Nabiha Karaouli à la Fête de la femme à Carthage : Une voix qui traverse le temps
Artiste engagée et forte de plus de trois décennies de carrière, Nabiha Karaouli incarne une passion créative et une sensibilité artistique exemplaire.
La Presse — À l’occasion de la Journée nationale de la femme tunisienne, le public du Festival international de Carthage a eu rendez-vous avec Nabiha Karaouli. Le concert, qui a été diffusé en direct sur la chaîne nationale Watania , s’est tenu en présence de la ministre des Affaires culturelles Amina Srarfi, la ministre de la Famille, de la Femme, de l’Enfance et des Personnes âgées Asma Jabri et le président de l’ARP Brahim Bouderbala.
Artiste engagée et forte de plus de trois décennies de carrière, Nabiha Karaouli incarne une passion créative et une sensibilité artistique exemplaire. Elle se montre toujours prête à émerveiller le public et à le surprendre. Avant cette soirée marquante à Carthage, ses concerts à l’ouverture du festival international de Sfax le 21 juillet dernier, puis à Sousse le 29 juillet, ont rencontré un écho très favorable.
De plus, suite à son énorme succès l’année dernière au Festival international de Hammamet, également le 13 août, il était temps que Nabiha Karaouli renoue avec ses admirateurs à Carthage après 16 ans d’absence. Son dernier passage sur cette scène remonte, en effet, à 2010, avec un spectacle grandiose «Hell lbiben». L’artiste a été programmée en 2021, mais c’est tout le festival qui a été annulé à cause de l’épidémie du Covid.
Elle est revenue, forte de ses nombreux tubes intemporels et de ses nouvelles productions. Et, c’est, d’ailleurs, l’un des points forts de ce concert. Pas de reprises, que des œuvres du répertoire personnel de la star tunisienne. Si les styles et les rythmes diffèrent d’une chanson à l’autre, le fil directeur est une force féminine inébranlable qui se déploie dans les paroles et la voix toujours puissante et vibrante de Nabiha Karaouli.
Les spectateurs s’étaient rassemblés plusieurs heures avant le début du concert. Le théâtre a fait le plein et certains ont même assisté debout.
Avant de monter sur scène, une introduction avec la voix parlée de l’artiste a annoncé d’emblée le ton de cette soirée qui se veut une ode à la femme fière et résiliente.
Nabiha Karaouli a fait son entrée dans une allure inspirée du style carthaginois.
Dix-huit titres, en tout, ont fait le bonheur des festivaliers, entre rythme et mélodies, et entre tubes emblématiques et créations récentes.
Dès le premier titre de la soirée, «Metchawiga», qui date de 1999, le public était debout pour danser et l’a accompagnée par les applaudissements et les youyous. De ses chansons phares, elle a aussi interprété «Ken galbi ytawaani», «Mahleha», «Ija nkolek», « «Choftek marra », «Hezz ayounek», «Mabrouka tetbarra» et d’autres tubes qui ont fait sa renommée dans les années 90 et 2000.
Bien que ces chansons soient sorties il y a plus de deux décennies, elles ont suscité un bel engouement auprès du public fidèle. Même les plus jeunes connaissent par cœur les couplets et les refrains et les ont chantés à pleine voix avec la star. Pour le titre aux accents patriotiques «Bledi», les talents en herbe de la chorale de Sidi Sami ont rejoint Nabiha Karaouli. C’était une prestation symbolique qui témoigne de la continuité entre les générations d’artistes, tous réunis autour de la bonne musique et des valeurs partagées. La star a également reçu une visite brève de Faouzi Ben Gamra qui est juste monté sur scène pour la saluer, sans l’accompagner au chant.
La setlist du concert n’était pas centrée sur les anciens succès de Nabiha Karaouli. Elle a aussi interprété «Hay tallet», sortie en 2023, et même des titres sortis il y a deux mois à peine, dont «Hedha eli bik» et «Mezelt ye Layam».
Un des moments forts de la soirée a été l’interprétation de «Yamma », une mélodie bouleversante dédiée à sa mère décédée et qu’elle chante pour la première fois sur scène.
En dépit de son âge avancé, la voix de Nabiha Karaouli est toujours aussi expressive. Si son énergie scénique a paru quelque peu atténuée, c’est à cause d’un problème de santé passager, comme elle l’a expliqué lors de la conférence de presse. L’artiste qui enchaîne les dates depuis le début de l’été est encore attendue pour la clôture du Festival international de Mahdia, le 15 août.
Ce concert a témoigné davantage de la popularité durable de Nabiha Karaouli et de la place singulière qu’elle occupe dans le paysage culturel tunisien. Elle a porté haut notre identité musicale et notre dialecte, sans se laisser dicter par les tendances. Interrogée sur son rapport avec les jeunes, la star a exprimé son bonheur de les voir en grand nombre dans ses concerts. «Étant exposés à des influences musicales innombrables, il faut plus d’efforts et de recherches afin de répondre à leurs attentes et leurs goûts», a-t-elle ajouté. Nabiha Karaouli est l’une des artistes les plus prolifiques. Elle poursuit sans relâche sa production artistique et enrichit constamment son répertoire de nouvelles chansons, bien que le public soit fortement attaché à ses titres phares qu’il a réclamés tout au long de la soirée. «Je préfère les défis», a-t-elle commenté. «Je ne peux pas me tenir à ce que le public connaît déjà et me contenter de le répéter. J’ai toujours envie de proposer du nouveau». Il est à noter qu’il reste seulement trois soirées avant la clôture de la 60e édition du Festival international de Carthage: la diva Amina Fakhet, et les deux stars libanaises Elissa et Majida El Roumi qui se produiront à guichets fermés.



