Culture

Les festivals de quartier font vivre l’été tunisien

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  • 14 août 2026
  • 4 min de lecture
Les festivals de quartier font vivre l’été tunisien

À côté de ces grandes machines culturelles, les banlieues de Tunis continuent, elles aussi, à faire vivre l’été. Avec des moyens plus modestes, des budgets autrement calculés et surtout un public bien identifié : les familles du quartier, les habitués, les voisins, ceux qui viennent avant tout chercher un moment de partage et de divertissement.

La Presse —Il n’y a pas que les grands festivals à dimension internationale. Il n’y a pas que Hammamet et Carthage, leurs affiches prestigieuses, leurs têtes d’affiche et leurs ambitions de rayonnement. À côté de ces grandes machines culturelles, les banlieues de Tunis continuent, elles aussi, à faire vivre l’été. Avec des moyens plus modestes, des budgets autrement calculés et surtout un public bien identifié : les familles du quartier, les habitués, les voisins, ceux qui viennent avant tout chercher un moment de partage et de divertissement.

Ici, la logique de programmation est différente. Il faut composer avec les moyens disponibles, mais aussi avec les attentes d’un public populaire et familial. Trouver le juste équilibre entre ce qui rassemble, ce qui plaît et ce qui peut encore surprendre. Une équation qui n’est pas toujours simple, mais qui donne parfois lieu à de belles initiatives. Boukornine en est cette année une illustration intéressante. Avec une nouvelle direction, le festival a réussi à s’imposer davantage, en assumant une programmation largement grand public, tout en essayant de ne pas céder à la facilité. Certes, les choix sont parfois prudents, mais ils témoignent aussi d’une volonté de diversité et, surtout, de quelques prises de risque. Des paris qui, pour plusieurs d’entre eux, se sont révélés fructueux. Le festival a ainsi retrouvé une présence populaire et une identité qui ne se résume pas à l’alignement de spectacles destinés à remplir les gradins.

À La Goulette, la situation était différente. Privée de la Karraka, en travaux de restauration, la ville a déplacé le festival vers la rue, les places et l’espace public. Avec « Nasamet La Goulette », l’absence d’un lieu emblématique est devenue, en quelque sorte, une occasion de repenser le rapport au spectacle. La gratuité y contribue largement. On regarde depuis les balcons, les terrasses, les trottoirs. On s’arrête, on écoute, on participe. L’ambiance est bon enfant, spontanée, presque familiale. L’engagement du comédien Salah Msaddak et de ses collaborateurs à la direction artistique a permis de donner à ces quelques jours une vraie convivialité, faisant du festival un rendez-vous agréable aussi bien pour les Goulettois que pour leurs visiteurs.

Dernier exemple, Ezzahra. Après plusieurs années de silence, le festival retrouve cette année son public avec un choix assumé : une programmation entièrement tunisienne. Pas forcément la solution la plus spectaculaire sur le papier, mais certainement l’une des plus cohérentes dans le contexte actuel. On a misé sur nos artistes, nos voix, nos musiciens et notre capacité à divertir sans nécessairement aller chercher ailleurs ce que nous avons déjà ici. Et Saint-Germain retrouve, avec son festival, une ambiance qu’on croyait disparue.

Ces festivals de banlieue ne prétendent évidemment pas rivaliser avec les grandes manifestations internationales. Et ce n’est pas leur vocation. Leur valeur est ailleurs : dans leur proximité, leur accessibilité, leur capacité à créer du lien et à offrir aux habitants un espace de respiration culturelle. Ils rappellent surtout qu’un festival ne se mesure pas uniquement à son budget, à ses vedettes ou à son retentissement médiatique. Il faut donc saluer l’effort, sans pour autant renoncer à l’exigence critique. Ces manifestations ont encore des progrès à faire en matière de programmation, de communication, d’organisation et parfois d’ambition artistique. Mais elles ont le mérite d’exister, de chercher, de s’adapter. Et dans une saison culturelle où les grands rendez-vous monopolisent souvent l’attention, elles prouvent qu’il existe aussi une autre manière de faire festival : plus proche, plus simple, parfois imparfaite, mais profondément ancrée dans la vie des villes.

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Auteur

Asma DRISSI

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