Catastrophes naturelles à l’échelle mondiale : 58 milliards de dollars non assurés
Les catastrophes naturelles ont généré 100 milliards de dollars de dommages économiques au premier semestre 2026, selon « Swiss Re ». Si les pertes assurées ont reculé par rapport à l’année précédente, le déficit de protection demeure considérable : 58 milliards de dollars n’étaient pas couverts par l’assurance. Derrière ces chiffres se dessine un enjeu croissant pour les États, les ménages et les assureurs, confrontés à l’augmentation de l’exposition aux risques et au coût de reconstruction.
La Presse —Les catastrophes naturelles ont provoqué environ 100 milliards de dollars de pertes économiques dans le monde au cours des six premiers mois de 2026, d’après les estimations de « Swiss Re ». Le montant marque un net recul par rapport aux 152 milliards enregistrés durant la même période en 2025 et se situe également sous la moyenne des dix dernières années.
Cette baisse ne doit toutefois pas être interprétée comme une amélioration durable de la situation. Sur les 100 milliards de dollars de dommages recensés, seulement 42 milliards étaient couverts par les assurances. Autrement dit, près de 58 milliards de dollars sont restés à la charge des particuliers, des entreprises ou des pouvoirs publics.
Le taux de couverture atteint ainsi 42 %, contre une moyenne d’environ 33 % sur les trois dernières décennies. Ce niveau relativement élevé s’explique notamment par la localisation des principaux sinistres dans des marchés où la couverture assurantielle est plus développée. Il masque donc d’importantes disparités entre les régions du monde.
Les tempêtes restent le principal risque pour les assureurs
Les phénomènes météorologiques extrêmes continuent de représenter une part importante de la facture. Les tempêtes convectives sévères, qui regroupent notamment certains épisodes de grêle, de vents violents et d’orages, ont généré à elles seules environ 28 milliards de dollars de pertes assurées au premier semestre.
Aux États-Unis, où ces événements sont particulièrement fréquents, leur impact financier dépend fortement des zones touchées. Un phénomène violent qui traverse une région densément urbanisée et fortement assurée peut provoquer des indemnisations bien supérieures à celles enregistrées dans une zone moins peuplée.
Cette concentration géographique explique en partie pourquoi le coût des catastrophes pour les assureurs peut varier fortement d’une année à l’autre. La fréquence des événements ne suffit pas à déterminer leur facture : la valeur des biens exposés, leur localisation et leur niveau de couverture jouent également un rôle déterminant.
L’Europe face à la progression du risque incendie
Les incendies de forêt constituent l’un des risques dont la progression inquiète le plus les professionnels de l’assurance. En Europe, les pertes assurées liées aux incendies ont enregistré une hausse annuelle comprise entre 8 % et 11 % en termes réels depuis 1970, selon « Swiss Re ».
L’évolution des conditions climatiques contribue à cette tendance. La hausse des températures et l’allongement des périodes chaudes et sèches favorisent l’apparition de conditions propices aux départs et à la propagation des incendies. À ces facteurs s’ajoutent les changements dans l’utilisation des terres, notamment l’abandon de certaines zones agricoles et l’accumulation de végétation sèche. Le phénomène ne concerne plus uniquement les régions traditionnellement exposées. Des territoires européens jusqu’ici moins touchés doivent désormais renforcer leurs dispositifs de prévention et de protection.
Les pertes non assurées représentent un problème économique majeur. Lorsqu’un logement, une entreprise ou une infrastructure est détruit sans couverture suffisante, la charge financière se reporte sur les ménages, les entreprises ou les budgets publics.
Pour les États, les catastrophes peuvent imposer des dépenses imprévues de reconstruction et de soutien aux populations sinistrées. Dans les économies disposant de marges budgétaires limitées, ces dépenses peuvent réduire les ressources consacrées à d’autres priorités, notamment les infrastructures, la santé ou l’éducation.
Le problème est encore plus marqué dans les pays où le taux de pénétration de l’assurance demeure faible. Le séisme survenu au Venezuela illustre cette vulnérabilité : les dommages économiques ont été estimés à environ 20 milliards de dollars, mais seule une faible partie devrait être couverte par les assureurs.
Dans ces économies, le manque de protection financière peut ralentir la reprise après une catastrophe et accentuer les difficultés sociales. Les ménages modestes, les petits agriculteurs et les entreprises de petite taille disposent souvent de capacités limitées pour absorber un choc majeur.
Urbanisation et coûts de reconstruction aggravent la facture
L’évolution des pertes ne dépend pas uniquement du changement climatique. L’urbanisation et la croissance démographique augmentent également le nombre de personnes et de biens exposés aux risques naturels.
Des logements, des zones industrielles et des infrastructures sont construits dans des territoires susceptibles d’être touchés par des inondations, des incendies, des tempêtes ou des séismes. Même si la fréquence des catastrophes restait stable, l’augmentation de la valeur des biens exposés entraînerait mécaniquement une hausse potentielle des dommages. Les coûts de reconstruction constituent un autre facteur de pression. Le prix des matériaux, la disponibilité de la main-d’œuvre et le renforcement des normes de construction rendent les opérations de remise en état plus coûteuses. Cette évolution se répercute directement sur les montants que les assureurs doivent indemniser.
À terme, certaines zones particulièrement exposées pourraient ainsi devenir difficiles à assurer à des tarifs accessibles. Le risque est alors de voir s’élargir davantage le fossé entre les biens suffisamment protégés et ceux qui restent pratiquement sans couverture.
Le second semestre reste particulièrement exposé
Le bilan relativement modéré des six premiers mois ne permet pas de prévoir une année 2026 moins coûteuse. Historiquement, une part importante des pertes annuelles assurées intervient durant le second semestre, notamment en raison de la saison des ouragans dans l’Atlantique Nord.
Les conditions climatiques peuvent également modifier la répartition géographique des risques et favoriser certains phénomènes extrêmes. Les assureurs et réassureurs doivent donc intégrer une forte incertitude dans leurs projections.
Les estimations disponibles présentent par ailleurs des différences selon les organismes. « Swiss Re » évalue les pertes assurées à 42 milliards de dollars au premier semestre, tandis qu’ « Aon» et « Gallagher Re » avancent des montants supérieurs. Ces écarts s’expliquent notamment par les méthodes de calcul et le caractère encore provisoire de certaines évaluations.
Renforcer la prévention pour réduire le déficit de protection
Face à cette situation, le développement de l’assurance ne constitue qu’une partie de la réponse. La prévention des risques devient tout aussi importante. Renforcer les infrastructures, améliorer les systèmes d’alerte, adapter l’aménagement du territoire et mieux protéger les bâtiments peuvent contribuer à réduire les dommages avant même l’intervention des assureurs.
Le développement de produits accessibles, notamment de solutions de micro-assurance pour les ménages et les petites entreprises, pourrait également réduire le déficit de protection dans les économies les plus vulnérables.
Le premier semestre 2026 rappelle ainsi une réalité essentielle : une baisse ponctuelle des pertes assurées ne signifie pas que le risque diminue. Avec l’urbanisation, la concentration des actifs et l’évolution des conditions climatiques, la question de la couverture des catastrophes naturelles devient progressivement un enjeu de résilience économique. Pour les États comme pour le secteur privé, l’objectif consiste désormais à mieux anticiper les chocs plutôt qu’à en supporter seuls le coût après leur survenue.
S.B.



