sur le développement durable en Afrique », qui examine les progrès réalisés au regard de plusieurs Objectifs de développement durable (ODD) et des objectifs correspondants de l’Agenda 2063 de l’Union africaine. Le document intervient dans un contexte marqué par les tensions géopolitiques, les pressions climatiques, les contraintes budgétaires et les transformations du commerce mondial. Le rapport insiste d’emblée sur un paradoxe : l’Afrique dispose de cadres stratégiques et de programmes nombreux, mais peine encore à les traduire en résultats suffisamment rapides et homogènes. La persistance de la pauvreté et des inégalités, la faible productivité, l’importance du secteur informel, les déficits d’infrastructures et la faiblesse des capacités de financement continuent de peser sur la trajectoire de développement.

L’énergie, un défi majeur

L’accès à l’énergie constitue l’un des principaux points de fragilité. Selon le rapport, la proportion de la population africaine ayant accès à l’électricité est passée d’environ 46 % en 2015 à 53 % en 2023. Malgré cette progression, près de 600 millions de personnes restent privées d’électricité. Le contraste territorial demeure également marqué, avec des taux d’électrification nettement plus élevés dans les zones urbaines que dans les zones rurales.

La situation est encore plus préoccupante concernant les modes de cuisson propres. En 2023, seuls 34 % environ des Africains disposaient d’un accès à des combustibles et technologies de cuisson propres. Le rapport relève parallèlement le faible niveau des capacités renouvelables installées : environ 40 watts par habitant en Afrique, contre près de 480 watts à l’échelle mondiale.

Cette situation traduit avant tout un déficit d’investissement. Les financements annuels consacrés à l’accès à l’énergie sont estimés à environ 4 milliards de dollars, un niveau jugé très inférieur aux besoins nécessaires pour atteindre l’ODD 7 à l’horizon 2030.

Sur le terrain industriel, les progrès demeurent également insuffisants. La valeur ajoutée manufacturière représente moins de 11 % du PIB africain, contre plus de 16 % au niveau mondial. Le rapport y voit le signe d’une diversification productive encore limitée.

Les déficits dans les transports, l’énergie et la logistique renchérissent les coûts de production et entravent la compétitivité. À cela s’ajoute un accès encore limité au financement pour les petites entreprises industrielles. Dans de nombreux pays, moins de 20 % des petites industries déclarent avoir accès au crédit formel.

L’innovation ne bénéficie pas davantage de moyens suffisants. Les dépenses consacrées à la recherche et au développement restent inférieures à 1 % du PIB dans la plupart des pays africains, alors que la moyenne mondiale dépasse 2 %. Le rapport appelle ainsi à renforcer simultanément les infrastructures, les politiques industrielles et les systèmes nationaux d’innovation.

Le numérique avance à pas sûrs

Dans ce paysage contrasté, la connectivité numérique constitue l’un des domaines où les progrès sont les plus visibles. En 2023, 92,8 % de la population africaine étaient couvertes par au moins un réseau 2G. Cette progression contribue à l’essor des services numériques et ouvre de nouvelles possibilités économiques.

Mais cette avancée ne suffit pas à elle seule à réduire les fractures structurelles. L’enjeu consiste désormais à transformer la connectivité en véritable capacité productive, en développant les compétences, l’innovation, les infrastructures numériques et l’accès au financement.

L’urbanisation rapide constitue un autre défi majeur. Environ 45 % de la population africaine vit actuellement en milieu urbain, une proportion qui pourrait atteindre près de 60 % en 2050. Cette dynamique crée des opportunités économiques, mais exerce également une pression croissante sur le logement, les transports, les services publics et l’environnement.

Le rapport estime qu’en 2022, 49,1 % des habitants des zones urbaines vivaient dans des bidonvilles ou des établissements informels. Les risques climatiques, notamment les inondations et les vagues de chaleur, accentuent encore la vulnérabilité des villes. D’où la nécessité, selon le rapport, de renforcer la planification urbaine et les infrastructures résilientes.

La question financière traverse l’ensemble du rapport. La mobilisation des recettes intérieures demeure faible, avec un ratio recettes fiscales/PIB d’environ 16 %, contre plus de 34 % dans les pays de l’Ocde.

Parallèlement, plus de 20 pays africains sont considérés comme présentant un risque élevé de surendettement ou se trouvent déjà en situation de surendettement.

Cette contrainte intervient alors que l’aide publique au développement pourrait diminuer de 9 à 17 %, selon les scénarios retenus. Les investissements directs étrangers à destination de l’Afrique ont également reculé ces dernières années. Dans ce contexte, le continent doit renforcer ses ressources propres tout en plaidant pour une architecture financière internationale davantage adaptée à ses besoins.

La Tunisie, entre transition énergétique et nouveaux défis

Le rapport consacre un éclairage particulier à la Tunisie dans le chapitre consacré à l’énergie. Le pays est présenté comme un exemple de stratégie visant à réduire sa dépendance aux combustibles fossiles et à accélérer le développement des énergies renouvelables.

La stratégie tunisienne fixe notamment à l’horizon 2030 une réduction de 30 % de l’intensité énergétique, une part de 35 % des énergies renouvelables dans la production d’électricité et une diminution de 45 % de l’intensité carbone par rapport à 2010.

Le rapport relève plusieurs avancées, notamment dans le photovoltaïque. Une centrale de 100 MW était en construction dans le cadre du régime des concessions, tandis que d’autres projets représentant 500 MW supplémentaires étaient annoncés pour une mise en service entre 2026 et 2027. Le programme Prosol-Elec est également cité : il aurait permis l’installation de 90 000 systèmes photovoltaïques, représentant une capacité cumulée de 270 MW.

La Tunisie mise par ailleurs sur l’hydrogène vert. Sa stratégie nationale, publiée en 2024, prévoit à l’horizon 2050 une production de 8,3 millions de tonnes, dont 6,3 millions destinées à l’exportation et 2 millions à la consommation intérieure.

Au-delà de ce cas national, le message du rapport est clair : l’Afrique ne pourra accélérer sa trajectoire de développement durable sans une transformation plus profonde de ses systèmes énergétiques, productifs et urbains. L’enjeu n’est donc plus seulement d’adopter des stratégies, mais de renforcer leur financement, leur cohérence et surtout leur mise en œuvre. À quatre ans de l’échéance de 2030, le temps disponible impose désormais de passer des engagements aux résultats.

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Auteur

Saoussen BOULEKBACHE

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